Un débat pour tous


Un bateau contre la loi
(Photo AFP)

Le débat sur le « mariage pour tous », qui commence aujourd’hui, devrait durer une quinzaine de jours et aboutir à une adoption de la loi par la majorité de gauche. Plus de 3500 amendements au projet de loi ont été déposés et on peut craindre que la discussion, précédée par des manifestations de « pour » et de « contre », soit très tendue.

L’OPPOSITION  fait feu de tout bois, qui n’a cessé d’étayer son argumentation dans des articles, tribunes ou interventions publiques. La manifestation de dimanche dernier en faveur du mariage pour tous a attiré moins de monde que celle du 13 janvier, hostile au mariage des homosexuels. Le clivage est profond entre les deux camps, même s’ils ne recouvrent pas exactement la droite et la gauche. On aurait aimé qu’il y eût beaucoup plus de défections dans la majorité et dans l’opposition, car la question soulevée par le projet est affaire de conscience personnelle plus que d’idéologie.

La porte ouverte à l’homophobie.

Malheureusement, comme à l’ordinaire, le débat, en s’enflammant, a perdu une partie de sa dignité. À gauche, il a ouvert la vanne de l’arrogance : refuser un droit élémentaire aux homosexuels est tout simplement indigne, tout débat est inutile, car nous sommes la majorité. À droite, hélas,  il a offert une tribune aux homophobes, qui se sont déchaînés sur Internet avec le langage de la pire des vulgarités. Quand une manifestation est organisée, des casseurs la discréditent par leur violence. Quand il y a un débat de société, des individus, véhicules charriant de vieilles haines irraisonnées, distillent leur poison. Ils ne semblent pas savoir que l’homosexualité a toujours existé, que de nombreuses sociétés l’ont pratiquée sans se soucier des conséquences sur l’organisation de la famille, que quelques millions de Françaises et Français sont homosexuels et qu’il n’existe aucune raison, devant un tel nombre, de jeter ceux-ci dans un ghetto.

Personne ne peut refuser non plus leur liberté à tous dès lors qu’il n’existe aucune atteinte à la liberté des autres chez les homosexuels. Aussi bien les opposants à la loi se replient-ils sur le terrain de la vie privée, qui ne devrait pas être bousculée par l’intervention de l’État. C’est vrai qu’il se mêle de tout, surtout quand la gauche est au pouvoir, mais depuis Pétain, l’État, sous la gauche comme sous la droite, dirige avec une autorité sans failles une politique familiale au service de laquelle il dépense beaucoup d’argent. Les Français, qui adorent les allocations familiales, s’y sont sont soumis avec empressement. Peu importe que, entre-temps, le mariage civil se soit quelque peu décomposé sous l’effet, justement, d’une autre liberté, celle de divorcer et de se remarier. Les homosexuels, conscients de leurs intérêts en matière de prestations sociales et de succession, veulent être inclus dans le régime des familles. Au fond, ils ne demandent pas seulement le mariage, ils réclament le divorce et le remariage, comme les hétérosexuels.

Dicter leur conduite.

Je me demande bien pourquoi une majorité d’hétérosexuels doit dicter sa conduite à une minorité d’homosexuels. On n’est l’un ou l’autre que par l’obéissance ou la désobéissance aux conventions sociales. Le hasard, la force des passions adolescentes, la part de féminité chez tout homme, la part de virilité chez toute femme entrent en jeu dans le choix d’une orientation sexuelle. Après quoi, c’est encore l’environnement social qui fait que, chaque individu ayant fait son choix, il ne parvient plus à comprendre l’autre. Les hétérosexuels les plus hostiles au mariage pour tous considèrent les homosexuels comme des déviants, sans deviner qu’ils auraient pu, dans leur jeunesse, les rejoindre s’ils avaient été exposés à un contexte différent.

Enfin, je me demande ce que l’égalité reconnue aux homosexuels change à la vie des hétéros, qui, au fond, ne sont même pas concernés, puisqu’eux aussi ont le droit de mener l’existence qui leur convient. Je ne nie pas du tout le fait métaphysique puissant et définitif : il faut un homme et une femme pour faire un enfant. Je ne nie pas le passage obligé par la conjonction de l’ovule et du spermatozoïde. Mais déjà, dans l’expression « ovule et spermatozoïde », il y a une porte ouverte à la procréation médicalement assistée. Quant à l’immense besoin de chaque enfant d’identifier clairement son père et sa mère, certes, on  peut en convenir. Mais combien d’enfants maltraités dans les familles hétérosexuelles ? Combien d’enfants mal éduqués ? D’enfants malheureux ? L’égalité, c’est ça, ce sont les mêmes chances pour tous, sans préjuger de la qualité du travail qu’accompliront les parents. Dire qu’un enfant est plus heureux dans une famille hétérosexuelle n’est pas seulement faux. C’est nier que les homosexuels aient droit à une citoyenneté à part entière, pour laquelle personne, ni eux ni d’autres, n’est obligé d’apporter des garanties préalables.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à Un débat pour tous

  1. POTTIER dit :

    Quitte à passer pour un rabâcheur simpliste:
    1) l’homosexualité est naturelle et non pathologique: les homos devraient donc avoir les mêmes droits que les hétéros à travers une union reconnue par la société.
    2) la stérilité de fait de ces couples étant tout aussi naturelle et non pathologique ne peut être prise en charge par cette même société comme une maladie. Si procréation médicale assistée il y avait pour satisfaire un désir irrépressible d’enfant, le couple fera les sacrifices financiers exigés et la Sécurité sociale n’a pas à être sollicitée.

  2. Letellier dit :

    Bravo! Je crois, de plus, que l’homo n’a pas le choix. Il est homo et doit se débrouiller avec ce qui lui arrive!
    Il existe aussi un devoir d’acceuil des minorités dans notre république laïque. C’est l’aspect idéologique : une société qui intègre ses homos contre celles qui les tuent.
    La PMA ? Est-il urgent de prendre une décision? Ne devrait-on pas bien observer les résultats sur les enfants des pays où elle est autorisée? Un sage ne doit-il pas se donner le temps de l’observation? Le temps d’une génération?
    J’apprécie votre analyse.
    Jacques Letellier. Médecin généraliste retraité. Mon grand père, que je n’ai pas connu, est Albert Thomas. Mon père m’expliquait la Laïcité. Cela signifie : tolérance.

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