Le syndrome de la repentance

En Algérie, terrain miné
(Photo AFP)

François Hollande est arrivé aujourd’hui en Algérie pour une visite d’État censée rapprocher les deux pays. Les Algériens attendent du président français, qui conclura des accords économiques, qu’il reconnaisse la responsabilité de la France dans les exactions inhérentes à une guerre coloniale. M. Hollande est donc sommé de faire ce que ses prédécesseurs ont toujours refusé.

ON NE TROUVE aucune excuse aux conquêtes coloniales, ni au moment où une puissance s’empare d’un pays plus faible ni lorsqu’elle le quitte dans les atroces convulsions de la guerre. D’autant que la preuve a été fournie à plusieurs reprises que la France n’a rien perdu de sa vitalité économique quand elle a abandonné l’Afrique ou l’Indochine et qu’elle y gagné en stature morale. Elle a en outre commis des crimes, comme d’autres nations avant elle. Nous n’avons été, en Algérie ni plus ni moins coupables que d’autres puissances qui ont inventé le colonialisme avec nous, comme le Royaume-Uni, ou l’ont réinventé, comme les États-Unis. En Tunisie et au Maroc, en Afrique subsaharienne, nous avons su éviter le pire, en offrant à des pays dont les frontières furent artificiellement dessinées une indépendance que nous avons refusée à l’Algérie et aux territoires indochinois.

Nous devrions concevoir de ces mésaventures à la fois regret, remords et repentir. Mais, en Algérie, nous avons pratiqué une colonisation de peuplement qui a fait que, pour accorder l’indépendance à ce pays, nous avons sacrifié les Français qui y vivaient. L’autre crime, si l’on peut dire, c’est de n’avoir pas su protéger nos concitoyens, pas plus que nous n’avons su défendre les harkis, qui se sont rangés dans notre camp, sont morts pour la France, ont été massacrés par le FLN en 1962 et n’ont obtenu, une fois arrivés en France, qu’un statut de seconde zone. Reconnaître nos crimes en Algérie pose une question prioritaire : nous devons d’abord admettre que nous n’avons pas accordé aux Français d’Algérie et aux harkis la mansuétude qu’exigent de nous les Algériens, ceux qui vivent en Algérie, mais aussi ceux qui vivent chez nous et sont souvent devenus français.

Les Algériens sont fondés à rappeler qu’ils n’ont obtenu leur indépendance qu’en l’arrachant à une France décidée à ne pas la leur accorder, ce qui a entraîné une guerre épouvantable. En même temps, leur soulèvement a déclenché des actes d’une férocité qui reste dans nos mémoires tout autant que la cruauté de nos propres exactions.  Le cas de l’Afrique du Sud a prouvé que des Blancs enracinés dans un territoire africain peuvent continuer à y vivre et y prospérer après l’indépendance. Les Algériens, en tout cas le pouvoir de type militaire qui s’est installé à Alger (et a ensuite évolué), n’ont pas voulu de cette réconciliation entre anciens belligérants.  Ils peuvent aujourd’hui dénoncer le colonialisme en général et ses conséquences délétères. Ils ne peuvent pas affirmer qu’ils avaient tous les droits, y compris celui de tuer, et nous uniquement des devoirs envers eux. S’il faut faire un travail de mémoire, il concerne les Algériens autant que les Français.

Car on ne saurait tout confondre, par exemple le colonialisme et le nazisme. Quand Jacques Chirac a reconnu la responsabilité de l’État français dans sa contribution au génocide des juifs,  il tirait la conclusion claire d’une action de la France contre une communauté qu’elle avait pour devoir de protéger. Les Américains et les Anglais ne se sont jamais repentis pour le bombardement de Dresde ou pour l’usage de la bombe atomique contre le Japon parce que, auparavant, il y avait eu le pilonnage de Londres et de Coventry ou Pearl Harbor. Une guerre a opposé Français et Algériens, elle a fait de nombreuses victimes dans les deux camps. La fameuse « paix des braves » est préférable à un acte de repentance.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une réponse à Le syndrome de la repentance

  1. Richard CROSES dit :

    La paix d’Algérie n’a pas eu lieu.

    Vous signalez à juste titre la férocité des combats; je voudrais rappeler la suite sans honneur pour les deux parties qui s’en suivit.
    Un cessez le feu signé le 19 mars fut le point de départ de massacres de Français et d’Algériens, alors que l’armée française restait amorphe.
    Ce sont les Français qui ont trahi et désarmé les supplétifs pour les livrer aux assassins du FLN. Cette honte poursuivra à jamais la France, son armée, et ses dirigeants!
    Les Algériens et les pieds noirs n’ont pas été remerciés par les Français et ont été parqués dans des centres de rétention.
    Les accords d’Evian organisaient en fait la force de frappe nucléaire de la France; de larges étendues de l’Algérie sont contaminées par Gerboise Bleue. Les indigènes meurent encore actuellement de maladies induites par les radiations.
    Les Algériens immigrés en métropole ne s’intègrent pas, et De Gaulle prévoyait déjà de les renvoyer chez eux. Une guerre civile devient de moins en moins évitable, et c’est vrai aussi pour la Belgique.
    Ne rêvons pas, le réveil sera douloureux.
    La paix d’Algérie n’a pas eu lieu!

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