Fillon joue sa partition

 

Fillon, le dissident
(Photo AFP)

La publication au « Journal officiel » des statuts du Rassemblement-UMP, nouveau groupe parlementaire fondé par François Fillon avec quelques dizaines de députés acquis à sa cause, a fait replonger la droite dans la crise, qui semble aujourd’hui atteindre un paroxysme.

CONTRAIREMENT aux engagements qu’il avait pris avec Nicolas Sarkozy, principalement soucieux de maintenir l’unité de l’UMP, M. Fillon a accentué la division tout en continuant d’exiger la mise en vigueur de la partie de l’accord qui l’intéresse, c’est-à-dire un référendum auprès des militants suivi d’un nouveau scrutin. La réaction de Jean-François Copé ne s’est pas fait attendre, même si à aucun moment dans la journée de mardi M. Fillon n’a laissé entendre qu’il renonçait à créer son mouvement. Il répète d’ailleurs que le R-UMP est le seul moyen de pression (d’autres diraient chantage) dont il dispose. Mais que ses amis et lui réintègreront l’UMP dès qu’ils auront obtenu satisfaction au sujet du vote. Du coup, mercredi, M. Copé semblait renoncer à tout, au référendum, au deuxième vote, sauf à son poste virtuel et fragile de président de l’UMP.

Pour que la confusion augmente, les indépendants, c’est-à-dire ceux qui, à l’UMP, ne sont ni les partisans de M. Copé ni ceux de M. Fillon, préfèrent d’ailleurs que l’on supprime l’étape référendum et qu’une commission complètement indépendante organise une nouvelle élection. Peut-être est-il prématuré d’avancer un pronostic, mais la direction que prennent les événements semble être celle du nouveau vote, ce qui mettrait Jean-François Copé en minorité et accorderait un avantage à François Fillon.

Un appel aux dissidents.

On s’étonne de ce que des députés UMP aient participé à la manoeuvre dangereuse lancée par l’ancien Premier ministre. Mais, dans son  propre camp, des voix se sont élevées pour regretter la scission du parti. Cinquante élus, dont quelques fillonnistes, ont demandé que, en échange de l’organisation du référendum, les dissidents rejoignent rapidement l’UMP. Par la voix du député Jérôme Chartier, la réponse a été claire : les fillonnistes ne cèderont à aucun ultimatum. On se croirait en pleine bataille des Ardennes en 1944 quand un officier américain a répondu « merde » aux Allemands qui l’encerclaient et le sommaient de se rendre. Car on en est là. Si M. Copé est dégoûté de ce qu’il voit, qu’il abandonne au profit de la réunification du parti qu’il devrait aimer plus que lui-même ; si M. Fillon  veut tout détruire plutôt que périr, ses amis, au lieu de se battre comme des chiffonniers avec les copéistes, devraient mesurer les responsabilités qu’il prend et qu’ils prennent eux aussi en fanatisant littéralement l’homme politique que l’on croyait le plus calme du monde.

Inutile d’ajouter que l’UMP, déjà affaiblie par sa défaite électorale, ne fait plus rien du tout sinon qu’elle explore  ses tourments internes. En dix jours, le gouvernement lui a donné plusieurs occasions importantes de réagir, elle n’a pas soufflé mot sur les contradictions et des erreurs commises par le pouvoir, qui passent comme une lettre à la poste, de sorte que François Hollande apparaît comme le chef d’État le moins contesté d’Europe. Non seulement la démocratie française est en panne à cause de la disparition subite du contre-pouvoir, mais une querelle de personnes se transforme en une crise qu’on n’est pas loin de qualifier d’historique.

RICHARD LISCIA

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