Ukraine : l’urgence

À Kiev ce matin
(Photo AFP)

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, avait annoncé une trêve mais les violences ont repris de plus belle ce matin au coeur de Kiev où l’on compte une vingtaine de morts supplémentaires. La diplomatie européenne est très active. Elle risque cependant d’être prise de vitesse dans un contexte où les positions du pouvoir et de l’opposition se radicalisent.

LES ÉMEUTIERS accusent M. Ianoukovitch de s’être livré à une « provocation » quand il a délibérément violé une trêve dont il avait pris l’initiative. Cependant, des tirs ont tué des policiers, ce qui indique que les manifestants sont passés à la vitesse supérieure et espèrent créer une désordre tel que le gouvernement n’aura plus d’autre choix que d’organiser de nouvelles élections. Les actes de violence commis par les protestataires de tout bord qui occupent la place de l’Indépendance représentent une arme à double tranchant : d’une part, ils soulignent la détermination de l’opposition qui n’entend pas se soumettre à la force ; d’autre part, ils apportent un argument au pouvoir et à Vladimir Poutine, qui ne cesse de dénoncer l’ingérence des Européens et n’a pas hésité, il y a quelques jours, à parler de « coup d’État ».

Les limites de Poutine.

La stratégie du président russe a toutefois ses limites : au moment précis où il espère recueillir des lauriers pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, son crédit est fortement entamé, pour ne pas dire annihilé, par une crise qui se poursuit aux portes de la Russie dans un climat où lui-même et ses valets ukrainiens apparaissent comme des tyrans incorrigibles. D’une certaine manière, la menace de guerre civile augmente les chances de la diplomatie européenne, surtout si elle sait ménager Poutine, d’une susceptibilité extrême. En même temps, les trois mois d’émeutes ukrainiennes, qui ne sont pas cantonnées à Kiev, ont galvanisé l’opposition face à un régime que le désespoir peut conduire à un conflit dont le résultat définira l’avenir de ce pays aux portes de l’Union européenne (UE).

Une réunion des ministres français, allemand et polonais avec le président Ianoukovitch a été annulée, puis confirmée. Elle a eu lieu ce matin à Kiev et les envoyés européens n’ont pas caché à M. Ianoukovitch que les vingt-huit membres de l’UE (qui devaient se réunir un peu plus tard à Bruxelles), adopteraient des sanctions économiques contre l’Ukraine, qui se trouve déjà dans une situation économique dramatique. Laurent Fabius, interrogé ce matin avant son départ pour Kiev, a déclaré que le gouvernement ukrainien n’avait pas d’autre choix que de procéder à des élections générales. Mais il est peu probable que M. Poutine s’y résolve.

Le président russe croit peut-être qu’il peut faire à l’Ukraine ce que la Russie a fait à la Tchétchénie. Il demeure que les crises tchétchène et ukrainienne ne sont pas comparables. Il y avait un danger islamiste à Grozny dont Moscou s’est servi (à deux reprises) pour mater l’insurrection. Il n’y en a pas à Kiev et la crise ukrainienne se déroule sous les yeux du monde entier. Pour étouffer la voix de la contestation, M. Poutine devrait interdire l’accès du pays à tous les organes de presse, envoyer les chars russes et rééditer le coup de la Hongrie (1956) en asservissant le peuple ukrainien après un bain de sang. Ce n’est pas une perspective en phase avec le gloire olympique de Sotchi.

Des précédents.

Le rôle de la diplomatie européenne est donc très délicat. Elle doit faire valoir les conséquences tragiques d’une répression seulement destinée à remplacer le glacis soviétique par la soumission à Moscou des pays anciens membres de l’URSS. En même temps, elle doit rassurer M. Poutine sur ses intentions : pour le moment, il ne s’agit pas d’englober l’Ukraine dans l’Union européenne ou dans l’OTAN. Le problème, avec le président russe, c’est qu’il voit la Russie comme un pays cerné de toutes parts par des démocraties parlementaires et qu’il lutte contre ce qu’il perçoit comme un isolement en essayant de maintenir l’influence russe dans l’immense zone autrefois occupée par l’Union soviétique. Il contrôle la Tchétchénie, il a soumis et démantelé la Géorgie, il ne laissera pas l’Ukraine, qui a une frontière avec la Pologne, tomber dans l’escarcelle de l’Occident. Il sera très difficile d’empêcher une guerre civile.

RICHARD LISCIA

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