Merkel III

Le président Gauck remet à Mme Merkel le document qui la consacre chancelière
(Photo AFP)

Près de trois mois après les élections législatives du 22 septembre dernier en Allemagne, Angela Merkel a été réélue par les députés allemands pour un troisième mandat de quatre ans. Elle dirigera un gouvernement de grande coalition comprenant les sociaux-démocrates. Le processus politique qui a conduit à ce résultat aura été long, mais il apporte à la démocratie allemande une solidité remarquable.

LE PARCOURS de Mme Merkel est certes surprenant. Pour autant, elle n’a pas tiré de sa victoire aux législatives le désir d’aller vite. Elle a même fait, au cours des négociations, des concessions importantes au SPD (sociaux-démocrates) au point que le changement de cap économique et social auquel il l’a fermement conviée traduit bien plus son influence que le triomphe électoral de la chancelière pouvait le laisser croire. Elle n’a vraiment résisté que sur les impôts, dont elle a refusé qu’ils fussent augmentés, ce qui va sûrement poser le problème du financement des mesures sociales exigées par le SPD, à commencer par la création d’un smic allemand fixé à 8,50 euros de l’heure, environ un euro de moins qu’en France. Il me semble que les mesures adoptées sous la pression des sociaux-démocrates changent considérablement la donne socio-économique en Allemagne et qu’une politique de la demande (consommation) pourrait remplacer progressivement la politique de l’offre (exportations) de Mme Merkel.

Bon pour la France ?

Le SPD a donc obtenu ce que nombre de gouvernements européens, notamment celui de la France, demandaient à l’Allemagne avant la réélection de Mme Merkel.  Il est beaucoup trop tôt pour imaginer une Allemagne livrée à la débauche consommatrice, qui compromettrait l’énorme excédent de sa balance commerciale, mais on note que ce qui se passe outre-Rhin est de nature à convenir au président Hollande. Si les sociaux-démocrates allemands sont aussi imperméables que leurs collègues conservateurs au financement collectif de la dette des États voisins, leurs largesses salariales devraient offrir un débouché plus large aux exportations de leurs partenaires européens. Il n’y a pas si longtemps, on reprochait à François Hollande à la fois de prendre ses distances avec Angela Merkel et de cultiver ses affinités avec l’opposition allemande. Sur ce deuxième point, il ne semble pas avoir eu tort, dès lors que le triomphe de la CDU se traduit par la présence du SPD au gouvernement. Et pas n’importe quelle présence. Non seulement des poids-lourds du SPD occupent des postes ministériels importants, mais l’accord de gouvernement a été âprement négocié et il engage les deux parties pour les décisions à venir.

Une Allemagne exemplaire.

Plus que jamais, cette Allemagne qui, par sa rigueur économique, irrite tant les Français, se montre exemplaire. La lenteur même de la procédure qui conduit à la mise en place du gouvernement après les élections montre le soin et la minutie qui sont apportées au dialogue entre la majorité et l’opposition et comment, malgré des divergences idéologiques non négligeables, elles parviennent à un consensus sur la gouvernance des quatre années à venir. Au développement, à la réussite économique, aux grands équilibres, l’Allemagne d’aujourd’hui ajoute une stabilité politique qui contribue à sa puissance et même à une influence que, pourtant, elle dispense chichement. Pour la pétaudière française, c’est un modèle.

RICHARD LISCIA

 

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Merkel III

  1. thomas dit :

    Pétaudière : au moins, vous n’avez pas peur des mots !
    Je vous lis avec plaisir depuis plusieurs années et je n’ai qu’un mot pour vous : félicitations !

  2. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Eh oui, et en plus, ce genre de coalition correspond au rêve de la majorité des Français.
    Mais nous avons à la fois la droite la plus bête du monde, et aussi la gauche la plus bête du monde (la preuve, en matière de politique de santé, elles sont aussi nocives l’une que l’autre lorsqu’elles sont au pouvoir !).
    Quasiment un seul homme politique français, François Bayrou, maintenant accompagné de Jean-Louis Borloo, a compris et proposé depuis longtemps ce que l’Allemagne, de façon exemplaire, nous montre aujourd’hui.
    Jusqu’où la France va-t-elle devoir dégringoler pour que ses électeurs forcent la main des « responsables » (?) politiques à faire une union sacrée pour sauver le pays?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *