Syrie : la pause

Un interventionniste convaincu
(Photo AFP)

Il n’a pas fallu vingt-quatre heures pour que les bruits de bottes cessent soudainement. Le consensus autour d’une frappe sur la Syrie a soudainement explosé. Le Premier ministre britannique, sous la pression de l’opposition travailliste, a demandé que les experts de l’ONU terminent leur mission sur le terrain avant que soit lancée une opération militaire. Barack Obama a pris le prétexte du cinquantenaire du discours de Martin Luther King (« I have a dream ») pour demander quelques jours de réflexion. François Hollande maintient son attitude de fermeté et continue de prôner une intervention mais l’opinion est partagée et l’opposition se divise : François Fillon, Laurent Wauquiez et Dominique de Villepin sont hostiles à des bombardements.

LES ARGUMENTS contre l’intervention sont nombreux mais ne sont pas nouveaux. M. Hollande a parlé de « punition », ce qui lui vaut les critiques de ceux qui, parce qu’ils sont maximalistes, c’est-à-dire qu’ils souhaitent une solution au fond de la crise syrienne, présentent des bombardements comme inutiles et sans effet sur le pouvoir de Damas. Paradoxalement, ils accusent les gouvernements interventionnistes, qui avaient insisté sur les limites de l’opération militaire en préparation, de vouloir se livrer à un coup de semonce qui ne changera rien à la donne politique au Proche-Orient. Mais l’idée consistait à ne pas laisser impuni un crime contre l’humanité. Il y a eu, bien sûr, un débat sur la légalité de l’attaque contre la Syrie. Le droit international est pourtant clair : la communauté mondiale doit porter secours à toute catégorie de civils en danger de disparition pour des raisons politiques.

Obama très prudent.

Cette pause inattendue dans les préparatifs euro-américains ne va pas durer indéfiniment. M. Obama qui, visiblement, se lance à contre-coeur dans l’opération, n’ignore pas ce qu’un renoncement lui coûterait en termes politiques, alors même que l’opposition républicaine et le vice-président, Joe Biden, ne cessent de réclamer le châtiment de Bachar Al-Assad. De la position des États-Unis dépendent celles de David Cameron et de François Hollande, très engagés en faveur d’une attaque. Si l’Amérique renonce, l’Europe se retrouvera dans une position d’autant plus ridicule qu’elle n’a pas les moyens de l’aéronavale américaine et qu’elle ne peut se lancer seule dans l’aventure. Le président français se sert de la pause pour tenter de convaincre les Français et leurs élus. Il y aura un débat sans vote au Parlement la semaine prochaine. C’est délibérément qu’il a laissé le Premier ministre s’occuper seul de la réforme des retraites pour se consacrer exclusivement à l’affaire syrienne dont il escompte sans doute qu’elle lui apporte, à terme, le regain de popularité que le Mali lui a valu.

Mais on ne saurait décrire l’engagement du président sous le seul éclairage de la politique intérieure. Ses positions martiales sont inspirées par l’immense indignation que suscite en lui le massacre de civils, hommes, femmes et enfants, par des gaz toxiques, technique de destruction massive qui rappelle les pires horreurs du nazisme. Certes non, des bombardements de Damas ne mettraient pas un terme à la guerre civile en Syrie. En revanche, ils  affaibliront une dictature qui a commis de tels crimes que son éventuelle victoire sur les insurgés serait perçue dans le monde entier comme une récompense accordée à l’assassin.

Un recul impossible.

On ne voit vraiment pas comment les trois gouvernements, américain, britannique et français, pourraient reculer aujourd’hui. M. Obama ne s’abritera pas indéfiniment derrière l’incertitude des preuves. La comparaison avec l’Irak, invoquée par François Fillon, n’est pas convaincante : des gaz ont certainement été utilisés et l’idée, lancée par Damas et Moscou, que les insurgés, dans un accès de perversité inouïe, les auraient utilisés pour obtenir une intervention occidentale ne résiste pas à l’analyse technique : il faut imaginer qu’ils s’en sont emparés, qu’ils possédaient des lanceurs et qu’ils savaient s’en servir. Il y a sûrement eu un peu de précipitation dans l’annonce de l’intervention. Elle était due à un massacre d’innocents intolérable pour tout humain qui se respecte. Ce fait-là demeure et ne doit pas être oublié.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Syrie : la pause

  1. Il est certain que ces « gaz toxiques » pourraient devenir plus menaçants que les armes atomiques. La tuile pour certains constructeurs-lanceurs-largueurs ? Inquiétante fin d’été meurtrier.

  2. A3ro dit :

    Intervenir en Syrie n’a rien de trivial, mais il faut que les règles du jeu soit respectées. On utilise des armes chimiques, on est puni, point. Allié de la Russie ou pas. Les hésitations des Occidentaux sont autant de victoires pour ce manipulateur sanglant qu’est Bachar Al-Asssad.

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