Un répit pour Sarkozy

Un soulagement
(Photo S. Toubon)

Les juges bordelais Jean-Michel Gentil, Cécile Ramonaxto et Valérie Noël ont décidé de donner à Nicolas Sarkozy le statut de témoin assisté, dans le cadre de l’affaire Bettencourt, au terme d’une audition qui a duré douze heures. L’ancien chef de l’État échappe donc à une mise en examen qui semblait imminente et peut envisager son avenir personnel et politique avec un peu de sérénité.

ON RECONNAÎTRA aux trois juges leur impartialité, après qu’on les a parfois soupçonnés, à droite, de harceler un ancien président pour grandir leur propre image. Il n’en est rien, apparemment, puisqu’ils ont publié un communiqué pour mettre en garde les médias contre toute tentation de les filmer ou de les photographier. Mieux, bien que le juge Gentil ait conversé avec M. Sarkozy pendant douze heures, ce qui laisse imaginer des centaines de questions et une méticulosité d’anatomopathologiste, il n’a pas cru disposer d’éléments suffisants pour le mettre en examen.

Confusion.

L’avocat de l’ancien président, Thierry Herzog, a indiqué que, dans leur lecture des agendas personnel et professionnel de M. Sarkozy, les juges auraient confondu au moins un rendez-vous avec la famille d’Ingrid Betancourt et des rendez-vous avec celle de Liliane Bettencourt, ce qui, selon l’avocat, écarterait l’idée d’une fréquence des rencontres avec la propriétaire de l’Oréal. En réalité, cette seule confusion ne peut expliquer l’insistance des juges à interroger l’ex-président. Ils disposaient de témoignages, notamment celui de Claire Thibout, ancienne secrétaire de Patrice de Maistre, ex-conseiller financier de Liliane Bettencourt, indiquant des remises d’argent par la milliardaire à M. Sarkozy. Ce que la confrontation entre M. Gentil et M. Sarkozy a montré, c’est que la justice n’a aucune preuve tangible d’un financement occulte de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2007, pas plus que d’un enrichissement personnel.

M. Sarkozy est probablement soulagé. Mais, dans l’affaire Bettencourt, il n’est pas complètement exonéré, même si la justice ne peut désormais le mettre en examen que si de nouveaux éléments apparaissent, ce qui semble bien peu probable. En outre, il aura à répondre à d’autres questions dans le cadre des affaires de Karachi et des sondages de l’Élysée secrètement financés.  Il a néanmoins passé le cap le plus difficile, car, dans ces deux affaires, les preuves d’un comportement répréhensible sont également inexistantes.

Le désespoir des militants.

Que va-t-il faire de sa première et relative victoire ? Elle lui offre la perspective d’un retour en politique, mais pas tout de suite. M. Sarkozy n’aura pas manqué de constater que, plus il se tait, plus populaire il est. La conjonction de la guerre Copé-Fillon et de sa non mise en examen lui est très favorable. Car c’est le désespoir absolu qui s’est emparé des militants de l’UMP, confrontés à une crise hideuse. Si Jean-François Copé se bat contre François Fillon, l’ancien Premier ministre, paradoxalement,  jette des tapis de bombes sur l’UMP, fracturée, selon lui, moralement et politiquement, et assimilée à une mafia. Il ne semble pas se douter que, en parlant de la sorte, il insulte le parti et, surtout, la base. Ce paroxysme de haine irrationnelle permettra-t-il à l’UMP de ressusciter? Il faudrait, pour sa renaissance, un homme de stature exceptionnelle, capable de jouer un rôle pour lequel les Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Baroin ou Xavier Bertrand ne sont pas encore prêts. Un homme qui, pour avoir perdu de peu, est cher au coeur des militants. Un homme qui, seul, peut rebâtir le parti.

Mais quand ? Pas tout de suite. Il faut, avant tout, que M. Sarkozy se libère des autres menaces judiciaires qui pèsent sur son sort. Il ne peut pas non plus se réengager,  dès cette année ou l’an prochain, en politique. Il doit se réserver pour 2017 et envisager un retour pour conquérir la présidence de l’UMP en 2015. Dès lors, toute prévision est prématurée. Car l’UMP ne saurait attendre. Des personnalités émergeront qui changeront la donne. Le parti peut se ressaisir, ou bien il ne se ressaisira pas. Il manque des éléments à l’analyse que l’ancien président fait des événements à venir.

RICHARD LISCIA 

 

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Une réponse à Un répit pour Sarkozy

  1. vultaggio-lucas dit :

    Douze heures d’audition devant un juge d’instruction, ce n’est pas aussi rentable que de parler d’économie libérale et des lois du marché devant un parterre de convaincus pour quelques dollars en plus. En droit procédural, être « témoin assisté » ne veut évidemment pas dire être mis en examen mais ne signifie pas qu’il n’y ait pas matière à instruire, cette instruction n’étant possible que depuis la non réélection de M. Sarkozy. Est-ce que le soulagement et/ou la sérénité du célèbre témoin assisté à la suite de son audition sur cette première affaire tiendront aussi bon avec toute la passion engendrée par la « validation » du chef de l’UMP?

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