Merkel, bien sûr

Un triomphe
(Photo AFP)

La victoire d’Angela Merkel et de son parti, la CDU/CSU, aux élections législatives d’hier n’est pas une surprise. On peut même dire que les instituts d’opinion l’ont prévue avec exactitude. Les conservateurs obtiennent en effet 41,5 % des suffrages contre 25,7 % au SPD. Les libéraux, qui faisaient partie de la coalition sortante, recueillent seulement 4,8 % des voix et ne sont plus représentés au Bundestag, la gauche radicale, Die Linke, baisse à 8,6 % et les Verts aussi, à 8,4 %. Comme prévu, la seule coalition possible désormais, ce sera entre la CDU et le SPD.

CE QUI VEUT DIRE que, malgré son triomphe, la chancelière devra composer avec les sociaux-démocrates. Son agenda et son programme en seront forcément modifiés, mais pas énormément. Le SPD est en effet à l’origine des réformes Hartz, conduites avec vigueur par l’ancien chancelier Gerhard Schröder, et n’est pas enclin à désavouer une politique économique et sociale dont il est l’inventeur. Mme Merkel aura certes du mal à s’entendre avec l’imprévisible Peer Steinbrück, chef du SPD, dont la campagne fut brouillonne, peut-être parce qu’il savait qu’il allait perdre, peut-être parce qu’il est ainsi fait. Cependant, les vraies difficultés, elles les rencontrera quand il faudra répartir les fruits de la prospérité, après les multiples sacrifices consentis par le peuple allemand pour affronter la crise financière dans les meilleures conditions possibles.

Troisième mandat.

Mme Merkel a été réélue pour un troisième mandat de quatre ans (seuls Adenauer et Kohl ont accompli cet exploit) parce qu’elle est populaire et elle est populaire parce que l’Allemagne va bien. Par comparaison, François Hollande a encore perdu cinq points et sa cote de popularité se situe à 23 % parce que son programme n’a, à ce jour, produit aucun résultat. L’Allemagne a réussi sa politique de l’offre : en dix ou douze ans, elle est devenue une économie concurrentielle et exportatrice, son excédent commercial atteignait 188 milliards d’euros en 2012, son budget est désormais équilibré. Elle a une dette de 80 % du PIB (produit intérieur brut) mais elle est bien armée pour le réduire, d’autant qu’elle bénéficie des taux d’intérêt les plus bas du monde.

Le redressement allemand n’en a pas moins creusé les inégalités, par le biais d’un abaissement considérable du coût du travail (il n’y a pas de salaire minimum en Allemagne) et la paupérisation s’étend, notamment dans les Lander de l’Est. Les socialistes allemands, proches des socialistes français) ne monnayeront leur participation au gouvernement que s’ils obtiennent des assouplissements à la rigueur. Il est fortement question de créer un SMIC allemand, lequel coûterait très cher dans un pays où les emplois à 3 euros de l’heure ne sont pas rares. Les sociétés multinationales ont devancé le retour à la générosité salariale : elles distribuent des primes de fin d’année considérables, équivalant à un ou deux mois de salaire.

Une hausse des salaires ?

L’idée est donc de réintroduire la demande dans la politique économique, c’est-à-dire d’augmenter les salaires pour accroître la consommation, ce qui aurait pour effet d’encourager les importations en Allemagne et donc de partager la croissance allemande avec les pays de l’Union européenne. Beaucoup d’Allemands ne voient pas pourquoi ils rendraient ce service à leurs partenaires européens, mais l’Europe est leur marché et il ne se développera que si la France, l’Italie, l’Espagne et d’autres peuvent exporter à leur tour. Cela ne les exonère pas des réformes qu’il n’ont pas su accomplir ou qu’ils ont commencé sans les achever. Le président Hollande souhaite s’appuyer sur le schéma classique en vertu duquel le pays qui consomme le plus importe le plus. Mais les Allemands n’ignorent pas qu’une balance commerciale passe vite du vert au rouge et qu’un déficit commercial témoigne d’un affaiblissement industriel. S’ils s’engagent dans une nouvelle politique de la demande, ils le feront à petits pas.

Une consommation accrue outre-Rhin apporterait un répit à l’industrie française sous la forme de commandes. Il n’empêche que le redressement de notre pays ne sera durable que si nous devenons structurellement un pays exportateur, ce qui implique des technologies avancées, des prix bas ou compétitifs, des produits made in France exclusifs. Un changement de politique allemande serait utile à la France, mais il ne suffirait pas.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Merkel, bien sûr

  1. A3ro dit :

    Eh oui, il faut être un politique français pour croire qu’il suffirait que l’Allemagne coopère pour que le pays aille mieux. Des réformes ? Mais non, voyons, pas besoin, et beaucoup trop courageux pour nous.

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