Sur le temps qu’il fait

 

Pluie à Cannes
(Photo AFP)

Les journalistes considèrent que le temps qu’il fait, bon ou mauvais, représente un sujet à bannir. Ils appellent ça un « marronnier », ou thème saisonnier sur lequel il n’y a à dire que des banalités dont tout le monde est parfaitement conscient. Pluie et froidure de ce mois de mai m’ont ôté tout scrupule : je souhaite partager mon dépit avec vous.

LORSQUE JE QUITTAI mon bureau hier, l’une de mes collègues m’a suggéré, sous la forme d’un ultimatum, de revenir le lendemain avec le soleil. C’était, en l’occurrence, m’accorder des pouvoirs dont je ne dispose guère : vous avez pu vous rendre compte de mon inefficacité. En y réfléchissant un peu, je ne vois pas pourquoi nous ne trouvons pas en nous-mêmes les ressources qui nous permettraient de rester indifférents au temps. Après tout, un mai automnal peut précéder un novembre ensoleillé et chaud. Mais les Parisiens, des gens que je suis de près, ont l’impression qu’ils luttent contre le froid et la pluie (ou la neige) depuis si longtemps qu’ils méritent un répit. Ce n’est pas tant le coup de froid de mai qui les indigne, c’est que l’hiver dure depuis plus de six mois.

Le désordre des saisons.

On glosera à l’infini sur le désordre saisonnier, qui va retarder, entre autres, l’arrivée des cerises sur le marché ou entraîner une hausse du prix des salades. À Paris, nous nous plaignons de l’inconfort et de la coûteuse remise en route du chauffage dans les appartements, mais ce sont les maraîchers qui paient la facture. Voilà pour le marronnier. Ce qui est passionnant en revanche, c’est le débat où tout le monde s’engouffre, les experts comme ceux qui n’y comprennent rien mais veulent quand même donner leur avis. Ah ! S’il fait froid si longtemps, sûrement cela signifie que le réchauffement de la planète est une vue de l’esprit. Mais parlez à un spécialiste et il vous expliquera avec componction que, justement, par un effet pervers du raisonnement, le froid actuel apporte une preuve de l’effet de serre. En matière de climat, c’est comme avec le fisc : on perd toujours, le pire est sûr, et même inéluctable.

Si c’est mai, c’est décolleté.

Dans ces conditions, je propose d’en profiter pour inscrire à l’ordre du jour une mode printemps-été qui nous couvre de nos plus beaux atours. Depuis quelques semaines, je me cherchais un look un peu débraillé avec col ouvert et bras de chemises remontés. J’ai opté, par nécessité, pour le costume trois-pièces avec cravate et gilet. C’est d’autant plus original, à mon avis, que la cravate est devenue, depuis quelque vingt ans, l’objet de la dérision universelle, de sorte que le nouveau look masculin, veste fantaisie et chemise ouverte sur le poitrail, est devenu un must. Mettez une cravate à votre prochaine partie et vous êtes sûr de provoquer un long silence indigné. La provocation, il n’y a que ça qui compte.

Quant aux dames, elles ne laissent jamais subjuguer par le temps (dans les deux sens du terme). Si c’est mai, c’est décolleté. Elles sont nombreuses qui affrontent la pluie avec de petites robes légères et courtes qui font valoir leur corps et leur esprit d’indépendance tout à la fois. C’est le mois de mai, que diable ! Et ce n’est pas une aberration passagère du temps qui aura raison de leurs charmes. Ni de leur charme. Elles sont vraiment sympathiques.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Sur le temps qu’il fait

  1. guinard dit :

    Bon, voila qui nous change un peu des répressions fiscales et autres drones. Un soupçon de légèreté ne fait pas de mal. Merci M. Liscia

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