Marseille : l’État impuissant


Des mots plus que des actes
(Photo AFP)

Le pouvoir politique n’a jamais été chiche d’affection pour les Marseillais et le gouvernement actuel déborde d’amour pour Marseille, qui y a envoyé un mini-Conseil des ministres, avec Jean-Marc Ayrault en tête, à la suite du treizième assassinat de l’année et d’une agression contre des soignants, aux urgences d’un hôpital. Devant tant de sollicitude, les Marseillais restent sceptiques. Pour eux, tout recommencera après le départ de l’imposante délégation gouvernementale.

EN DIX-HUIT MOIS, 37 personnes ont été exécutées à Marseille dans le cadre de règlements de comptes liés au trafic de drogue. Le gouvernement a tenté de démontrer qu’il prenait au sérieux la situation, mais Manuel Valls aurait dû éviter de se lancer dans des attaques contre  Jean-Claude Gaudin. Non que le maire UMP, installé dans son fauteuil municipal depuis des décennies, soit dépourvu de toute responsabilité dans l’insécurité de la ville. Mais, s’agissant de Marseille, la droite et la gauche peuvent être renvoyées dos-à-dos : le spectacle de leurs différends politiques est particulièrement choquant à propos d’une ville qui a besoin que le pays lui apporte les secours qu’il lui a refusés pendant longtemps. Voilà que le pouvoir réagit à une guerre de la drogue par le combat électoral. On peut mettre en doute la sincérité de sa compassion pour les Marseillais quand il envoie le Premier ministre et cinq autres membres du gouvernement dans la cité phocéenne parce qu’il craint que cette ville, qui sera très contestée aux élections municipales de l’an prochain, reste aux mains de la droite.

Vaines solutions.

S’agit-il de renforcer les forces de police, de contraindre les membres du gouvernement à y camper en permanence, de prononcer des anathèmes, de montrer sa détermination, ce que M. Ayrault sait si bien faire au moment précis où le dernier assassinat en date signe son échec ? Ces solutions sont vaines parce qu’elles n’ont pas empêché la détérioration profonde et rapide des conditions de sécurité à Marseille. Il faut donc penser à autre chose. D’aucuns disent que, avec 3 500 policiers, Marseille compte assez de représentants de l’ordre. Mais peut-être faut-il leur apporter des moyens, leur donner le temps nécessaire pour parvenir au bout de leurs investigations, plutôt que de faire de la stricte prévention par la présence plus voyante des policiers dans les rues. Peut-être faut-il attribuer à d’autres personnels les tâches de surveillance et de transfèrement des détenus pour que les forces de l’ordre se consacrent uniquement aux enquêtes. Rien ne serait plus utile que l’arrestation d’un ou plusieurs assassins. Elle aurait valeur d’exemple, elle ferait peser une menace sur tous les criminels qui courent encore, et les trafiquants de drogue se demanderaient alors si le jeu en vaut encore la chandelle.

Faire un exemple.

Ce qui est certain, c’est que l’État ne doit pas relâcher ses efforts sécuritaires. Il ne doit pas se laisser distraire par des anecdotes, comme la fameuse video amateur montrant des brutalités policières, qui a un succès fou sur Internet mais offre l’occasion malheureuse de discréditer la police et de faire oublier que, quels que soient ses torts ou ses comportements brutaux, elle reste le seul rempart contre l’anarchie. On peut sanctionner des flics qui font une crise de nerfs, on ne peut pas reculer devant une criminalité dont notre très actif ministre de l’Intérieur n’est pas venu à bout.

Il est temps de faire un exemple à Marseille, d’engager des enquêtes approfondies pour remonter aux commanditaires des crimes, les arrêter, les envoyer devant les juges, les punir avec toute la sévérité requise. Temps de donner un coup de pied dans la fourmilière de la drogue. Temps pour l’État de prendre sa revanche contre ceux qui le narguent. Temps de passer aux actes et de renoncer à ces visites d’une demi-journée marquées par des discours ronflants qui n’apportent aucun soulagement à une population désespérée.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Marseille : l’État impuissant

  1. A3ro dit :

    Très bon commentaire sur la vidéo youtube « Honte à la police francaise », qui, bien que montrant des comportements peu reluisants, ne présente pas l’intervention policière dans son ensemble. Le policier incriminé a brièvement perdu son sang froid, ce qui est loin d’être professionnel. Mais cela ne reflète absolument pas la police dans son ensemble ; à cause de ce genre de « témoignage », trop de gens s’en méfient et la considère comme la source de tous les problèmes.

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