Palestine : un État « observateur »

Joie en Cisjordanie
(Photo AFP)

Jeudi soir à l’assemblée générale de l’ONU, 138 pays, sur 193, ont voté pour donner à la Palestine le statut d’État-observateur, 46 se sont abstenus et 6, dont les États-Unis et Israël, ont voté contre. C’est une victoire diplomatique pour les Palestiniens ; en tout cas,  Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, le dit. Pour autant, elle ne fait pas avancer la paix d’un millimètre.

LA MESURE d’un échec ou d’un succès est fournie par la mine que font les adversaires. Les diplomates israéliens sont furieux et grognons : ils n’ont pas su empêcher la démarche de Mahmoud Abbas.  Barack Obama est plus que contrarié. Il exigeait, au terme de quatre ans de mandat, un nouveau délai pour intervenir en force sur le Proche-Orient. L’année dernière, il était parvenu à dissuader M. Abbas d’engager une tentative similaire qui, il est vrai, n’avait aucune chance, car elle se passait au Conseil de sécurité, où le veto d’un seul État-membre, en l’occurrence les États-Unis, aurait mis un terme à l’aventure. M. Abbas estime que, depuis, il a perdu une année pendant laquelle il n’y a eu aucune négociation, le statut de la Cisjordanie n’a pas évolué, et les implantations juives ont augmenté en nombre.

Le social-démocrate allemand Carlo Schmid, mort en 1979, disait que, pour faire un État, il suffit d’un territoire et de frontières. La Palestine n’est pas un État parce qu’elle ne connaît ni son son territoire ni les limites dans lesquelles il est contenu. À quoi il faut s’empresser d’ajouter qu’Israël non plus ne sait exactement où est son territoire et qu’il refuse d’en tracer la frontière. Mais Israël est reconnu par toute la communauté mondiale comme un pays indépendant, ce qui signifie que le statut d’un État découle aussi du regard que porte sur lui les autres États. De ce point de vue, le nouveau statut constitue un progrès pour la Palestine.

Deux voies : l’affrontement ou la négociation.

Mais la qualité d’État-observateur n’apporte aucun avantage à la Palestine, sinon un nom qui l’identifie et prépare peut-être dans les esprits l’avènement de son indépendance. Elle n’a pas le droit de voter à l’ONU. Elle a toutefois la capacité de saisir le Tribunal pénal international (TPI) et de traîner en justice divers militaires ou personnalités politiques d’Israël. Si elle s’engage dans cette voie, le pronostic sera sombre. Le recours au TPI ferait de la Cisjordanie une base de harcèlement judiciaire contre Israël, un peu comme la base militaire de Gaza, d’où partent les roquettes qui bombardent les populations civiles. Il s’agirait d’une aventure de plus qui diffèrerait une paix  déjà très lointaine. Les Palestiniens expliquent qu’ils se réservent le droit de recourir ou non au TPI, autre façon de durcir le rapport de force. On ne s’étonnera pas de ce que l’État juif y voie une marque d’hostilité telle qu’elle serait exclusive de tout accord de paix.

Il vaut mieux négocier.

Cependant, si on s’élève contre l’usage agressif que la Palestine entend faire de son nouveau statut, on n’a pas d’autre choix que de l’engager sur la voie de la négociation, comme le souhaite M. Obama. Pour négocier, il faut être deux. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou, qui sera sans doute reconduit après les élections législatives de janvier prochain, assure qu’il est prêt à reprendre la conversation avec l’Autorité palestinienne sans condition préalable. M. Abbas pose la condition sine qua non d’un gel de la colonisation qui, en dix ans, a beaucoup progressé à l’intérieur du territoire cisjordanien. Assuré, ou presque, de rester au pouvoir, M. Netanyahou estime qu’il n’est pas en position de faiblesse, ce qui implique qu’il sera très difficile de lui arracher des concessions. C’est le défi qui s’adresse à Barack Obama. Mais c’est aussi un défi pour Israël, qui, en s’installant durablement dans le statu quo et dans la colonisation, finira par favoriser l’avénement d’un État unique où les Palestiniens auraient la majorité.

RICHARD LISCIA

 

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