Valls perd une manche

Valls a agacé Hollande
(Photo AFP)

François Hollande a tranché dans le conflit entre Christiane Taubira, ministre de la Justice, et Manuel Valls, ministre de l’Intérieur. Il a décidé que les condamnés à cinq ans de prison ou moins seraient soumis à une « contrainte pénale » qui leur permettrait de sortir de prison avant le terme de leur peine et de bénéficier d’un accompagnement susceptible de les empêcher de récidiver. Les personnes condamnées à moins de deux ans pourraient échapper à l’enfermement.

M. VALLS ÉTAIT hostile au projet qu’il jugeait laxiste et dangereux, ce que l’opposition s’est hâtée de répéter dès que la décision du président de la République a été rendue publique aujourd’hui. Le ministre de l’Intérieur aime se présenter aux Français comme le garant de leur sécurité. Sa popularité, très élevée, est assise sur sa réputation de protecteur des citoyens. Dans le courant du mois d’août, il a écrit au président pour l’informer de son opposition à la réforme Taubira. Il n’est pas du tout exceptionnel que les ministres prennent position sur un projet de loi en préparation, mais, dans ce cas précis, le contenu de la lettre de M. Valls est paru dans « le Monde », ce qui a donné lieu à de multiples commentaires sur le conflit opposant M. Valls et Mme Taubira à propos de la politique judiciaire du gouvernement.

Deux profils opposés.

Les deux ministres ont des profils opposés : M. Valls serait, aux yeux de beaucoup de gens,  l’homme qui comprend et partage les préoccupations du petit peuple, très attaché à sa sécurité et sévère pour les criminels et les délinquants ; Mme Taubira, qui fut acclamée quand sa loi sur le « mariage pour tous » a été adoptée par le Parlement, est perçue comme un produit de la gauche radicale qui se soucie moins des victimes que du sort des criminels. Elle s’en défend et il est un peu rapide de décrire son projet comme laxiste. Si la sévérité accrue des peines et l’instauration de peines-planchers avaient diminué la criminalité, cela se saurait. Tout laisse penser qu’un séjour en prison, forcément pénible, donne aux détenus la volonté non pas de se réinsérer dans la société mais de replonger dans la délinquance après leur libération.

La garde des Sceaux a donc voulu examiner au fond le problème de la récidive, étant admis que, si la sévérité d’une peine ne dissuade pas le détenu de retourner à la délinquance, il faut envisager un autre système, celui qui assure la réinsertion du condamné en prévoyant une transition entre la prison et la vie civile. Comme elle l’a montré lors du débat sur le mariage homosexuel, Mme Taubira se moque de ce que pense l’opposition des ses projets réformistes, alors que M. Valls, qui pense à l’avenir, s’efforce d’aller toujours dans le sens de ce qui semble convenir à une majorité de Français. Il est évident, selon les sondages, qu’ils préfèrent la fermeté de M. Valls à l’idéalisme de Mme Taubira, laquelle affirme pourtant que ses propositions ont pour objet de réduire la récidive. Bref, il faudrait faire l’expérience d’un système de réinsertion (qui existe déjà mais serait très coûteux à développer) pour en éprouver les qualités. C’est ce que M. Hollande a compris et finalement retenu. Mais, comme pour la réforme des retraites, le président ne prend pas de risques : le projet de loi pénale sera adopté en Conseil des ministres dans quelques semaines.  En revanche, il ne sera présenté au Parlement qu’après les municipales. C’est assez dire que le pouvoir ne se sent pas en phase avec l’électorat.

Flirt idéologique.

On ne peut pas dire, dans cette affaire, que le gouvernement ait agi dans la confusion. Il a seulement été pris de court par les révélations du « Monde » alors que le président entendait bien trancher le différend Valls-Taubira dans le secret de son bureau. Il demeure que M. Valls, qui n’aurait rien perdu s’il ne s’était pas opposé au projet de loi pénale, a été contraint, pour la première fois, de céder devant un autre poids-lourd du gouvernement. Il n’est pas impossible que le chef de l’État commence à s’inquiéter de la popularité croissante du ministre de l’Intérieur, ou qu’il le juge un peu trop conforme aux canons de la droite à son goût. Dans son flirt idéologique avec l’opposition, M. Valls, en effet, a commis l’erreur de s’élever contre le regroupement familial pour les immigrés, ce qui est insupportable pour la gauche, mais l’est tout autant pour quiconque pense qu’un immigré qui travaille, est entré en France en respectant les règles et paie des impôts, a le droit de faire venir sa famille là où il a élu résidence.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Valls perd une manche

  1. Baspeyre dit :

    Ce sont surtout les Français qui ont beaucoup perdu :les vieux,les femmes les enfants,les faibles,
    très bon gibier pour les loups en probation, alors que Teddy Riner ne risque rien!
    Cela s’appelle la loi de la jungle!

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