UMP : la décomposition

Un échec pour lui aussi
(Photo AFP)

Il n’a pas fallu une demi-heure, dimanche soir, pour qu’Alain Juppé jette l’éponge. L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac s’est déclaré incapable de réconcilier François Fillon et Jean-François Copé autour de son idée : une sortie de crise fondée sur sa médiation. Dernier développement en date : M. Copé s’est fait sacrer président de l’UMP, avec 1 000 voix d’avance par la Commission nationale des recours. M. Fillon va contester ce résultat devant la justice.

SI LA CRISE se prolonge, au point que les journaux les plus favorables à la droite parlementaire parlent de « comportement suicidaire », c’est pour les raisons suivantes : M. Fillon accepterait peut-être de renoncer à la présidence de l’UMP, mais, auparavant, il veut la peau de M. Copé, c’est-à-dire barrer la route vers l’avenir radieux que celui-ci se prépare. Il puise son agressivité et la détestation de son adversaire dans la certitude qu’il allait l’emporter, comme le prévoyaient les sondages, qu’il est donc légitime et que M. Copé tire sa pseudo-victoire à l’arraché de la manipulation du scrutin. M. Copé, pour sa part, estime que, en dépit des sondages qui l’ont toujours présenté comme le challenger de M. Fillon, il a opéré à la dernière minute un redressement qui, certes, ne lui donnerait que quelques voix d’avance,  mais constituerait un triomphe par rapport à son point de départ.

Une image désastreuse.

M. Fillon n’a cessé de mettre l’accent, avec des mots terribles, sur la corruption  de l’appareil de l’UMP, aux mains de son secrétaire général. Lequel n’a jamais caché qu’il entendait faire de l’UMP son tremplin personnel vers la magistrature suprême. Cependant, l’ancien Premier ministre de Sarkozy, en s’engageant dans une guerre sémantique contre son propre parti, celui-là même qu’il voulait diriger, a affiché, non sans impudeur, sa haine pour M. Copé ; lequel estime que, s’il renonce aujourd’hui, il perdra la partie pour les cinq ou dix ans à venir, et a décidé, en conséquence, de jouer son va-tout, quoi qu’il en coûte en termes d’image. Une image désastreuse.

Cette crise indescriptible de l’UMP a disqualifié les trois premiers ténors de l’UMP (après Nicolas Sarkozy) : MM. Fillon, Copé et Juppé, dont l’échec alimente le passif. En limitant sa mission dans le temps au nom de la rigueur morale, le maire de Bordeaux a préparé sa propre défaite. Il aurait tiré le plus grand avantage d’une solution acceptée par MM. Fillon et Copé ; il est maintenant affaibli politiquement par son impuissance. D’autant que, dès lundi matin, il a reconnu ses propres insuffisances en réclamant l’intervention personnelle de Nicolas Sarkozy, vers qui tous les regards de l’UMP se tournent désespérément. L’ancien président de la République, dégagé de quelques embarras judiciaires, apparaît désormais comme le seul homme en mesure de combler l’abîme qui sépare les deux courants du mouvement.

Quel programme ?

Mais un replâtrage n’y suffira pas. M. Fillon, à tort ou à raison, a jeté le discrédit sur l’UMP, qui devra d’abord réformer ses règlements et ses méthodes et, ensuite, se poser sérieusement la question de savoir quel programme elle mettra en place si elle revient au pouvoir. La droite classique doit se définir par rapport au Front national qui risque de lui ravir ses militants les plus hostiles à l’immigration et à l’insécurité ; elle doit aussi offrir aux centristes qui ne l’ont pas quittée une place qui leur permette d’influencer les grandes décisions du parti. Elle doit enfin se livrer à un révisionnisme déchirant qui passe par la mise à l’écart de MM. Fillon et Copé et par le choix d’un troisième homme ou d’une  femme pour diriger le parti jusqu’en 2015. Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a demandé ce matin un nouveau vote, est sur cette ligne,  très compliquée, mais bonne pour le parti. Et pour elle-même.

La crise rebondit encore cet après-midi. Nicolas Sarkozy, qui devait déjeuner avec François Fillon, a reçu un coup de fil de Jean-François Copé, soucieux de donner sa version des faits avant son ennemi juré. M. Copé a été proclamé (une fois de plus) vainqueur au terme de l’examen des votes par la Commission des recours. M. Fillon donnera une conférence de presse à 17h30 pour réfuter l’argumentation de M. Copé et annoncer qu’il porte le dossier devant la justice. Les deux hommes occupent la scène, ignorent toute possibilité d’apaisement, y compris le discours que leur aura tenu M. Sarkozy et font tout pour que la crise dure encore plusieurs mois. Un déchaînement de colère qui plonge l’UMP dans les abysses de l’enfer.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à UMP : la décomposition

  1. vultaggio-lucas dit :

    Tout le monde semble être d’accord sur la volonté,le désir de pouvoir/puissance de MM. Copé et Fillon.
    Mais, n’est-il pas possible de se demander si cette sorte de primaire plus ou moins bien organisée à l’UMP n’est pas en partie à l’origine de cette « décomposition »? En effet, depuis la « prise » de l’UDR en 1974 par l’ancien président Chirac, le parti de droite quel qu’ait été son sigle, RPR puis UMP, a toujours été une machine à promouvoir un président de la République. Et quid de la culture démocratique de ce parti? Il risque de passer par la case droit procédural car les lois du marché ne peuvent résoudre seules les affaires d’ego ; ou bien de revoter sur le bon avis de l’ex-président qui ne tient pas à voir d’autres juges au siège de l’UMP.

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