Copains et coquins

Bernard Tapie devra-t-il rembourser ?
(Photo AFP)

La mise en examen de Pierre Estoup, magistrat âgé de 83 ans, pour « escroquerie en bande organisée » a fait l’effet d’un coup de tonnerre. M. Estoup est l’un des trois juges du tribunal arbitral qui a accordé 403 millions d’euros à Bernard Tapie en dédommagement pour la vente d’Adidas, transaction au terme de laquelle le Crédit Lyonnais n’aurait payé à l’homme d’affaires que la moitié de la somme qu’il lui devait.

CHRISTINE LAGARDE, ancienne ministre de l’Économie, a déjà été placée sous le statut de « témoin assisté » dans le cadre de la même affaire. Les trois juges qui enquêtent sur les conditions dans lesquelles M. Tapie a obtenu cette somme élevée semblent avoir établi que M. Estoup avait des liens étroits avec lui et a omis de le faire savoir, ce qui le disqualifiait pour la fonction de juge arbitral. L’État s’apprête à se porter civile et, dès lors que l’on parle de « bande organisée », on peut s’attendre à d’autres rebondissements. Maître Maurice Lantourne, avocat de Tapie, a lui aussi été mis en examen.

Sinon un complot, un stratagème.

La stupeur du public et des médias s’explique par le fait que le règlement du différend qui opposait M. Tapie au Crédit Lyonnais s’est déroulé au grand jour et qu’il était difficile d’imaginer que, dans cette procédure transparente, un stratagème secret, sinon un complot, avait été mis en place pour assurer à M. Tapie un dédommagement exorbitant aux yeux du contribuable. Tout laisse penser aujourd’hui  que l’irresponsabilité ou la naïveté de Mme Lagarde seront dénoncées par les enquêteurs, que M. Tapie, quoi qu’il en dise, sera finalement contraint de rembourser les sommes perçues (et dont il a dépensé la plus grande partie) et que seront prononcées plusieurs mises en examen spectaculaires qui éclabousseront des personnalités politiques, y compris Jean-Louis Borloo, lequel fut ministre de l’Économie et a été l’avocat de M. Tapie, et peut-être même Nicolas Sarkozy : il ne pouvait ignorer comment a été organisée l’indemnisation de l’homme d’affaires. Le constat est terrible : dans la société actuelle, le pire est toujours vrai et il ne faut jamais croire à l’innocence des acteurs politiques.

Coup dur pour la droite.

Le scandale ne risque pas de contribuer au redressement de la droite, empêtrée dans ses divisions, dépourvue de programme de gouvernement, hypnotisée par le Front national, et qui traîne encore plusieurs boulets. Dans l’affaire Bettencourt, les avocats de Nicolas Sarkozy font grand cas d’une révélation, à savoir que le juge Jean-Michel Gentil, qui a mis l’ancien président en examen pour « abus de faiblesse » sur la personne de Liliane Bettencourt, a nommé, parmi les experts chargés d’établir avec certitude l’état de faiblesse, une amie personnelle qui fut témoin de son mariage. Les magistrats extérieurs à l’affaire et interrogés par les médias soulignent tous qu’un magistrat a le droit d’avoir les fréquentations qu’il veut sans pour autant sacrifier la rigueur et l’éthique professionnelle à ses amitiés. C’est exactement l’argument utilisé par M. Sarkozy, qui s’est toujours défendu d’avoir rencontré Mme Bettencourt par intérêt personnel ou politique. Ce qui vaut pour M. Sarkozy devrait valoir pour un juge.

M. Sarkozy entend demander l’annulation de la procédure lancée contre lui. Il nous semble que le cas de la psychiatre qui a examiné Mme Bettencourt pèse moins en sa faveur que la nature même du motif ayant servi à sa mise en examen, ce fameux abus de faiblesse qui semble impliquer que M. Sarkozy a les connaissances d’un psychiatre. Les trois juges de Bordeaux qui instruisent l’affaire tentent de passer par l’abus de faiblesse pour arriver à conclure qu’il a été commis pour extorquer de l’argent à la milliardaire. Mais ils ne disposent pas de la moindre preuve de cette extorsion et, dans ces conditions, à quoi l’abus de faiblesse aura-t-il servi ?

RICHARD LISCIA

 

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3 réponses à Copains et coquins

  1. geyl dit :

    Affaire Adidas : escroquerie vaselinée officiellement

  2. Là encore, d’accord avec vous.
    Il me semble que le problème auquel est confrontée la justice indépendante de notre pays concernant l’affaire Bettencourt-Sarkozy, c’est la prescription ; d’où l’utilisation de l’abus de faiblesse, maillon faible en effet, mais seul valable.
    Cependant, vous imaginez le « grand Charles » faire « la manche » auprès d’une vieille dame car elle est très très, très riche ?

    Par ailleurs, dans une affaire de cette importance, il faut être prudent et « inattaquable ». J’ai un ami qui a porté plainte ; cette plainte a nécessité une expertise ; il m’a raconté que l’expert-e plaisantait avec la partie adverse durant l’expertise car ils exerçaient la même profession et avaient des connaissances communes. De quoi douter de l’impartialité de l’expert-e. Et tout cela en prêtant serment, la main levée (mais sur le coeur), en disant « je le jure ».

    Cela doit être bien difficile d’être juge intègre, impartial et juste, surtout quand on a besoin d’experts compétents et impartiaux (de tout genre).

  3. Pottier dit :

    1992 : coup d’envoi de l’affaire Adidas-Crédit Lyonnais.
    2013 : doute sur la validité du jugement par le tribunal arbitral de 2008.
    Pas de quoi s’inquiéter, Nanard!

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