Le choc fiscal

Ayrault, hier, sur France 2
(Photo AFP)

Le gouvernement a adopté aujourd’hui son projet de budget pour 2013 qui comprend une hausse de 36,9 milliards des impôts. C’est un choc fiscal sans précédent, à la mesure de la crise de la dette nationale. Celle-ci a atteint aujourd’hui 91 % du produit intérieur brut (PIB), pour un montant de 1 832 milliards d’euros. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a défendu son projet jeudi sur France 2, avec beaucoup de passion, mais sans persuader la totalité des Français qu’il a fait les bons choix.

IL Y A, chez M. Ayrault, une ferveur qui ressemble à celle de Pierre Mauroy en 1981, la certitude qu’il ne fait que le bien « ici et maintenant ». La « justice sociale » lui inspire des envolées presque lyriques où l’on décèle certes de la sincérité mais, en même temps, une forte dose d’idéologie insensible à la violence d’une crise qui réclame plutôt du pragmatisme. Il est inutile de revenir sur le danger d’une fiscalité accablante qui pourrait réduire la consommation et, donc, la croissance, d’un effort d’économie insuffisant sur la dépense publique, alors que notre pression fiscale atteint déjà 56 % du PIB, de quelques injustices comme la taxation des heures supplémentaires ou le gel du barème de l’impôt qui transformera des exonérés en contribuables. On ne va pas donner un coup d’arrêt à l’endettement et, a fortiori, on ne remboursera pas ce que l’on doit sans que chacun des citoyens, contribuables et épargnants, ne consente à faire de gros sacrifices. Comment de tels sacrifices sont répartis, c’est sûrement une question importante pour chacun d’entre eux, c’est tout à fait secondaire sur le plan de l’intérêt général.

On reprendra ici une notion bien connue : le problème n’est pas de payer plus d’impôts, c’est l’efficacité de ces recettes nouvelles. M. Ayrault ne manque pas d’assurance, qui affirme que nous parviendrons, au terme de 2013, à ramener le déficit à 3 % du PIB. Rien n’est moins sûr, mais, au fond, on verra bien. On évitera donc de lui faire un de ces procès d’intentions qui sont monnaie courante dans les bagarres entre partis politiques. On se contentera de rappeler quelques vérités simples :

1) À dix milliards, la réduction des dépenses publiques est insuffisante.

2) Les hausses d’impôts sur les profits des entreprises n’ encourageront pas celles-ci à investir, donc à créer des emplois.

3) La consommation, moteur de la croissance en France, va ralentir forcément.

M. Ayrault pourrait nous répondre par une question : « Que feriez-vous à ma place ? » Nous n’y sommes pas, mais nous dirions alors que, plutôt qu’une myriade de mesures, parfois incompréhensibles ou dépourvues de clarté, il aurait pu, sans se trahir, nous présenter une vision générale de ce qu’il entend faire l’an prochain et les années suivantes. Il affirme que sa vision est contenue dans son credo socialiste, et cela nous inquiète, parce que, face à la crise, le libéralisme et la social-démocratie ont échoué dans les grandes largeurs. Un plan efficace, c’est un plan qui, certes épargne les plus pauvres, comme M. Ayrault s’y est employé, mais ce doit être surtout le véhicule qui nous amène à bon port, c’est-à-dire le déficit zéro, ce qui nous éviterait de consacrer la quasi-totalité de l’IR au service de la dette. Il était essentiel que M. Ayrault nous fasse partager ses convictions car c’est nous qui portons le fardeau fiscal. Il n’est pas sûr qu’il ait persuadé une majorité de ses concitoyens.

RICHARD LISCIA 

 

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