Copé : amère victoire

UMP, chantier énorme
(Photo AFP)

Jean-François Copé a été élu président de l’UMP au terme d’une très longue journée de comptage des suffrages qui a fini par lui accorder une majorité de 50,03 % des suffrages des militants et 98 voix d’avance.  M. Copé peut s’enorgueillir de l’avoir emporté bien que François Fillon ait mené la campagne en tête. Mais son score met au jour une fracture politique au sein du mouvement dès lors que, pour gagner, il a exprimé des idées à peine éloignées de celles de l’extrême droite tandis que M. Fillon semblait se rapprocher du centre.

BIEN ENTENDU, le mot d’ordre est au rassemblement, mais personne ne peut dire si M. Copé va rallier autour de son nom ceux qui ont voté contre lui. Pendant les vingt-quatre heures du dépouillement du scrutin, l’UMP a fait l’objet de critiques et de sarcasmes et certains ont cru trouver dans la scission de son électorat les signes avant-coureurs d’un éclatement du parti. C’est peut-être aller vite en besogne : non seulement M. Copé perçoit très bien le danger d’une scission, mais il n’est pas du tout impossible que, après s’être déporté à droite pour séduire ceux des militants qui restent tentés par le Front national, il décide désormais de « gouverner » au centre. C’est en effet une nécessité stratégique qui ne saurait lui échapper : il est exclu qu’il tende la main à Marine Le Pen, à laquelle le chaos du scrutin a offert l’occasion exceptionnelle de tomber à bras raccourcis sur l’UMP, et la nouvelle direction du parti doit admettre que la stratégie utilisée deux fois par Nicolas Sarkozy pour puiser des voix d’appoint dans l’électorat du FN a ses limites, comme l’a démontré l’échec du président sortant lorsqu’il s’est présenté pour un second mandat.

Que va faire Fillon ?

Tout dépendra des fillonnistes : ils accepteront ou non de faire l’unité de l’UMP ; M. Copé saura ou non leur ouvrir un espace pour s’exprimer et compter dans les élections à venir ; François Fillon décidera ou non s’il veut rester en politique. Quoi qu’il en soit, le chantier de la reconstruction de la droite est énorme. Il faudra d’abord que Jean-François Copé s’impose comme le président légitime en dépit d’un score qui, de fait, le met à égalité avec François Fillon. Il serait donc logique qu’il donne à l’entourage de l’ancien Premier ministre des postes et des fonctions dont le nombre reflètera leurs presque 50 %.  Mais surtout, M. Copé doit mettre au point une stratégie à l’égard du Front national, obtenir un consensus autour de cette stratégie et s’y tenir. L’UMP, en effet, est menacée de mort par le FN, qui ne peut croître qu’en récupérant la forte frange de droite de l’UMP.

Diverses analyses voient dans le résultat du scrutin un échec pour M. Fillon parce qu’il était le favori, un autre échec pour M. Copé parce que sa majorité est bien mince, une victoire pour Marine Le Pen qui d’ailleurs parade sur les plateaux, une chance pour Nicolas Sarkozy. C’est croire que ce qui s’est passé les 18 et 19 novembre restera gravé dans le marbre. M. Copé passera un premier test lors des élections municipales de 2014. Ce ne sera pas le cap le plus difficile : la gauche détient une majorité de grandes villes et, l’usure du pouvoir aidant, elle en lâchera forcément quelques-unes. Le président de l’UMP devra ensuite survivre à une nouvelle élection prévue pour 2015. Sa défaite ou sa victoire dépendront de plusieurs facteurs : il faudra qu’il ait ressoudé le parti et fait travailler copéistes et fillonnistes ensemble, sans amertume et sans rancoeur. Il faudra  qu’il compte avec un retour, toujours possible, de Nicolas Sarkozy à la vie politique, ce qui porterait un coup d’autant plus fatal à ses ambitions qu’il s’est engagé à se ranger auprès de M. Sarkozy si celui-ci était candidat à un second mandat.

Enfin, en politique, on finit toujours par renaître de ses cendres. M. Fillon a tout le loisir de revenir un jour sur le devant de la scène. Les cas de personnalités politiques qui se croyaient définitivement laminées par un échec électoral sont innombrables. L’ancien Premier ministre ne sera donc pas président de l’UMP, mais il a assez de temps devant lui pour envisager de conquérir la présidence de la République.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à Copé : amère victoire

  1. lamarche- arène dit :

    Une fois encore, une analyse pleine de bon sens et qui se vérifiera dans un futur plus ou moins proche. Les cadavres en politique sont les seuls à renaître de leurs cendres mais ils le font.

  2. vultaggio-lucas dit :

    Compté et recompté, c’est Copé à 98 voix près. Fillons ailleurs avant que les complexes ne les reprennent ou, pire, que le retour du refoulé ne resurgisse de derrière le buisson , ce qui selon des psychanalystes serait encore pire (le retour du refoulé).

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