Sarkozy en réserve

Au-dessus de la mêlée
(Photo AFP)

Nicolas Sarkozy a fait hier un voyage privé en Haute-Savoie et a consenti à parler aux journalistes. Il refuse d’entrer dans la bataille politicienne qui oppose François Fillon et Jean-François Copé. « La petite politique quotidienne, dit-il, je ne veux plus m’en occuper ». Ce qui ne l’a pas empêché de critiquer François Fillon à propos de son vote possible en faveur du Front national. « Je ne me projette pas dans la lutte interne ». Et l’ancien président de la République ajoute : « Parfois les gens se demandent s’il ne faut pas quelqu’un au-dessus de la mêlée ».

M. SARKOZY en réserve de la République ? En tout cas, il souhaite apparaître comme un « nouveau sage », un homme d’expérience et de vision capable de transcender les querelles intestines et les mesquines ambitions. Ce serait une première pour lui, qui n’a jamais hésité à se placer au niveau de ses détracteurs et a répondu à leurs interpellations parfois grossières sur un mode qui manquait de hauteur. Mais sa conversion en statue du commandeur implique qu’il occupe à lui seul le créneau qui, pour le moment, appartient à Alain Juppé. M. Sarkozy laisse supposer qu’il a profondément changé, mutation qu’il a assez souvent annoncée pour que l’on se demande si cette fois est la dernière et la bonne.

Napoléon ou Bonaparte.

Il n’est pas du tout impossible qu’un jour de 2016 Nicolas Sarkozy se présente à l’élection présidentielle de 2017 et qu’il déclenche chez les militants de l’UMP, et même dans une bonne partie de l’électorat, un enthousiasme irrésistible qui balaiera tout sur son passage, à commencer par les autres candidatures à droite. La question est de savoir si l’épisode historique qu’il abordera alors ressemblera à la bataille du pont d’Arcole ou aux Cent-Jours. Si M. Sarkozy est encore Bonaparte au seuil de l’Empire ou Napoléon sur la pente du déclin, avec Waterloo en perspective. D’ici là, et si l’on en juge par les seize mois qui se sont écoulés depuis sa défaite, le monde aura plus sûrement changé que l’ancien président lui-même. Certes, le silence auquel il s’est astreint est salutaire ; il lui permet effectivement de s’extraire de la mêlée parisienne. Mais, avant lui, ni Valéry Giscard d’Estaing ni Lionel Jospin n’ont pu revenir au pouvoir.

Fort par comparaison.

M. Sarkozy brille surtout par comparaison avec la pâleur du pouvoir en place actuellement et dont l’opposition de droite n’a pas su tirer avantage à ce jour. S’il a une supériorité sur François Hollande, c’est sa capacité à décider vite et fort, même si les brusques coups de volant qu’il a donnés à son parcours politique l’ont contraint à apporter d’aussi vives corrections. Pour tout le reste, essentiellement la politique économique et sociale, sa gestion n’a pas été efficace. Elle a même accru considérablement l’endettement de la France. Son message le plus fort, la revalorisation du travail, l’encouragement à l’initiative individuelle, la résistance à l’adversité, est tombé dans l’oreille d’un peuple qui continue à croire à l’État-providence et a détesté notamment l’ancien président parce qu’il voulait y mettre fin.

Les mêmes qu’en 2012.

Son retour en politique serait sans doute acclamé par l’UMP qui, loin de lui en avoir voulu pour ses mécomptes de campagne, l’a en quelque sorte plébiscité en payant cash. Il franchirait sans grande difficulté le cap d’une primaire dont quelques autres candidats se désisteraient pour ne pas avoir à l’affronter. La reconquête de l’Élysée serait infiniment plus malaisée : elle opposerait, si Marine Le Pen ne fait pas un tabac, Sarkozy à Hollande, c’est-à-dire les mêmes qu’en 2012. On aurait l’impression d’assister à un sur-place historique. Par rapport à l’année dernière, le président en exercice perdrait probablement beaucoup de suffrages. Il n’est pas certain que M. Sarkozy les récupèrerait : trop d’électeurs lui sont viscéralement, et même de façon irrationnelle, hostiles.

RICHARD LISCIA

 

 

 

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