Hollande et Netanyahou : très éloignés

Divergences de fond
(Photo AFP)

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, est arrivé aujourd’hui à Paris pour une visite de deux jours, au cours desquels il aura des entretiens avec le président François Hollande et fera une visite, en sa compagnie, à l’école juive de Toulouse où quatre personnes, dont trois enfants, ont été assassinées par Mohamed Merah en mars dernier.

QUE PEUVENT se dire l’homme de droite israélien et l’homme de gauche français ? En dehors du soutien de notre gouvernement aux Français juifs et à l’existence d’Israël, qui est acquis, la France et l’État hébreu divergent à peu près dans tous les autres dossiers, comme la création, plus que jamais improbable, d’un État palestinien, ou la politique à adopter vis-à-vis de l’Iran. Il est toutefois utile que les deux hommes, qui se connaissent mal, se rencontrent, ne fût-ce que pour qu’ils comprennent mieux leurs motivations respectives. Pour rien au monde, M. Hollande, en refusant ou en différant la visite du Premier ministre israélien, n’aurait voulu donner le signal d’une tension entre les deux pays, tension qui remonte à Nicolas Sarkozy : l’ancien président n’a rien pu faire pour les Palestiniens et s’est plaint auprès de Barack Obama de l’intransigeance de M. Netanyahou.

Une position solide.

Fort heureusement, François Hollande n’a pas voulu céder au pessimisme. Il sait que M. Netanyahou a une position solide chez lui (il organise en janvier prochain des élections anticipées qui renforceront son emprise sur son pays) et à l’étranger, plus particulièrement aux États-Unis, où il a obtenu du Congrès ce que le président Obama n’a pas voulu lui offrir, c’est-à-dire un blanc-seing au statu quo pour les Palestiniens. Le Premier ministre israélien a également su, à temps, se livrer à un repli tactique, en promettant à M. Obama qu’il ne ne lancerait pas d’attaque contre l’Iran avant les élections américaines de novembre. Il aurait même ajourné tout projet d’intervention militaire au printemps prochain.

M. Netanyahou arrive donc en France dans un climat plus détendu que naguère, et lui-même ne peut pas croire que le président socialiste français va lui donner l’absolution pour son indifférence à la question palestinienne. En revanche, il peut exciper de la longévité politique que lui assureront les élections de janvier prochain. En d’autres termes, il reste l’homme fort d’Israël, avec lequel le gouvernement français, s’il est réaliste, est contraint de compter, sans chercher à espérer une alternative politique en Israël où un gouvernement en faveur d’une paix immédiate avec l’Autorité palestinienne ne risque pas de voir le jour avant longtemps.

C’est la droite israélienne qui fait la paix.

Cependant, M. Hollande, qui fait ses premiers pas en matière de diplomatie, peut avoir la subtilité de montrer au chef du gouvernement israélien qu’il doit tirer sa générosité de sa force. Que sa position de Premier ministre indéboulonnable lui donne une occasion unique de faire la paix. Que depuis la création de l’État d’Israël, c’est toujours la droite qui a fait les plus grandes concessions. Que c’est Begin qui a évacué le Sinaï et Sharon qui a évacué Gaza. Que la Cisjordanie, sous l’autorité de Mahmoud Abbas, ne pose plus de problème de sécurité pour Israël. Que des progrès en direction de la paix priveraient l’Iran et le Hamas d’un des arguments de leur rhétorique fanatique. Que M. Netanyahou, s’il s’orientait vers un peu de compréhension pour les Palestiniens, ne perdrait ni le soutien républicain ni le soutien démocrate aux États-Unis et, plus encore, obtiendrait celui de l’Europe et qu’il restaurerait de la sorte les alliances traditionnelles d’Israël avec le monde occidental.

Qu’on l’aime ou pas, M. Netanyahou est un politicien qui sait comment conquérir le pouvoir et le garder. Il est au mieux de sa forme. Maintenant qu’il est en passe de convaincre les Israéliens et le monde qu’il est Premier ministre pour quelques années encore, il peut avoir enfin envie d’inscrire son nom dans l’histoire.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Hollande et Netanyahou : très éloignés

  1. vultaggio-lucas dit :

    Le président de la République française et le Premier ministre israëlien sont-ils vraiment si éloignés que cela? Ils adhèrent tous sans hésitation à l’économie de marché, libéralisme économique ou capitalisme. Evidemment, il peut y avoir une différence de méthode ou d’alliance. Ainsi, le libéral de droite israélien en appelle à administrer son pays avec son extrême droite tout comme semble vouloir le faire M. Copé à qui la famille Le Pen, par la voix de la fille, dit d’accord pour la grande manif anti président de la République française légitimement élu le jour du deuxième tour. Malheureusement, le libéral de gauche, du fait de son relativisme culturel inhérent au libéralisme politique et culturel, en appelle à la « cause nationale » pour la sécurité des juifs français.Mais, n’existe-t-il pas déjà une ou des lois pour assurer la sécurité des Français quelle que soit leur origine et/ou leur confession ? La fuite en avant libérale qui empile les lois comme un millefeuille alors que celles qui ont déjà été « validées » ne sont pas appliquées au nom, parfois, de la fameuse liberté individuelle et de l’antinomie des deux piliers du libéralisme que sont le droit procédural et la loi du marché.

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