C’est la manière que Sarko n’avait pas

 

Marilyse Lebranchu
(Photo AFP)

Le rapport commandé par Jean-Marc Ayrault à trois inspections générales (IGF, IGA et IGAS) sur la révision générale des politiques publiques (RGPP) lui a été remis hier. Il en ressort un verre à moitié vide ou à moitié plein, à savoir que la méthode utilisée par le gouvernement pour la RGPP à partir de 2007 a été précipitée, brutale, peu soucieuse des personnels qu’elle a bousculés, mais que la RGPP doit être menée à son terme.

LA MINISTRE de la Fonction publique, Marilyse Lebranchu, juge le rapport « excellent ». « Personne, dit-elle, n’a jamais contesté la nécessité de réviser les missions de l’État. » Elle dénonce cependant la « brutalité » de Nicolas Sarkozy tandis que les auteurs du document critiquent « une démarche trop rapide, cloisonnée … et mal vécue par de nombreux agents ». Ce qui ne les empêche pas de dire que la RGPP « a été novatrice par sa volonté de s’interroger sur la pertinence des politiques publiques ». Le rapport, en outre, estime que la RGPP aurait dû être étendue aux collectivités locales et à l’activité hospitalière. Il dénonce des audits financiers coûteux (45 millions par an).

Économies : 12 milliards.

La RGPP a pourtant été utile puisque son objectif était d’économiser 15 milliards sur les dépenses de l’État pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy et que l’ex-président en aura obtenu 12 à la fin de l’année actuelle, tout en supprimant 65 000 postes de fonctionnaires. Il faut, conclut le rapport, achever les mesures de RGPP en cours. Au total, 503 mesures ont été décidées, dont 311 sont en cours d’application. Le Premier ministre présidera un séminaire gouvernemental sur le sujet le 1er octobre.

La vitesse et la brutalité des décisions de Nicolas Sarkozy lui auront, au moins en partie, coûté son second mandat. La critique contenue dans le rapport n’est donc pas négligeable. Elle ouvre cependant une boîte de Pandore en posant une question de fond : faut-il, en France, prendre des gants pour engager une réforme ? Compte tenu de ce que nous savons des pesanteurs sociologiques de ce pays, il n’est peut-être pas excessif de dire que, quand on souhaite sincèrement qu’une réforme aboutisse, il vaut mieux prendre de court ceux que l’on veut réformer. Les exemples abondent de professions de toutes sortes qui savent se dresser avec efficacité contre les changements qui leur déplaisent parce que ces changements menacent leur confort social, intellectuel et financier, même si ce confort prive le pays d’une partie de son oxygène. La révision de la carte judiciaire, par exemple, a été conduite par Rachida Dati avec la délicatesse d’une tronçonneuse. Elle a écrasé sur son passage beaucoup de sensibilités, elle n’en a pas moins produit des économies substantielles.

La question est de savoir ce que l’on veut : si le respect élégiaque des habitudes ancestrales empêche la réforme, il faut cogner. Sinon, pas de réforme, ce qui est infiniment plus grave que de froisser des personnels (jamais menacés par le chômage) qui, certes, méritent tout le respect du monde, mais doivent, comme beaucoup de catégories de professionnels dans le privé, s’adapter aux temps qui changent. On peut déplorer une hâte sarkozienne qui a créé entre lui et les Français un profond malentendu. On ne peut pas ignorer la place des priorités : nous sommes affreusement endettés parce que le fonctionnement de l’État français a un prix astronomique que rien ne justifie dès lors qu’on compare nos dépenses administratives et notre pression fiscale à celles des pays voisins. Dans son désir de conserver  de bonnes relations avec les fonctionnaires, le gouvernement actuel risque de ne pas porter le scalpel là où c’est nécessaire.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à C’est la manière que Sarko n’avait pas

  1. daboval dit :

    Analyse très juste!

  2. vultaggio-lucas dit :

    « C’est la manière que Sarko n’avait pas » mais, faute d’avoir eu un « tiers séparateur », il n’avait pas non plus de très bonnes manières de se comporter avec les autres qu’ils/elles soient séduit(e)s, ex-, complices, courtisan(ne)s, comique troupier, et cetera. La lecture de l’article intitulé « Petite leçon de psychologie » du Dr Serge Hefez sur son blog « Familles, je vous haime » paru le 6 Mai 2007 est nécessaire. En effet, la personnalité, au sens psychologique du terme, des hommes de pouvoir devrait être connue avant qu’ils n’en abusent, car ce genre d’abus nuit gravement à la santé de la majorité des administrés.  » Revoir ce qui s’est passé au cours du siècle dernier et regarder ce qui se passe, ici et maintenant, partout dans le monde.

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