Le « mur des cons »

Un morceau du mur
(Photo AFP)

L’affichage, dans les locaux du Syndicat de la Magistrature (SM), d’un kaléidoscope montrant des portraits de divers hommes politiques catalogués sous la rubrique « Le mur des cons » peut être ressenti soit comme un sérieux coup de canif au devoir de réserve des juges, soit comme une blague de potaches. On a toutes les raisons de craindre que la première explication est la bonne.

C’EST D’AILLEURS pourquoi nous consacrons notre rubrique à cette affaire. Né en 1968, le SM est formé de magistrats de gauche et représente un tiers environ des effectifs français. Bien entendu, un juge ou un procureur est libre d’avoir ses opinions. Il n’est pas libre d’instruire, de juger et de condamner au nom de ces mêmes opinions. Il ne peut exercer qu’en droit. Il doit même creuser sa conscience pour s’assurer que ses convictions ne pèsent pas sur ses décisions. Les devoirs des magistrats sont tellement bien identifiés que, par principe, on conteste rarement leur démarche sous le prétexte qu’ils seraient partiaux. Dès lors qu’un syndicat de magistrats affiche les portraits (les cibles ?) d’Éric Woerth ou de Nicolas Sarkozy sur une sorte de mur d’infamie, on peut se demander si les instructions dont ils font l’objet ne sont pas malveillantes dès le départ.

L’indulgence des uns.

Les porte-parole de la majorité se sont bien gardés d’entrer dans ce raisonnement. Quelques-uns d’entre eux ne voient rien de répréhensible dans un comportement d’étudiants attardés. D’autres, comme Claude Bartolone ou Marisol Touraine condamnent le procédé. Alain Vidalies, ministre des Relations avec le Parlement, rappelle que le premier à avoir traité de « con » un citoyen lambda, c’est Nicolas Sarkozy.  C’est de bonne guerre. L’ancien président n’est pas sorti grandi de cet épisode très malheureux de son quinquennat. On peut donc rétorquer à M. Vidalies qu’il suffirait que le SM soit réprimandé à la hauteur du coup dévastateur que M. Sarkozy a donné à sa réputation.

Le « mur de cons » relève d’une idée qui va bien plus loin qu’une facétie. Il souligne la bien-pensance qui règne dans la gauche politique, dans les journaux de gauche et dans les médias. Les entretiens avec les hommes et les femmes de droite se déroulent souvent avec, chez les journalistes, des airs entendus, comme si l’interlocuteur qui se range à droite a fait une option idiote. Il n’y a pas si longtemps, la droite elle-même craignait de s’appeler droite et préférait des expressions plus subtiles comme « le camp conservateur ». Dans les « talk-shows », l’invité de droite est souvent mis à mort comme le taureau à la fin de la corrida, et on se demande pourquoi certains acceptent un tel calvaire, sinon parce qu’ils ont tellement besoin que l’on parle d’eux qu’ils préfèrent la crucifixion à l’absence.

Un peu d’humilité.

Les échecs patents de la Hollandie n’ont pas mis un terme à une certaine attitude de gauche selon laquelle on ne peut pas proposer une solution libérale et avoir raison. Cette dictature du politiquement correct écarte les doutes, étouffe le débat démocratique, crée une hiérarchie des vérités, exalte des idées sous le prétexte qu’elles sont plus généreuses. Pourtant, l’enfer est pavé des meilleures intentions et on a au moins appris, avec la crise, qu’on ne sauve pas des emplois en maintenant des usines à bout de souffle ou des activités qui produisent trop cher ce que personne ne veut plus acheter. Le combat politique incite à la réaffirmation sans appel de notions qui, parfois, ne résistent pas à l’analyse. C’est vrai pour la droite comme pour la gauche. Le libéralisme est mort, la social-démocratie est en déclin. Les plus cons ne sont pas nécessairement ceux qui figurent sur le mur.

RICHARD LISCIA

 

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2 réponses à Le « mur des cons »

  1. Pottier dit :

    Effectivement, ce ne sont pas ceux qui y figurent, les plus cons sont ceux qui l’ont édifié!

  2. Ne pensez-vous pas qu’il existe des murs réels et des murs virtuels ?

    Le procédé est malhabile car visible; ne nous leurrons pas quant à ceux-celles qui portent masque.

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