Hollande fait ce qu’il peut


La recette social-démocrate
(Photo AFP)

La chute du président et du Premier ministre dans les sondages est attribuée par divers commentateurs à l’inertie apparente du gouvernement, en particulier face à la désespérante ascension du taux de chômage : la perte de 41 000 emplois en juillet est la plus élevée depuis quinze mois. La vraie question, pourtant, porte moins sur la vigueur de l’action gouvernementale que sur les choix stratégiques qui l’inspirent.

LE PEUPLE et les journalistes lancent un cri : « Agissez, Monsieur le président ! » François Hollande, cependant, n’est pas inerte à proprement parler. Il a bougé sur la Syrie, sous l’aiguillon de Nicolas Sarkozy. Il a trouvé une solution provisoire (et négligeable) à la hausse des prix du carburant. Il entend créer ses fameux « emplois d’avenir » destinés à éponger en partie la masse des chômeurs jeunes. Il taxe à tout-va, avec la conviction qu’il parviendra progressivement au retour à l’équilibre budgétaire en augmentant les recettes et non en réduisant les dépenses car, de toutes parts, l’État est sollicité pour améliorer peu ou prou le sort des Français. S’il s’active encore plus, s’engagera-t-il nécessairement sur la bonne voie ?

Les vives critiques de l’opposition au sujet d’une fiscalité qui devient insoutenable et d’une politique de l’emploi indifférente à un taux de croissance nul n’entameront guère le crédit du chef de l’État, auquel les administrés demandent surtout qu’il ne se soumette pas à la fatalité et qu’il prenne des mesures visibles, concrètes, tangibles, même si elles risquent de coûter beaucoup plus cher qu’elles ne rapporteront. Les medias se sont empressés de comparer les emplois d’avenir à ceux que Lionel Jospin avait instaurés à partir de 1997 pour réduire le taux de chômage. Ils y voient des éléments positifs. Le Premier ministre de l’époque avait alors été aidé beaucoup plus par le retour de la croissance (« M. Jospin a eu beaucoup de chance », disait Édouard Balladur) que par son volontarisme social. Bien sûr, pour les jeunes qui en ont bénéficié, ces mesures auront été très utiles. Des dizaines de milliers de jeunes hommes et femmes sont sortis de la précarité, mais à un prix élevé pour l’État ; et beaucoup se sont retrouvés fonctionnaires dans un pays qui en compte trop.

« On essaie encore ».

On comprend néanmoins que les socialistes refusent le « On a tout essayé » de François Mitterrand. Ils y répondent par une sorte de « On essaie encore », indispensable dans un pays accablé depuis au moins trente ans par un chômage structurel qui le distingue de la plupart des membres de l’Union européenne. Et franchement, au point où nous en sommes, un soulagement relatif vaut mieux que rien du tout. D’autant que les voies libérales de la croissance ont été condamnées sans appel par les débordements d’agents économiques livrés à eux-mêmes et complètement irresponsables. La crise a sonné le glas du libéralisme : après un âge d’or dans les années quatre-vingt dix, il a sombré dans les années 2 000. On ne dira pas que M. Hollande, qui réinvente le jospinisme, a une imagination débordante. On dira qu’il fait ce qu’il peut, non seulement parce qu’il est le héraut de la social-démocratie et agit donc en fonction de son credo, mais parce que le peuple qui l’a installé à l’Élysée, exige les dividendes de ses suffrages.

Mais de ce pas, où allons-nous ? Les emplois d’avenir coûteront cette année 500 millions, soit un jour d’emprunt d’État. Et un milliard et demi en année pleine. Bientôt seront mis en place les contrats de génération qui favoriseront l’embauche des jeunes et le maintien à leur poste des seniors. Ils coûteront encore plus cher, alors que l’effet de telles mesures sera provisoire et privera le pays de ressources absolument indispensables pour relancer la politique de l’offre. La réponse au chômage ne réside pas dans la création d’emplois artificiels, mais dans une grande réforme du travail et dans la réduction drastique des charges. Une réforme à la Schröder que nous n’avons même pas amorcée. C’est assez dire qu’il faut du temps, beaucoup de temps, pour créer des emplois. Qu’il faut, pour réussir dans ce domaine, prendre le risque de l’impopularité. Que la hausse du taux de chômage en juillet était prévisible, qu’elle résulte de 6 mois de croissance nulle,  qu’elle est induite par le service d’une dette toujours plus élevée et qu’on ne fera pas durablement le bonheur des Français en empruntant davantage.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à Hollande fait ce qu’il peut

  1. jacques Bourriez dit :

    Il y a 30 ou 40 ans il était de bon aloi de battre les estrades en appelant à l’aide pour sauver le tiers monde.Maintenant que les pays dits émergents sortent peu à peu du néant il apparaît comme évident que nous devons partager notre richesse .C’est le principe bien connu des vases communicants ,cessons de regarder notre nombril,regardons celui des encore mal nutris du monde en développement ou alors demandons à EIFFAGE ou VINCI de reconstruire le rideau de fer!

  2. Herodote dit :

    Le Président « fait ce qu’il peut ». Tout est dit dans ce jugement courtois et réaliste. A l’évidence cela ne suffit pas. Aussi faut-il, en temps de crise, imaginer autre chose que la normalitude paresseuse du consensus franco français. Faute de quoi un gouvernement serait taxé d’immobilisme voire d’amateurisme. Certes, une politique de gauche n’a pas vocation à réduire les dépenses publiques aussi fortement que Mr M. Monti. Par nécessité, l’évolution politique débouchera-t-elle sur un centralisme budgétaire qui hérisse les souverainistes? La chancelière de fer semble faite pour rassembler la nouvelle Europe. Faut-il redouter une hégémonie allemande? La sagesse grecque le dénie: « Rien ne naît ni ne périt mais des choses déjà existantes se combinent puis se séparent de nouveau. » (Anaxagore.)

  3. vultaggio-lucas dit :

    « La sagesse grecque le dénie: « Rien ne naît ni ne périt mais des choses déjà existantes se combinent puis se séparent de nouveau. » (Anaxagore.) » écrivait notre confrère. A noter que Anaxagore était partisan d’un gouvernement autoritaire…Il est certes raisonnable de ne pas (re)nier le passé comme le font les « progressistes » car il faut tenir compte de la tradition, évidemment pas au point où le font certains islamistes, bien sur. Mais, Mr Benjamin Constant, libéral du XIX ième siècle, montrait dans son discours « De la Liberté des Anciens comparée à celle des Modernes » en 1819, que le monde moderne ne peut trop s’inspirer des Anciens car la notion de liberté chez les Grecs antiques est totalement différente de celle en usage chez les Modernes. Alors chez les Post-modernes que nous sommes malheureusement devenus…

  4. vultaggio-lucas dit :

    Il est certes raisonnable de ne pas (re)nier le passé comme le font les « progressistes » car il faut tenir compte de la tradition, évidemment pas au point où le font certains islamistes, bien sur… ni comme le fait la droite républicaine de nos jours lorsqu’elle fait appel à la tradition morale ou patriotique quand cela l’arrange. Il faut dire que les socio-démocrates ne veulent pas entendre parler du passé – le président l’a encore clairement dit le 9 septembre 2012 sur TF1 du style « je ne me préoccupe pas du passé mais seulement de l’avenir » – mais font appel quand même à la morale (laïque) et au patriotisme (fiscal).

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