Mélenchon : le masque tombe

Mélenchon : la dérive
(Photo AFP)

La manifestation imposante contre le mariage pour tous, la solution draconienne trouvée au problème financier de Chypre, le coup d’État en Centrafrique, les suites de la mise en examen de l’affaire Sarkozy n’enlèvent rien à la gravité des propos tenus au congrès du Front de gauche par son secrétaire national, François Delapierre. Il a déclaré qu’il y a, à l’Eurogroupe, « douze salopards » et, parmi eux « un Français. Il a un nom, une adresse et il est membre du Parti socialiste ». 

JEAN-LUC MÉLENCHON n’a pas désavoué les termes employés par son ami. Il jure, contre toute vraisemblance, qu’il ignorait « la religion » de Pierre Moscovici, ministre de l’Économie, comme si le judaïsme était seulement affaire de religion et non d’identité. Nous avons trouvé bien faible la réaction de Moscovici qui a cru bon de se défendre là où il aurait dû attaquer et de réaffirmer avec vigueur son identité française que seuls les antisémites lui contestent. Faibles aussi les commentaires du Premier ministre et de Harlem Désir. En revanche, M. Mélenchon s’en est pris au PS (« la dérive honteuse et infâme du parti solférinien ») et enfoncé le clou : « Les antisémites, ce sont ceux qui utilisent l’antisémitisme comme instrumentalisation d’une discussion politique ». Les socialistes, sans doute désireux de ne pas atteindre le point de rupture avec l’extrême gauche, ont obtenu ce qu’ils méritent : le Front de gauche transforme un commentaire répugnant en atout politique. Plus c’est énorme, et plus ça passe.

Ce qui compte, c’est l’imprécation.

On note en outre que, parmi les dix-sept « salopards » de l’Eurogroupe, M. Moscovici n’a pas conduit la charge aboutissant à une taxation de 30% sur le montant des comptes chypriotes qui dépasse 100 000 euros. La faute commise par les dirigeants de la zone euro est claire: pour la première fois, ils ont mis un terme à l’inviolabilité des comptes et de l’épargne qui, grâce à Nicolas Sarkozy, a résisté lors de la crise grecque. On n’a pas davantage entendu le président Hollande s’associer publiquement aux décisions prises par l’Eurogroupe. Ce qui compte, pour MM. Delapierre et Mélenchon, c’est l’imprécation, c’est d’insulter un ministre, c’est d’entraîner l’opinion vers la révolte et tant pis pour les  idées généreuses censées les animer. L’admirateur inconditionnel de Chavez a ôté son masque: pour tresser des lauriers au démagogue défunt, il fallait bien le rejoindre dans ce qu’il avait de contestable, son amitié avec Castro et Ahmadinejad, sa manipulation des médias,  son recours anachronique au culte de la personnalité. Et une gestion pour le moins défaillante des richesses de son pays.

Mais peu importe : c’est le devoir de la gauche de disqualifier M. Mélenchon. C’est le moment de lui dire qu’il a franchi la ligne jaune. Que les socialistes, tous courants confondus, ne supportent pas qu’on s’en prenne à un ministre sous le prétexte qu’il est juif, que juif et finance vont ensemble dans l’esprit indécrottable de tous les antisémites.  M. Mélenchon, par son parcours tonitruant, par son discours de haine, par le langage célinesque qu’il met au service de sa cause devient au moins aussi dangereux que le Front national ; ce FN qui, à l’inverse, enrobe son projet délétère dans le sourire et la blondeur du « marinisme ».

Règlement de comptes.

C’était inévitable. La crise provoque de si profonds ravages dans la société française qu’elle conduit nécessairement au repli national, au bouillonnement  des passions négatives, au règlement de comptes entre les classes sociales : pour les chômeurs et les précaires, l’ennemi est à l’intérieur. M. Mélenchon, qui a tant surpris ses concitoyens par sa verve démesurée, n’a pourtant rien inventé. Pour détruire le capitalisme, il capitalise sur la peur et sur la souffrance. Pour déstabiliser un peu plus le pays, il abat les dernières barrières dressées contre l’intolérance. Pour trouver sa spécificité, il se met à ressembler de plus en plus à Jean-Marie Le Pen. La tentation (très périlleuse) des Français, c’est de chercher le bouc émissaire. Le gouvernement n’a pas échappé à ce tropisme historique, qui, à l’instar de M. Hollande, décrit la finance comme son ennemi, ce qui n’est même pas vrai mais introduit dans les esprits l’aversion pour le « fric ». On a tout dit de Nicolas Sarkozy, notamment qu’il divisait les Français au lieu de les rassembler. Mais que font-ils aujourd’hui à gauche et à l’extrême gauche, sinon dresser les uns contre les autres ?

RICHARD LISCIA

 

 

 

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2 réponses à Mélenchon : le masque tombe

  1. Wolga dit :

    François Hollande divise les Français beaucoup plus que Nicolas Sarkozy. Il s’accroche à un projet de loi, « le mariage et l’adoption pour tous », qui n’était qu’une de ses multiples promesses de campagne, pour laquelle il n’était pas spécifiquement élu, qui n’est pas considéré comme prioritaire par 84% des Français, et qui les divise profondément.
    Il ne tient pas compte de l’immense opposition à ce projet de loi. Il n’y avait jamais eu autant de monde à une manifestation depuis la manifestation pour la défense de l’école privée, lorsque François Mitterrand avait eu la sagesse de reculer. De plus la « Manif Pour Tous » a réussi à mobiliser pour la même cause autant de personnes à deux reprises, le 13 janvier et le 24 mars ! C’est inédit ! C’est une première ! Et il n’y avait pas que des gens de droite et des cathos ! J’y étais, il y avait des gens venus de toute la France, il y avait des gens de gauche avec leur pancarte « Jospin, reviens, ils sont devenus fous », il y avait des homosexuels, des protestants, des juifs, des musulmans, beaucoup de familles avec enfants, et beaucoup de jeunes, dans une ambiance festive. Je n’y ai pas vu ni entendu un seul slogan homophobe.
    Il faut que les responsables socialistes tiennent compte de cette expression de la France profonde qui ne veut pas que le mariage soit galvaudé, qui veut que chaque enfant ait droit à un papa et à une maman, et arrêtent de traiter par le mépris cette France profonde, comme Montebourg qui nous a traités avec fatuité de « poignée de manifestants », ou le sénateur socialiste Michel qui nous a tournés en dérision, ou le Premier ministre qui a recommandé au CESE (Conseil économique, social, et environnemental) de déclarer comme « non-recevables » les sept cent mille pétitions qui lui ont été adressées.
    Si Hollande persiste dans son autisme, ce mépris va se retourner tôt ou tard contre ceux qui l’expriment, et risque de provoquer une crise politique majeure, dont la France n’a pas besoin en ce moment, car elle ferait le jeu de l’extrême droite ou de l’extrême gauche que vous dénoncez à juste titre dans cet article.
    Monsieur Hollande, écoutez la France ! Faites comme Mitterrand ! Retirez ce texte qui n’intéresse finalement qu’une toute petite minorité, mais qui suscite autant de divisions. Arrêtez de diviser la France !
    Docteur Jean Wolga
    Grenoble

  2. JMB dit :

    S’opposer à l’obtention d’une liberté par quelques-uns de leurs concitoyens alors que l’exercice de celle-ci ne portera atteinte à aucune de leurs propres libertés est la façon que manifestent certains pour exprimer leur esprit de tolérance, leur altruisme, leur esprit de charité, leur amour de leur prochain.

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