Nairobi : un terrorisme tenace

Soldats kenyans en position
(Photo AFP)

Le massacre de Nairobi, qui n’est pas terminé au moment où j’écris ces lignes, est l’une de ces tragédies épouvantables dont les terroristes de tout bord ont le secret. Il montre que la guerre du Mali n’a pas mis un terme à l’activité de groupuscules qui renaissent sans cesse de leurs cendres et qui, pour être peu nombreux, peuvent encore infliger des pertes immenses aux États qu’ils combattent et à leurs populations civiles.

LES UNS DISENT que Nairobi est le chant du cygne des chabab de Somalie, vaincus et pourchassés par les armées kenyane et ougandaise ; les autres pensent qu’ils constituent une force capable de déstabiliser une vaste portion de l’Afrique qui s’étend de la Mauritanie à la Somalie. Tous estiment qu’il est très difficile de localiser des combattants formant des cellules disparates mais voués à la destruction de ce qui est contraire à leur foi.

Des groupes insaisissables.

Tout le monde s’est cassé les dents sur la Somalie, les États-Unis d’abord, qui n’ont pu s’y maintenir et faire respecter l’ordre, l’ONU, et le Kenya qui, pour avoir porté des coups terribles au système anarchique établi par des voyous, est sérieusement ébranlé par leurs représailles. La révolution libyenne a armé involontairement les insurgés du Mali. La répression des terroristes par Alger a créé des groupes armés et nomades perdus dans le Sahara et devenus insaisissables, qui frappent tour à tour la Mauritanie, le Niger, le Mali et qui, parfois sans coordonner leurs actions, abattent des civils, attaquent un site pétrolier dans l’extrême sud algérien, prennent des otages ou, comme Boko Haram, vont chercher des touristes français au Cameroun. L’explosion de la Somalie en plusieurs entités distinctes (et rivales) a fait disparaître depuis longtemps l’état de droit.

Pas de solution politique.

L’attaque du centre commercial de Nairobi relativise les efforts fournis par la France principalement, et par les États-Unis, pour faire reculer le terrorisme. Les pays africains n’ont pas les moyens d’organiser une défense efficace contre l’infiltration de groupes mobiles, suffisamment armés pour tuer un maximum de gens, et décidés à mourir sur le lieu même de leur forfait. Le Kenya, pourtant, ne pourra faire autrement que de prendre des mesures de précaution et de surveillance des lieux les plus exposés, encore qu’il soit fort malaisé de transformer des commerces en forteresses. Y a-t-il une solution politique au terrorisme africain ? Il s’inspire et se réclame d’Al-Qaïda avec qui il n’y a rien à négocier. La France, qui est intervenue coup sur coup en Côte d’Ivoire, en Libye et au Mali, se pose forcément une question inquiète : combien de fois encore devra-t-elle régler par la force des accès de violence qui mettent en danger sa sécurité et augmente le nombre de ses ressortissants pris en otage? Six Français capturés au Niger sont encore aux mains de terroristes algériens.  Chaque affrontement prolonge un peu plus la négociation et affaiblit l’espoir de leur libération.

Les résultats de toute opération militaire étant imprévisibles, la seule parade réside dans la prévention, c’est-à-dire des mesures de précaution exceptionnelles. Malheureusement, on n’empêchera jamais des terroristes de commettre des attentats suicides, ni de tirer à vue contre des femmes dans un parking, comme ce fut le cas à Nairobi où une Française et sa fille ont trouvé la mort avant même de pénétrer dans le centre commercial. Nous n’en avons pas fini avec cette guerre qui ne respecte aucune règle et dont les civils sont les principales victimes.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Nairobi : un terrorisme tenace

  1. A3ro dit :

    La Somalie est un pays dont les occidentaux ont préféré se désintéresser, surtout après l’intervention américaine. Tant que les guerres claniques proliféraient et qu’elles ne nous atteignaient pas, les chancelleries occidentales s’en moquaient, et on ne peut leur en vouloir ; si ça émeut quelqu’un, qu’il me donne sa position sur une intervention en Syrie. Même lorsque la piraterie a pris de l’ampleur, on a préféré faire patrouiller des navires mal adaptés à la lutte anti-piraterie plutôt que d’intervenir sur les bases à terre. Même lorsqu’on capture un pirate, personne ne veut le juger et il faut souvent se résoudre à le relâcher.
    Maintenant que l’on redécouvre que c’est un nid de terroristes, les choses devraient peut-être bouger ; mais à part renforcer l’Amisom, il y a finalement assez peu de chose à faire. Même une intervention massive ne suffit pas à éradiquer les groupes terroristes, l’Irak et l’Afghanistan en sont de bon exemples. Peut être que des républiques islamiques telles que l’Iran sont encore le meilleur rempart ; les islamistes radicaux se « défouleraient » de manière prévue par les institutions, et pas en posant des bombes. Une victime collatérale, cependant : le droit des femmes et des minorités religieuses.

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