Une crise de plus

La faute à Merkel ?
(Photo AFP)

La France n’avait vraiment pas besoin de se payer une crise avec l’Allemagne. La direction  du PS était sur le point de publier un texte critiquant vivement l’Allemagne pour son « égoïsme » et pour la politique d’austérité qu’elle exige de ses partenaires européens. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault a aussitôt réagi en rappelant que la relation entre Paris et Berlin est essentielle. Mais maintenant, tout le monde connaît le contenu du document et les Allemands sont consternés.

À QUOI RIME cette sortie du PS, qui a sans doute voulu donner un gage à son aile gauche en mettant l’accent sur des rapports dégradés entre François Hollande et Angela Merkel depuis que le président français est au pouvoir? À changer la politique économique de l’Europe à quelques mois des élections générales en Allemagne? D’une part, la chancelière est à peu près sûre d’être reconduite dans ses fonctions ; le fait qu’elle envisage une grande coalition avec l’opposition socialiste ne changera qu’à la marge une politique d’austérité qu’elle poursuivra avec d’autant plus de détermination que, de toute évidence, cette politique réussit. D’autre part, l’idée que l’Allemagne serait, en partie ou totalement, responsable de notre déconfiture économique, est fausse.

Ce que Hollande doit faire.

François Hollande a quelque chose d’infiniment plus utile à faire que d’encourager la diffusion en France de quelques phrases assassines qui indisposent les Allemands et ne parviendront qu’à nous ravaler au rang de la Grèce à leurs yeux. Non pas que nous devions nous soumettre à leurs diktats, pour autant qu’ils en prononcent, ce qui n’est pas du tout le cas. M. Ayrault ne doit pas se contenter de rappeler l’importance de nos liens avec eux. Il doit commencer par les impressionner pas des résultats plus convaincants au niveau du désendettement et de la stabilisation de notre système bancaire.

M. Hollande, de son côté, ne peut pas se contenter de faire des voyages en Chine. Il doit renouer des liens plus étroits avec Angela Merkel, à l’abri de toute démagogie. Il doit la voir plus souvent. Il doit décrire, expliquer, raconter par le menu les difficultés de la France. Il doit relancer des politiques européennes en jachère, comme la création d’une union bancaire de la zone euro, le rapprochement budgétaire et fiscal entre la France et l’Allemagne, l’approfondissement des rôles joués par le Mécanisme européen de stabilité et par la Banque centrale européenne. Il ne parviendra à la convaincre que s’il donne des gages, s’il démontre qu’il est sur la voie du désendettement, s’il prouve qu’il va sérieusement réduire la dépense publique en France. Bref, pour obtenir plus de solidarité allemande, il faut rassurer Berlin. Aide-toi, l’Allemagne t’aidera.

La tentation laxiste.

Le texte calamiteux du PS résulte de ce que l’impuissance du gouvernement face aux dégâts causés par la crise, le chômage principalement, donne lieu à des hypothèses de travail qui s’inspirent du laxisme pur et simple. « Si nous allons mal, c’est la faute des Allemands » n’est pas seulement une pensée réductrice, démagogique, totalement à côté de la plaque. C’est une manière de laisser croire qu’il existerait des remèdes à la crise qui seraient moins douloureux que le désendettement, la hausse des impôts et la baisse des prestations sociales. C’est une façon de préserver l’avenir, non celui du pays, mais celui des élus socialistes qui craignent comme la peste la perspective d’une défaite à chaque prochaine échéance électorale. Alors qu’ils devraient comprendre qu’ils n’ont été élus que pour nettoyer les écuries d’Augias et qu’ils doivent se sacrifier au salut du pays en prenant des décisions draconiennes.

Mais non, les Allemands n’ont qu’à payer. Si quelque chose existe qui ressemble au patriotisme, nous ne devrions jamais vouloir d’une solution qui viendrait de l’assistance de notre voisine. Nous devrions avoir le courage de changer notre destin par nos propres efforts, si durs soient-ils.

RICHARD LISCIA

 

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