Les Français à Tombouctou

Engin blindé français à Gao
(Photo AFP)

Conduite avec sang-froid et prudence, l’offensive franco-africaine pour reconquérir le nord du Mali a permis la prise de Tombouctou. Jusqu’à présent, et en dépit des combats de Diabali, qui ont causé des pertes chez les soldats maliens, les armées française et africaines ont largement l’avantage. Mais les questions posées par l’intervention militaire restent nombreuses.

FRANÇOIS HOLLANDE, qui poursuit l’évacuation des nos forces en Afghanistan, n’a pas conçu une opération durable destinée à reconstruire le Mali. Il souhaite confier la garde du Nord aux troupes nigérianes, tchadiennes, burkinabé et autres qui participent à l’offensive. Il ne peut le faire cependant s’il n’est pas assuré qu’elles sauront résister aux coups de boutoir des djihadistes, lesquels changeront forcément de stratégie et se livreront à des attaques ciblées contre les positions de la coalition. Le fait même que les intégristes n’ont offert de résistance ni à Gao ni à Tombouctou montre qu’ils tentent de garder leur capacité guerrière en hommes et en matériel. Ils peuvent quitter le Mali et revenir un jour après s’être enterrés dans les sables du désert libyen ou s’être cachés dans les montagnes du Hoggar.

Un État et de l’ordre.

Le départ des forces françaises n’aura donc lieu que si un semblant d’État et d’ordre est instauré au Mali. Cette nécessité n’enlève rien au courage et à l’efficacité de nos forces, mais elle montre qu’un retrait rapide est pour le moment un voeu pieux. On se félicite, bien sûr, de ce qu’une lourde défaite soit infligée aux djihadistes, dont l’arrogance n’a d’égale que la barbarie et qui commettent des erreurs politiques et tactiques nombreuses. Au Mali, ils sont détestés, y compris par la population du Nord, qu’ils ont traitée avec férocité. Ce qui n’est pas le cas en Afghanistan, où les talibans bénéficient de soutiens dans la population. En conséquence, si on se réjouit du coup d’arrêt donné par la France aux ambitions djihadistes, on mesure aussi la dangerosité de ces groupes, armés lourdement, qui parcourent le Sahel et que l’immensité du désert rend invulnérables.

On discutera à l’infini du rôle que le printemps arabe a joué dans l’émergence du terrorisme en Afrique et au Proche-Orient, sur les conséquences du chaos libyen, qui a permis à des groupes de mercenaires africains de partir avec des armes lourdes, sur la montée de l’islamisme dans les pays qui se sont affranchis de la dictature, Tunisie, Libye, Égypte. D’une part, on ne saurait stabiliser le Mali sans accorder aux Touaregs du nord un minimum d’autonomie, à la faveur d’élections libres, et on sait que cela ne se fera pas en un jour, compte tenu des règlements de comptes qui ont déjà eu lieu entre Maliens et Touaregs. D’autre part, il faut souligner que, en Tunisie et en Égypte, fondamentalistes ou salafistes sont arrivés au pouvoir à la faveur d’élections relativement régulières. En Égypte, où le président Mohamed Morsi (Frères musulmans) est confronté à des désordres meurtriers, une forte majorité s’est prononcée en faveur des islamistes. Les activistes laïcs qui affirment qu’on leur a volé leur révolution et leurs suffrages ne semblent pas tenir compte du rapport de forces créé par les élections. La situation est comparable en Tunisie.

Factions diverses.

Au sein même du vaste mouvement islamiste, les tendances sont multiples. Au Sahel, le brigandage revêt les habits de la religion ; en Égypte, les salafistes reprochent aux Frères musulmans de s’être transformés en bourgeois occidentalisés. Ceux qui se réclament d’Al Qaïda n’ont d’autre objectif que de semer le chaos. Au sein de groupes disparates, on assiste à des renversements d’alliances, à des défections, peut-être à des combats fratricides. Il est donc difficile de combattre des nomades dont les revendications, souvent fantaisistes, servent de masque à leur criminalité. D’autant plus difficile qu’une totale absence de logique les rend imprévisibles. La France, face à ces groupes, ne sait qu’une chose : ils éprouvent un mépris absolu pour la vie humaine. Négocier avec des populations en souffrance, comme au nord du Mali, oui ; quant aux intégristes, il faut les éradiquer.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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Une réponse à Les Français à Tombouctou

  1. Herodote dit :

    L’ opération « éclair » de notre armée ne doit pas créer l’illusion d’une conclusion heureuse.
    Il est bon en effet de rappeler les résultats électoraux tunisiens et égyptiens donnant la victoire aux religieux. L’Algérie naguère avait frustré le GIA de sa victoire électorale.
    Au Mali, rien n’est réglé par une éclatante démonstration de moyens militaires contre un adversaire qui se dérobe et procède efficacement à l’instrumentalisation des populations par la peur et la contrainte.
    Partis, ils reviendront vite. On le sait si bien que M. Hollande se hâte de parler victoire en même temps qu’il veut passer la patate chaude aux locaux régionaux. Pas si facile de sortir d’un piège.

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