Inepte Romney

Mitt Romney
(Photo AFP)

À six semaines des élections du mardi 4 novembre, la campagne du candidat républicain, Mitt Romney, tourne au désastre. Pratiquement, M. Romney ne peut pas ouvrir la bouche sans insulter une partie de l’électorat. Il le fait d’ailleurs avec une telle inconscience qu’on peut se demander quelles catastrophes il déclencherait s’il était au pouvoir.

SUR UNE VIDEO tournée clandestinement, on a pu voir l’adversaire de Barack Obama s’en prendre aux 47% d’Américains qui, parce qu’ils ne paient pas d’impôts, sont à ses yeux des assistés. Ils « se prennent pour des victimes et croient que le gouvernement a la responsabilité de s’occuper d’eux, qu’ils ont droit à l’assurance santé, la nourriture, le logement, tout ce que vous voulez ». Si des électeurs républicains partagent sa méfiance à l’égard de nombre de leurs concitoyens qui ne parviennent pas à joindre les bouts, il est curieux que M. Romney s’aliène délibérément la moitié du corps électoral. Plus qu’une faute, ses propos relèvent du masochisme. Ils semblent dire qu’il ne tient pas à être élu. Ou alors sa cynique aversion pour les pauvres le prive de tout instinct de survie politique. Les contradictions politiques, idéologiques, morales de M. Romney sont innombrables. Il a gagné 20 millions de dollars en 2011 et n’a payé que 14% d’impôts. Il refuse de révéler un certain nombre de ses déclarations de revenus. Il n’a jamais démenti qu’il possédait des capitaux dans les Îles Caïman.

Un discours incohérent.

Cet homme ne peut pas diriger la plus grande puissance de la planète. Son discours est incohérent, car il ne croit en rien. Récemment, il s’est déclaré, au grand dam du Tea Party, favorable à l’application de certains idées de M. Obama sur l’assurance maladie. Il n’a pas exclu de supprimer des avantages fiscaux pour les riches après avoir fustigé le projet de M. Obama d’augmenter les impôts pour les revenus supérieurs à 250 000 dollars par foyer. Sur le nucléaire iranien, il a subitement rejoint la position du président en exercice (l’Iran ne doit pas posséder la bombe) après avoir épousé sans réserves celles du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou (l’Iran ne doit pas avoir les moyens d’acquérir l’arme atomique). En jouant à fond la carte Romney, en exprimant publiquement son désir de le voir élu, en encourageant de riches Israéliens à contribuer à la campagne de M. Romney, M. Netanyahou a lancé un boomerang qui revient vers lui à toute vitesse. Son ingérence permanente dans les affaires américaines risque de lui coûter très cher si Barack Obama est réélu.

Dans le camp républicain, on s’inquiète de cette dérive. Paul Ryan, candidat à la vice-présidence, s’est éclipsé (provisoirement?) de la scène publique, sans doute parce que les propos de son chef l’indignent. Cependant, en atténuant quelques-unes de ses positions (initiative qu’il a ruinée par son discours sur les « assistés »), Mitt Romney semble avoir pris la mesure du danger auquel l’expose l’extrémisme du Tea Party, pour qui Paul Ryan représente une caution. Il reste des modérés dans son parti, qui craignent que la nécessité de satisfaire le Tea Party les conduise à la déroute. M. Obama a légèrement accentué son avance ces derniers jours dans les sondages, notamment dans les « swing states », ces États qui changent de camp selon la conjoncture. Bien que l’alternance républicaine soit mal engagée, les déçus d’Obama risquent de s’abstenir et de ne pas offrir au président sortant la victoire qu’il mérite. Non parce qu’il serait un prodigieux homme d’État mais parce qu’il est clairement plus apte à gouverner que son rival.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Inepte Romney

  1. vultaggio-lucas dit :

    Tel qu’il est décrit, M. Romney est un pur produit des libéralismes politique, culturel et économique. Mais, quand même, ne serait-il pas le fils naturel du père Bush, celui de la tempête dans le désert en 1991?. Il est bon de savoir qu »il a voté et fait voter en 2006, une loi d’assurance maladie (the Romneycare) pour son Etat du Massachussetts qui serait identique à l’Obamacare. Et le comble serait qu’il utiliserait les mêmes arguments pour combattre l’Obamacare que ceux qu’il avait utilisés pour faire voter la sienne ! Mais, si cela peut paraitre bizarre, il n’en est rien. En effet, la logique des libéralismes politique, culturel et économique est de pouvoir user d’un même argument soit pour, soit contre une idée dès qu’elle contrarie la liberté individuelle de l’individu ou l’habituelle absence de principes de l’individu. D’autres individus ayant au même moment, le(s) même(s) intérêt (s) pourront s’associer ponctuellement pour les défendre en assumant quelque contradiction que ce soit ou n’importe quelle double contrainte (double bind) que ce soit sachant que cette dernière rend « fou » n’importe quelle personne. Alors, un individu qui par définition est seul, atomisé, responsable devant le Droit et tous les autres humains…

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