Christiane, Manuel et les autres


Christiane Taubira
(Photo S. Toubon)

La diversité des attitudes, des pensées et des actions des membres du gouvernement amusent la presse, qui voient dans ces contradictions soit la source de divisions profondes et inquiétantes, soit la première des difficultés auxquelles l’autorité personnelle du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est confrontée. Ce pourrait être ni l’un, ni l’autre.

CHRISTIANE TAUBIRA, ministre de la Justice et Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, se sont croisés aujourd’hui à Marseille. La première est allée dire que la cité phocéenne reste incluse dans l’état de droit, le second a assuré les Marseillais qu’il renforcerait leur sécurité. D’un côté, nous avons une garde des sceaux qui libéralise la justice en diminuant les peines de détention et en supprimant les mesures d’exception que le gouvernement précédent avait prises contre les mineurs délinquants, de l’autre un ministre de l’Intérieur que l’on compare souvent à Nicolas Sarkozy, qui s’inscrit dans une association étroite avec les forces de l’ordre, subjuguées par l’immense sympathie qu’il leur témoigne, dans l’expulsion des Roms et dans la répression acharnée des délits et des crimes.

Sont-ils compatibles ? On peut toujours se demander s’il est utile que la police envoie en prison des délinquants que la justice aura tôt fait de libérer. On voit dans l’opposition sémantique et idéologique de Mme Taubira et de M. Valls une sorte de schisme gouvernemental. En réalité, la première songe à la réforme à long terme d’une justice dont M. Sarkozy avait secoué les institutions et le second s’attaque, en urgence et avec détermination, à la montée de la violence. Cela signifie qu’il ne faut pas que l’État recule face au crime, mais que la répression tous azimuts n’est pas non plus la meilleure méthode, sinon on en aurait déjà vu les effets positifs.

Ayrault, maître d’école.

Le faux duel entre ces deux ministres n’est qu’un parmi d’autres. Le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, ne dit pas souvent la même chose que le ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac. Quelquefois, la contradiction existe chez le même personnage, comme Delphine Batho, ministre de l’Écologie, mais pas hostile au nucléaire, et Arnaud Montebourg, pourfendeur de PSA, qui finit par accepter son plan social grosso modo. Le chef du gouvernement est intervenu à plusieurs reprises, un peu comme un maître d’école qui ramène au silence des élèves turbulents. Si Nicole Bricq, ex-ministre de l’Écologie s’est retrouvée au Commerce extérieur quelques jours à peine après la formation du gouvernement, c’est parce qu’elle a interdit un peu précipitamment l’exploration du pétrole au large de la Guyane, qui n’attend que les forages pour obtenir des ressources nouvelles, tandis que le pouvoir espère une diminution de la dépendance énergétique du pays. Ce qui ne l’empêche pas d’annoncer la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Là aussi, il y a au moins une contradiction apparente. De toute évidence, les ministres ont tendance à aller plus vite que la musique, à ne pas soumettre leurs initiatives à Jean-Marc Ayrault, et à tenter d’avoir avec le président de la République une relation qui passe au-dessus de la tête du Premier ministre.

Ce n’est pas nouveau et, sans aller bien loin, on a vu naguère des ministres contournés ou torpillés par les conseillers présidentiels ou qui se tiraient dans les pattes sans la moindre considération pour la solidarité gouvernementale. Tout ce que l’on voit, c’est que les quolibets dont la gauche abreuvait la majorité avant le 6 mai dernier proviennent maintenant de la droite, à son tour cantonnée dans l’opposition. Traduction fidèle des cycles électoraux. Ils changent la donne politique, ils n’ont pas la moindre influence sur les comportements personnels, convictions idéologiques, besoin de s’affirmer, certitude d’avoir raison, qui sont identiques d’un parti à l’autre. La personnalité d’un ministre menace-t-elle la cohésion de l’action gouvernementale ? C’est d’autant plus vite dit que cette cohésion est rare.

RICHARD LISCIA 

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Une réponse à Christiane, Manuel et les autres

  1. vultaggio-lucas dit :

    Mais, ne sommes-nous pas dans un État de Droit et qui plus est libéral? Cela signifie que cet État garantit à tout un chacun sa liberté individuelle. Donc, il défend également la liberté d’expression même s’il s’agit de Charlie Hebdo dont son ancêtre, Hara-Kiri n’avait eu qu’un mort à déplorer suite à un bal tragique, puisque la police et l’armée françaises surveillent les locaux du dit journal satirique et libertaire, même si cette fois-ci, il ne défend nullement par principe la liberté d’expression d’un autre média nordique qui avait publié des caricatures du Prophète en 2006 Cet État libéral, donc son gouvernement et que ce soit « Christiane, Manuel et les autres… » ne garantissent pas seulement les libertés individuelles et d’expression, mais aussi les libertés d’entreprendre,de circuler pour les personnes et les biens, de culte, et coetera. La liberté d’expression est évidemment un peu égratignée quand le Premier ministre émet le souhait que « sa » majorité parlementaire réponde par un « oui massif » comme un seul homme, à la ratification du TSCG comme si le Conseil de l’Europe, la BCE, le FMI attendaient réellement cette «validation » subsidiaire. Alors, que la guéguerre de tous les ministres contre tous les ministres y compris le Premier survienne, il n’y a rien d’étonnant à cela. N’est-elle pas survenue également lors de la précédente administration? Et les libéralismes politique et culturel associés au libéralisme économique n’ont-ils pas provoqué la guerre de tous contre tous au lieu du lien ou du religieux prophétisé par M. Malraux pour le siècle que nous vivons ici et maintenant ? Qu’ont-ils fait de notre « décence commune » populaire et socialiste des siècles précédents?

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