École : vive les vacances !

École vide aujourd’hui à Paris
(Photo AFP)

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, ayant décidé d’appliquer la réforme des rythmes scolaires dès la rentrée prochaine, il a eu droit à un jour de grève massive des enseignants aujourd’hui et à une journée d’action demain. Or cette réforme, selon tous les avis (chercheurs, Académie, enseignants, parents, élus) est indispensable : la journée scolaire de six heures est trop longue et contre-productive car les enfants ne peuvent maintenir leur attention aussi longtemps.

ON N’A MÊME PAS envie d’entrer dans les détails : tout ce que l’on sait, c’est que les réformes scolaires se multiplient depuis des décennies et que le niveau général des enfants baisse dangereusement. Tout ce que l’on sait, c’est que chaque adulte a un point de vue sur la question mais que les enfants subissent leur sort sans même savoir d’où vient leur fatigue. Tout ce que l’on sait, c’est que les enseignants, à tort ou à raison, ne sont jamais contents et qu’ils sont plus prompts à se mettre en grève, y compris contre le gouvernement dont ils constituent l’électorat naturel, qu’à défendre les intérêts et le bien-être des élèves. Les profs ne peuvent pas échapper à l’accusation de corporatisme, même s’ils brandissent quelques arguments contre la semaine de quatre jours et demi (à Paris, on leur attribue de nouveaux enseignements, ils ne seront pas payés pour la demi-journée supplémentaire).

Ce que Peillon craint de faire.

Mais, si l’on entre dans les détails, on comprend sans difficulté que le calendrier scolaire souffre d’une contradiction énorme : les vacances sont trop longues et les journées de travail dans la semaine, destinées à compenser les jours fériés trop nombreux, accablantes pour les petits. En France, l’année scolaire comprend seulement 144 jours contre 180 dans les pays de l’OCDE. Bien qu’il soit fortement imprégné d’une tâche qu’il considère comme sacrée, le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, s’est bien gardé, jusqu’à présent, de modifier la durée des vacances. Il sait que c’est la solution, mais il craint de déclencher une révolution chez les enseignants et aussi chez les parents, dont les week-ends en résidence secondaire et les séjours à la plage ou à la montagne semblent plus nécessaires que l’équilibre mental et la santé de leurs propres enfants.

Chez nous, en effet, le diagnostic est toujours parfait. Nous connaissons les raisons économiques, sociales ou hédonistes des distorsions du calendrier scolaire. Malheureusement, le traitement ne suit pas, comme si la maladie était plus avantageuse que la bonne santé : on ne va tout de même pas envisager une rentrée le 16 août,  et des vacances de Noël et de Pâques réduites à une semaine ! Il y a donc une complicité de fait entre les parents et les enseignants pour maintenir un horaire hebdomadaire abondant et des semaines de travail plus rares. Voilà la vérité. Le reste n’est que billevesées destinées à cacher de prodigieux égoïsmes. Et même une bonne dose d’hypocrisie : nous aimons tellement nos enfants que nous voudrions passer toujours plus de vacances avec eux, quitte à les arracher au sommeil en plein hiver, à leur coller un gros cartable sur le dos, à les envoyer vers l’univers toujours un peu effrayant de la discipline et à les forcer à ingurgiter le savoir comme on gave une oie.

Nous exagérons à peine. Nos enfants méritent mieux,  qui sont l’objet de toutes nos querelles d’adultes mais n’ont ni le droit de piper mot ni la faculté de concevoir eux-mêmes une réforme qui leur conviendrait. Et d’ailleurs, si on leur demandait de choisir des vacances plus courtes et des semaines scolaires moins accablantes, on n’est même pas sûr d’obtenir une réponse positive.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à École : vive les vacances !

  1. Lazzarotto dit :

    Vous synthétisez clairement ce que je déplore depuis 40 ans. Je suis un pédopsychiatre qui continue au-delà de l’âge de la retraite. Je pense qu une solution serait de permettre le choix aux enseignants en augmentant leur rémunération car beaucoup ont un travail d’appoint, dont le mercredi.

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