L’appel à l’argent étranger

Une France « attractive »
(Photo AFP

François Hollande a réuni ce matin 34 dirigeants de groupes internationaux et onze ministres au sein d’un « Conseil stratégique de l’attractivité » créé en 2003 par Jacques Chirac et qu’il vient de ressusciter. La réunion a été précédée dimanche par un dîner que Jean-Marc Ayrault a offert à l’Hôtel-Matignon. Visiblement, le gouvernement lance une vaste opération de charme pour que les grandes firmes mondiales augmentent leurs investissements en France.

IL A de bonnes raisons. Selon un rapport de l’ONU, les investissements directs de l’étranger auraient diminué de 77 % en 2013, mais ce chiffre est contesté. Il demeure que le président de la République ne se lancerait pas dans une telle opération s’il n’avait l’impression que les capitaux des industriels et des fonds souverains étrangers n’étaient pas plus volontiers placés en Allemagne et au Royaume-Uni.  « N’importe quel gouvernement ferait mieux que le gouvernement actuel », a déclaré Éric Woerth, ancien ministre (UMP) du Budget, sauf, a-t-il précisé,  celui de Marine Le Pen. Façon de dire qu’un gouvernement de gauche n’est pas de nature à séduire les capitaux extérieurs. On est prompt à dénoncer la taxe à 75 % qui frappe les revenus supérieurs à un million d’euros par an, mais la France ne souffre pas de telle ou telle mesure en particulier, elle est victime d’un système fiscal lourd, incertain, en constante mutation et qui prive les investisseurs de toute lisibilité de l’avenir immédiat.

Cap sur la croissance.

Le temps de la réforme est long et les bonnes résolutions adoptées par le gouvernement pour réduire la dépense publique ne se sont pas traduites, pour le moment, par des résultats. M. Hollande devine déjà que les efforts annoncés risquent d’être insuffisants : s’il est désormais impossible d’augmenter les impôts, si la réduction de la dépense publique représente une option à long terme, il n’y a pas d’autre moyen de créer des emplois qu’en retrouvant un peu de croissance. Le climat économique général en France ne risque pas d’encourager les investisseurs étrangers. Le discours gouvernemental multiplie les références optimistes à la créativité nationale et aux « atouts » multiples dont nos disposerions ; encore faut-il que les détenteurs de capitaux ne trouvent pas dans le reste de l’Europe des occasions de placements plus lucratives.

Président-VRP.

Le 19 décembre dernier, le quotidien « Les Échos » publiait l’appel d’une cinquantaine de dirigeants de multinationales qui décrivaient leur difficulté croissante à convaincre leurs maisons-mères à investir dans l’Hexagone. Le chef de l’État en est donc réduit, comme ses prédécesseurs, à jouer un rôle de VRP. Aux États-Unis, où il se trouvait la semaine dernière, il a insisté sur l’attractivité de la France. Mais les gestes sont préférables aux paroles. Ce qui semblerait bon aux investisseurs étrangers (ils emploient deux millions de Français et ont placé 500 milliards d’euros dans notre pays) serait bon, de toute façon, pour l’industrie française.

Chaque fois que le président de la République a pris une mesure favorable au monde des affaires, il l’a accompagnée d’une campagne d’explications. Incontestablement, son fameux « pacte de responsabilité » a été un excellent « coup » médiatique. Mais le sentiment se répand, dans les milieux industriels, qu’il est insuffisant. La France a besoin d’une réduction sensible de la fiscalité des entreprises et, encore plus, d’une simplification drastique des conditions dans lesquelles on peut créer une entreprise ou investir dans notre pays.

Une diminution de la fiscalité ? Si elle est souhaitable, elle doit être financée par une ressource nouvelle. Comme il n’est pas pertinent de créer de nouveaux impôts, le salut ne peut venir que d’une réduction accrue des dépenses. On devine que M. Hollande est de plus en plus obsédé par l’emploi, qu’il souhaite consacrer toutes les forces de son gouvernement à la lutte contre le chômage et qu’il est prêt, pour obtenir enfin des résultats, à exploiter le filon du libéralisme économique, quoi qu’il puisse lui en coûter politiquement. Dans ce cas, il doit créer rapidement les conditions fiscales qui feraient de la France une terre d’investissement privilégiée.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à L’appel à l’argent étranger

  1. Dr Delahousse dit :

    On n’attire pas les mouches avec du vinaigre

  2. LECRU JEAN dit :

    Moralité : il aura fallu deux ans pour que nos dirigeants sortent de leur antique chimère ; deux ans de perdus et ce n’est pas fini, car, pour le moment, nous n’avons que des promesses : pas de réforme structurelle du code du travail, du régime des retraites, des 35 heures, du mille feuille administratif, de la gabegie des finances locales. Sans parler de la vision utopique des problèmes sociétaux de l’école, de la justice, de l’insécurité généralisée. Bref, deux ans : zéro pointé.

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