Une rentrée déjà tendue

Hollande et Ayrault
(Photo AFP)

François Hollande n’était pas rentré de vacances (par le TGV) que sa politique était vivement attaquée par Jean-Luc Mélenchon, tribun infatigable du Parti de gauche. Il lui reprochait, hier dans le « Journal du Dimanche », une gestion qui, en cent jours, n’aurait produit, selon lui, presque rien. M. Mélenchon estime que le chef de l’État « a désamorcé le contenu insurrectionnel du vote de la présidentielle » et qu’il « l’a dilué dans les sables des plages varoises ».

L’ATTAQUE de M. Mélenchon est grossière parce qu’excessive. Il est certainement le seul à trouver quoi que ce soit d’insurrectionnel dans le scrutin du 6 mai dernier et sans doute ne croit-il pas lui-même ce qu’il dit. Aussi bien ne s’est-il fait remarquer que parce que, dans l’apathie de vacances soudain caniculaires, il suffit d’élever le ton pour se faire entendre. Ce qui est le plus drôle, c’est que la riposte a été confiée à Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, qui a rappelé que le changement ne se faisait pas en cent jours mais en cinq ans. Explication à la fois rationnelle et raisonnable fournie par le ministre, qui, outre son rôle essentiel dans la réindustrialisation, semble devoir devenir la caution de gauche du gouvernement.

Pris dans la tenaille.

Le gouvernement, il est vrai, est tiraillé entre la réalité financière et la surenchère de gauche, entre la recherche des équilibres fondamentaux et les espoirs des classes pauvre et moyenne, déjà quelque peu déçues par sa prudence. M. Mélenchon, admirateur de Hugo Chavez et de Fidel Castro, qui s’est retiré provisoirement sur l’Aventin après sa défaite aux législatives dans le Nord-Pas-de Calais, n’en a pas tiré la leçon : plus que jamais, il croit au grand soir, et réclame, entre autres, l’interdiction des licenciements, ce qui assurerait l’effondrement de beaucoup d’entreprises. Entre la droite, qui estime que M. Hollande fait exactement le contraire de ce qu’il faut, et la gauche de la gauche, qui ne se limite pas à l’alliance PC-Parti de gauche, et souhaite engager le pays dans une aventure, le gouvernement est pris dans la tenaille de deux analyses vigoureusement critiques, dont il ne faut pas, toutefois, exagérer les effets : doté de la majorité absolue, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, fera ce qu’il veut en toute occasion, ni plus ni moins. La question ne porte pas sur les coups de boutoir verbaux que les diverses oppositions portent contre la majorité, mais sur l’efficacité des mesures prises par Matignon.

De ce point de vue, la situation n’a guère évolué ce mois-ci, certes à cause du mois d’août, mais aussi parce que M. Hollande attendait des vacances, sacrées en France, que les colères s’apaisent et que les rancunes soient digérées. Les émeutes d’Amiens lui ont prouvé le contraire : en politique, il n’y a jamais de trêve et, si la chaleur a affaibli les réflexes protestataires, M. Mélenchon, ragaillardi par sa méditation, s’est dépêché de sonner le tocsin. Dès cette semaine, le président de la République rencontrera la chancelière allemande pour un nouveau round sur la crise de l’euro, elle-même atténuée par l’été mais aussi par le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi : à la fin du mois dernier, il a prononcé des paroles encourageantes qui ont permis aux marchés de rebondir.

Mais les mots ne suffisent pas. Les mesures de défense de la monnaie unique tardent, les actes significatifs sont insuffisants, l’incertitude sur l’avenir immédiat peut avoir  des effets délétères. M. Hollande, à diverses reprises, s’est félicité de l’influence qu’il a eue sur Mme Merkel lors du sommet européen de la fin de juillet, notamment en obtenant son pacte de croissance. Mais la chancelière n’a fait des concessions qu’à contrecoeur et refuse toujours, au nom de la discipline financière, les décisions qui mettraient un terme durable à la crise. Ce n’est pas l’état d’esprit des milieux englobant le Front de gauche,  une partie du PS et bon nombre d’écologistes qui rassurera les Allemands.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Une rentrée déjà tendue

  1. Chiaverini dit :

    Mise à part sa prédilection pour le chemin de fer, nous savons peu de choses sur l’orientation de la politique de Mr Hollande, non plus que sur la réalité des ccncessions qu’il aurait imposées à Mme Merkel. L’impression est à une stratégie d »attente voire d’immobilisme. On insiste sur la normalité du président. On lance quelques missions incertaines quand elles ne sont pas impossibles. Voir le ministre plaisamment surnommé « du redressement des soins palliatifs »: Mr Montebourg. Il nous informe- peut être imprudemment -que « le redressement ne se fait pas en cent jours mais en cinq ans ».
    Dieu que c’est long! Le peuple qui attend le changement maintenant aura-t-il cette patience ?

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