Violence à l’école : ça continue


Des élèves souvent irascibles
(Photo AFP)

Rien ne semble suffire : ni le durcissement des lois, ni la surveillance des lycées. La violence à l’école repart de plus belle. Comme si les remèdes utilisés par la droite, puis par la gauche, restaient complètement inefficaces. Le mal se répand, parfois dans des écoles considérées jusqu’à présent comme « paisibles ».

DEUX INCIDENTS se sont produits au lycée professionnel Théophile-Gautier à Paris. En deux semaines, le proviseur-adjoint a failli être étranglé par un élève de troisième, et un professeur a été menacé de mort. Dans le premier cas, il a fallu huit policiers pour forcer l’élève à quitter le lycée. Les enseignants ont décidé de faire jouer leur droit de retrait et le lycée était fermé aujourd’hui mardi. Le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, que l’on sait habité par sa fonction et qui nourrit une grande ambition pour l’enseignement, a annoncé il y a quelques jours son intention de créer une délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire.

On sera sceptique sur la méthode, car le gouvernement Ayrault est un adepte des commissions chargées de faire la lumière sur des problèmes qui sont parfois fort bien connus. Il nous semble que la violence, sous toutes ses formes, est suffisamment documentée pour que l’on passe à l’action tout de suite, sans différer des solutions chaque jour un peu plus urgentes. Toutefois, il n’est pas facile d’appliquer au mal des remèdes qui s’inspirent du principe de répression, dès lors que l’école n’a pas pour vocation de rejeter les enfants mais de les intégrer. À l’inverse, l’inertie et le laxisme renforceraient le sentiment d’impunité. Il y a quelques jours à peine, se sont produits deux cas de violences faites aux enseignants, non pas par les élèves, mais par des parents atrabilaires. Une mère de famille qui gifle et donne un coup de pied dans le ventre d’une professeure, un enseignant à moitié étranglé. Ces comportements sont scandaleux et soulèvent une juste indignation publique, mais les victimes semblent plus perplexes qu’en colère.

Une profession en première ligne.

On ne soulignera jamais assez les difficultés auxquelles sont confrontés les enseignants, privés de l’autorité naturelle dont ils bénéficiaient jadis par des comportements de plus en plus brutaux. C’est une profession en première ligne, comme celle des médecins, des pompiers, des SAMU dans les quartiers dangereux et dans les zones de non-droit. M. Peillon s’est empressé de recruter de nouveaux professeurs, et il en annonce 40 000 de plus l’année prochaine, mettant fin de la sorte à la politique de Nicolas Sarkozy qui, pour réduire les dépenses de l’État,  ne remplaçait qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pour autant, l’accroissement du corps professoral suffira-t-il à réduire la violence ? Au lycée Théophile-Gautier, les enseignants demandent des moyens de surveillance supplémentaires, une infirmière à plein temps, le remplacement d’un conseiller principal d’éducation qui est parti.

Peut-être serait-il souhaitable de rétablir à l’école la discipline qui y régnait avant la guerre. Mettre les enfants en rangs avant l’entrée en classe ; rétablir le vouvoiement ; faire en sorte que les élèves ne puissent s’asseoir avant d’y avoir été conviés ; exiger le silence absolu ; refaire du prof’ le « maître » qu’il fut et qui ne pouvait qu’être respecté. De même qu’on lutte contre la délinquance en combattant en amont les bris de glace et les graffiti, de même on fera reculer la violence en créant un climat de discipline et de civilité.

RICHARD LISCIA 

 

 

 

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3 réponses à Violence à l’école : ça continue

  1. Martine Burdet Dubuc dit :

    Dans ma banlieue est (Villiers-sur-Marne) je reçois en pédopsychiatrie des parents qui ont le sentiment que leurs enfants vont prendre le chemin de la violence. De mon lieu, je les soigne en les écoutant et il semble que cela soit quelquefois suivi d’une meilleure santé mentale, en tout cas d’un apaisement des relations de ces jeunes.
    Hélas, les a priori sur la psychiatrie et les lobbys politiques font que, actuellement, la paupérisation de cette profession n’a pas permis la relève.

  2. La république a le devoir d’offrir une classe sereine pour chaque niveau d’étude, à chaque élève.
    Si elle faillit à cette obligation, elle rend les inégalités futures inacceptables puisque certains n’avaient aucune chance au départ.
    Ces classes seraient basées sur le volontariat, et la signature d’une charte de bonne conduite, avec expulsion des perturbateurs vers les autres classes
    Mais il n’est pas question d’abandonner ceux-ci.
    Des classes séparant les fonctions d’enseignement et de discipline doivent être envisagées, avec des vidéos continues permettant d’expliquer les sanctions, tant à l’élève qu’à ces parents.
    Mais avec des surveillants devant lesquels on ne s’imagine pas faire le provocateur, il est probable que la sérénité sera proche.

    Eugène Neutrino
    http://www.eugeneneutrino.com

  3. vultaggio-lucas dit :

    Notre consoeur semble penser que la violence qui n’est pourtant pas spécifique au moins de 16 ans, relèverait de la psychiatrie. La violence des jeunes et des moins jeunes comme celle de leurs propres parents (la gifle de la mère d’élève à la professeure d’histoire-géo, le « papa » au volant de sa berline turbo diesel ou de son 4X4) n’est pas un problème qui relève exclusivement de la spécialité médicale qu’est la psychiatrie. Et elle ne serait pas mieux « traitée » si les effectifs de psychiatres, psychologues cliniciens, infirmières et autres équipes de débriefing (d’autant qu’après c’est déjà bien trop tard), étaient dix fois supérieurs.

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