Défense : l’heure fatidique

Nos combattants dans les Ifoghas
(Photo AFP)

Un livre blanc sur la défense sera remis mercredi au gouvernement. Ce sera le coup d’envoi à des économies qui s’annoncent draconiennes, comme ne cessent de le répéter des sources proches de l’Élysée pour nous préparer, semble-t-il, à des choix douloureux. Cette orientation, que justifie l’endettement du pays, est en contradiction avec une politique étrangère très active qui nous a conduits à intervenir militairement au Mali, avec succès.

EN LIBYE, puis au Mali, la France a en quelque sorte obtenu ses galons de grande puissance. Au Mali, elle n’a pas attendu l’aide de l’Europe pour empêcher la mise en coupe réglée du pays par les djihadistes. Les deux opérations militaires ont mis en valeur le savoir-faire de notre aviation et de notre armée de terre. Depuis le début de l’intervention, cinq de nos soldats ont péri dans les combats. L’armée, qui a déjà accepté de faire beaucoup de sacrifices au nom de la réduction des dépenses publiques, va être bien mal récompensée pour les victoires qu’elle a remportées. Il s’agirait de renoncer à l’une des deux composantes de la dissuasion nucléaire au moment où la prolifération des armes atomiques rend le monde de plus en plus dangereux ; et de supprimer 50000 emplois. Sans compter les conséquences négatives d’économies aussi importantes sur l’industrie des armements et sur la balance commerciale.

Un ballon d’essai ?

On ne sait rien, en réalité, de ce qu’entend faire le gouvernement. Il n’est pas impossible que les mesures, révélées mais pas encore confirmées, servent de ballon d’essai dont l’utilité serait de rendre plus acceptables, notamment aux yeux des généraux, des décisions moins dures. On laissera les experts dire si la dissuasion nucléaire peut être assurée par les seuls sous-marins ; et si nous n’allons pas transformer en chômeurs les salariés qui produisent le Rafale. En revanche, on est à peu près certain que, en l’absence d’une politique européenne de défense, un coup d’arrêt va être donné cette année à la force de déploiement rapide dont la France et l’Europe ont un pressant besoin. L’avion militaire européen de transport existe mais ne sera pas produit. Il nous faut aussi des avions-ravitailleurs. Les campagnes de Libye et du Mali ont été assurées avec l’appui logistique et les renseignements par satellites des Américains.

Un cadre doctrinal.

Nous avons trop souvent insisté, ici, sur la nécessité d’aborder le désendettement par la diminution des dépenses de l’État pour critiquer le gouvernement quand il s’attelle à la tâche. Il ne faut pas, toutefois, qu’il concentre ses efforts sur une seule de ses activités. Ce serait la recette pour créer un vaste déséquilibre. Le président de la République ne peut pas dépêcher 4 000 hommes au Mali et sacrifier la défense six mois plus tard.

L’intervention qu’il a décidée avec beaucoup de courage et de détermination doit entrer dans un cadre doctrinal, sachant que la sécurité de la France est menacée en permanence par un terrorisme intérieur et extérieur. La fameuse guerre asymétrique nous coûterait encore plus cher en vies humaines et en biens économiques si nous réduisions les moyens que nous mettons en oeuvre pour la livrer. Le cinquième militaire tué au combat il y a deux jours dans le massif des Ifoghas contribuait sans doute à la recherche des otages français. Nous ne les avons pas retrouvés et, entretemps, une famille française  a été enlevée au Cameroun et traînée au Nigeria. Elle est aux mains de Boko Haram et, à ce jour, le sort de ces cinq personnes, dont trois enfants,  est plus qu’incertain.

Les coupes dans la dépense publique doivent donc être éparpillées dans tous les postes budgétaires. Les plus pacifistes d’entre nous ont en effet appris que, si la France souhaitait en finir avec l’usage de la force, elle serait aussitôt provoquée par des ennemis qui n’ont pas besoin d’une bonne raison pour l’attaquer, et profiteraient de son affaiblissement. Le temps où Pompidou disait que la France n’a pas d’ennemis est révolu.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Défense : l’heure fatidique

  1. Letellier dit :

    Nous avons absolument besoin d’une puissante armée et de renforcer l’Europe dans ce sens. Vous avez raison. Nous sentons tous cette malheureuse nécessité. Le danger est intérieur et extérieur. Vous avez raison. La République est en danger permanent.

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