Hollande : la voie du milieu

Un certain sang-froid
(Photo AFP)

Il est significatif que François Hollande, sommé il y a trois jours de changer de politique économique par une partie de ses propres troupes, soit resté sourd à cette injonction, ait adopté une fiscalité confortable pour les plus values sur les entreprises innovantes et laissé émerger au Parlement une proposition de loi dite Florange qui contraindra les sociétés désireuses de se débarrasser d’une site industriel à le céder sur le marché et non à le fermer. Un coup à droite, un coup à gauche et, bien entendu, pas de remaniement gouvernemental.

LE PRÉSIDENT sera sans doute accusé d’immobilisme, mais il oppose à une agitation politique excessive, où se mêlent l’inquiétude, les divergences idéologiques au sein de son propre camp, les ambitions personnelles de quelques ministres, l’espoir insensé de  Bernard Tapie, de Jean-Luc Mélenchon ou de François Bayrou d’être appelés à la rescousse, l’acharnement de l’opposition, une sorte de bouclier inamovible sur lequel se brisent les assauts de la rhétorique. Son silence en dit plus qu’un long discours : il ne changera ni de gouvernement, ni de Premier ministre, il ne se lancera pas dans l’aggiornamento précipité de son programme, pas plus qu’il ne basculera dans le libéralisme. Il compte sur le temps à la fois pour que les esprits échauffés d’un pays en ébullition commencent à se calmer un peu et pour que les premiers effets de sa politique finissent, espère-t-il, par lui donner raison.

L’idée folle d’une coalition.

On peut certes douter que, d’ici à quelques mois, la France se réveille un beau matin en se sentant beaucoup mieux. Mais on rejoindra M. Tapie sur un point au moins : le problème, ce n’est pas l’avenir de nos dirigeants politiques, c’est la détresse du pays auquel il faut apporter un soulagement. Or les solutions proposées par ceux qui croient avoir raison alors que l’expérience devrait instiller le doute dans leur esprit ne sont guère enthousiasmantes, pas plus qu’elles ne semblent applicables en l’état. Pendant le week end dernier, on a par exemple entendu une idée fort peu conventionnelle, celle d’un gouvernement de coalition nationale qui sied à une forte majorité de Français et à l’un d’eux en particulier, M. Bayrou. Quand on connaît les abîmes qui se creusent entre droite et gauche, au sein des gauches et droites, on se demande s’il ne s’agit pas d’une recette pour faire régner durablement le chaos. M. Bayrou nous dit : mais regardez l’Italie, on vient d’y former un gouvernement comprenant des ministres du Parti démocrate et de la formation de Silvio Berlusconi. D’une part, les institutions italiennes n’ont rien à voir avec les nôtres ; d’autre part, c’est un gouvernement de nécessité absolue qui résulte d’une crise à la fois économique et politique. M. Hollande n’en est pas là.

En outre, il est louable qu’il défende nos institutions, qu’il assure la stabilité politique contre vents et marées, qu’il oppose son sérieux et sa modération à des propositions parfois hallucinantes qui décrivent mieux la nervosité (pour ne pas dire l’affolement) de certains de ses amis et de ses adversaires que celle de la population, certes traumatisée par la crise mais restée relativement calme, en dépit des multiples discours qui tendent à l’épouvanter.

Oublier l’Italie…

On reconnaîtra que le calme olympien du président lui est parfois utile mais, à défaut de réagir à des appels insincères ou intéressés, il doit quand même créer une nouvelle dynamique économique et sociale. Il faut qu’il reconnaisse ses propres erreurs. Ce n’était pas une bonne idée de faire alliance avec Mario Monti pour apporter un contrepoids à l’Allemagne et ce n’en serait pas une de trouver avec le nouveau chef du gouvernement italien, Enrico Letta, un social-démocrate, des complicités idéologiques susceptibles de favoriser un nouvel axe italo-français. En revanche, M. Hollande peut renouer les liens distendus avec Mme Merkel, montrer, aux Allemands comme aux Français, qu’il va se lancer dans une politique de réduction des dépenses, car, en définitive, c’est sur ce point que jusqu’à présent, le gouvernement a manqué le plus de crédibilité. Et, sur un minimum de croissance, il trouvera avec Berlin le compromis qui demeurait impossible il y a encore six mois. Le chef de l’État sait que Mme Merkel doit d’abord gagner les élections du 22 septembre prochain. Après quoi, il n’est pas impossible qu’elle donne du mou à ses amarres pour accroître le niveau de vie des Allemands et, en conséquence, la croissance de l’Europe.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Hollande : la voie du milieu

  1. Je crois pouvoir détecter chez Hollande un syndrome de dissociation de la personnalité qui affecte les vrais hommes d’État – car Hollande, comme l’était Chirac pour ne pas parler de Mitterrand, est un homme d’État qu’on ne saurait sous-estimer.
    Arrivée au faîte du pouvoir, la partie présidentielle fonctionne avec l’indifférence nourrie à l’antigel qui lui confère cette « sérénité » de Pépère qu’on lui prête. L’autre partie qu’il nous montre en nous faisant fantasmer, n’est qu’un avatar d’être humain « normal » et dont seule sa compagne pourrait faire le réel portrait.
    Finalement le seul homme présidentiel de la Ve – hors De Gaulle – qui ait donné une image sans imposture me semble avoir été Pompidou.
    PS: J’ai connu de brefs moments de dissociation de ce type, par exemple lorsque j’ai passé l’oral de l’internat de Paris. J’avais l’impression de m’observer parlant comme si j’étais un autre. Dès lors, on est indifférent. Ce doit être comme cela que Hollande fonctionne, mais lui en permanence, quand on lui fait face en France ou ailleurs.

  2. Jacques Hoffen dit :

    Petit prof lambda, j’ai bien apprécié votre article. Vous devriez cependant, étant donné le domaine d’intervention du site, ajouter une caractéristique importante, de ce gouvernement et de son premier responsable, à savoir « l’autisme ».
    Cette définition est motivée par la correspondance entre ce problème de santé mentale et l’attitude dogmatique, sectaire et idéologique d’une équipe (clan) pléthorique par ailleurs pour ce qui concerne le nombre de petits chefs à la tête des ministères.

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