Nationalisation n’est pas un gros mot

Lashkmi Mittal
(Photo AFP)

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a été vivement critiqué pour avoir prononcé le mot de nationalisation à propos de Florange. À l’heure où le gouvernement socialiste multiplie les mesures en faveur des entreprises, les propos de Montebourg ont été accueillis avec une surprise indignée par le patronat. Le président de la République qui reçoit Lashkmi Mittal, propriétaire d’Arcelor Mittal, ce soir à l’Élysée, n’a pas désavoué son ministre.

ANCIEN conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino a déclaré aujourd’hui que la nationalisation des aciéries de Florange et Gandrange avait été envisagée par le président précédent. Il a ainsi démontré que, face aux fermetures d’usines et aux pertes d’emplois, toutes les solutions sont imaginées par un gouvernement, quelles que soient sa méthode et son idéologie. Le défaut de M. Montebourg, c’est de s’appuyer davantage sur le discours que sur les actes. On oublie en effet que la crise de la sidérurgie française provient de la crise tout court, que M. Mittal ne peut pas produire de l’acier à perte (le groupe a accumulé 18 milliards de dettes) et que M. Montebourg devrait se souvenir que la France, loin de se chercher des ennemis parmi les investisseurs étrangers, doit lutter, comme le reste de l’Europe, contre les délocalisations et les pertes de parts de marché.

Le cas de General Motors. 

Il n’empêche qu’une nationalisation en période de crise ne ressemble pas à une nationalisation en période de prospérité. Aux États-Unis, l’administration fédérale, en achetant 80 % de General Motors (GM) il y a un peu plus de trois ans, a pratiquement nationalisé l’un des plus grands constructeurs mondiaux d’automobiles. Le président Obama a été vivement critiqué par les républicains, mais aujourd’hui GM marche bien et le gouvernement est prêt à revendre ses parts à qui veut les acheter. Qu’une telle méthode ait été mise en oeuvre au pays dit ultra-libéral montre que le désespoir nourri par le chômage conduit les gouvernants à des choix inattendus. Cette fois encore, ce qui est bon pour GM est bon pour l’Amérique.

On objecte que la nationalisation de GM n’a rien à voir avec celle de Mittal. C’est un argument mystérieux. On doit néanmoins à la vérité de rappeler le mot de M. Montebourg :  » Nous ne voulons plus de Mittal en France  » qui, de fait, est la fanfaronnade de l’année. Premièrement, la France n’a pas un fifrelin pour nationaliser Arcelor Mittal, qui possède 150 sites de production et emploie 20 000 personnes. Deuxièmement, M. Montebourg ne peut nationaliser que Florange. Troisièmement,  la dispute entre le gouvernement et Mittal vient du fait que Mittal  veut non pas se séparer de la partie rentable de Florange, celle qui produit des aciers exportés en Allemagne, mais seulement les hauts fourneaux qui, eux, sont alimentés par du charbon venant de Dunkerque et fonctionnent à perte.

Dans ces conditions, c’est peu dire que le propos de M. Montebourg a dépassé sa pensée. On ne se trompe pas de beaucoup quand on l’accuse de céder à la rhétorique démagogique. Il s’attaque systématiquement au patronat (souvenez-vous de Peugeot) alors que M. Hollande et Jean-Marc Ayrault font tout pour rassurer les chefs d’entreprise, notamment en leur accordant des avantages fiscaux. Il faut donc circonscrire le conflit de Florange à son périmètre local. Dans son entretien avec Lashkmi Mittal ce soir à l’Élysée, M. Hollande ne pourra faire autrement que de reconnaître que son gouvernement ne souhaite pas bouter Mittal hors de France. Le voudrait-il qu’il n’en aurait pas les moyens. Mais, décidément, le message du pouvoir au monde des affaires est inaudible.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Nationalisation n’est pas un gros mot

  1. vultaggio-lucas dit :

    Les solutions économiques de fond envisagées par un gouvernement libéral de droite ou de gauche sont semblables puisqu’elles gèrent pour le mieux l’économie de marché ou capitalisme devenu par trop financier. La forme peut être fonction des libéralismes politique et culturel qui diffèrent légèrement entre droite et gauche. Elle permet ainsi aux médias de faire du « papier » et aux blogueurs de rédiger des « posts » pas aussi pathologiquement égocentriques que les propos de certains de nos politiciens, mais peut-être vains à moins d’être membre de l’UFML.Et encore.

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