Fillon casse la baraque

« Cher Vladimir »
(Photo AFP)

François Fillon était hier à Moscou où il a prononcé, devant Poutine, qu’il a appelé « cher Vladimir » (lequel n’a pas caché sa satisfaction), un discours dans lequel il a réaffirmé avec force son hostilité à toute intervention de la France en Syrie. « Nous avons, vous et nous, Russes et Européens, une influence déterminante sur les deux camps qui s’opposent », a-t-il déclaré. « Je souhaite que la France retrouve cette liberté et cette indépendance de jugement et d’action qui, seules, lui confèrent une autorité dans cette crise ».

ET, POUR ÊTRE SÛR d’avoir été entendu, l’ancien Premier ministre a tweeté son message. Il avait déjà reproché à François Hollande de s’être aligné sur les positions de Barack Obama. En procédant de la sorte, M. Fillon confirme que, pour apparaître comme un candidat novateur, il est prêt à briser plusieurs tabous. Il a tenu à l’étranger des propos à fort impact diplomatique, ce que l’opposition évite de faire en général. Il s’inscrit dans un anti-américanisme anachronique car M. Obama n’est pas George W. Bush et a plutôt reculé devant la crise syrienne. Dans une guerre civile dont les effets humains et matériels sont catastrophiques, il voit, par un mesquin calcul, un moyen de s’attaquer à M. Hollande pour s’arroger la posture de détracteur principal. Il sombre dans un « pro-russisme » de très mauvais goût : on connaît le cynisme de M. Poutine. On ne voit pas enfin à quoi riment ses attaques contre l’hégémonie américaine dès lors qu’il s’aligne lui-même sur la Russie.

Mauvais pour l’UMP, bon pour Hollande.

On ne sait pas ce que M. Fillon va dire et faire dans les semaines qui viennent. On ne sait pas si ses conseillers vont lui demander de s’abstenir dorénavant de toute initiative malheureuse. Ce dont on est sûr, c’est que, en quelques jours, il a affaibli encore un peu plus l’UMP et qu’il a apporté à François Hollande des arguments faciles pour discréditer l’opposition. M. Fillon n’a même pas eu le réflexe de renoncer à sa saillie contre-productive au moment même où le président de la République,  à Bamako pour l’intronisation du nouveau président élu démocratiquement par le peuple malien, dégustait avec bonheur les fruits de la victoire militaire et politique qu’il a remportée en rendant au Mali son indépendance. En admettant que M. Fillon eût de bons arguments en faveur d’une non-intervention française en Syrie, son analyse de l’affaire syrienne est en porte-à-faux par rapport à un pays africain que l’intervention française a sauvé.

Choix erratiques.

M. Fillon tente de se présenter comme l’homme capable, en fendant l’air de son sabre, d’écarter tous les autres leaders de l’UMP, M. Sarkozy compris. En réalité, il vient de les renforcer. Il a ouvert la voie à Jean-François Copé, qui peinait à s’imposer face à un homme plus populaire que lui et qui dispose maintenant des arguments qu’il n’avait pas pour contrer M. Fillon. Il renforce Nicolas Sarkozy, le président qui a sauvé la Côte d’Ivoire, protégé les Libyens de Khadafi et su circonvenir la Russie dans la crise géorgienne, sans pour autant se prosterner devant Poutine, et ne devrait pas avoir de mal à montrer par comparaison que les choix politiques de M. Fillon sont erronés ou erratiques.

On avait toutes les raisons de craindre qu’il y eût pléthore de candidats UMP à la présidence en 2017. Ils sont en train de se disqualifier l’un après l’autre. Ce qui ne lève nullement le très sérieux problème d’un grand parti de droite sans moteur ni gouvernail, qui a besoin en urgence d’un chef charismatique, sérieux, ferme et respectueux des règles qui régissent la classe politique.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Fillon casse la baraque

  1. Allons bon ! Monsieur Fillon s’est rangé du côté du patriarche Laham ? Ah ces catholiques à moitié orthodoxes ! Qu’a donc fait ce Paul de Tarse, franchement ? …

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