Sur le besoin de liberté

Dalaï lama, fureur chinoise
(Photo AFP)

D’une certaine manière, le monde est désespérant, qui continue à produire des conflits sanglants avec leur cortège de morts, de blessés et de dévastations. On pense au printemps arabe qui, à ce jour, a entraîné plus de crises qu’il n’a apporté de solutions à d’aigus problèmes, ou encore au démantèlement du bloc soviétique qui n’empêche pas une sorte de retour à la guerre froide, comme on le voit en Ukraine. La démocratie, c’est-à-dire « le moins mauvais des systèmes », reste pourtant la référence de tous ceux qui continuent d’aspirer à la liberté.

QUOI QUE L’ON DISE sur l’Ukraine -la présence de provocateurs parmi les manifestants,  la division entre pro-russes et pro-européens, la difficulté pour l’Union européenne à exercer un magistère sans disposer de l’argument convaincant : des espèces sonnantes et trébuchantes-, le mouvement des Ukrainiens pour mettre un terme à un régime corrompu et le remplacer par des institutions stables et démocratiques constitue un phénomène extraordinaire. Nous en percevons les violences et nous en désolons, sans nous concentrer peut-être sur le courage des manifestants ou émeutiers. De leur frontière, ils voient clairement l’exemple européen sans trop s’alarmer de la crise de l’euro et de la récession. Ils veulent que l’Ukraine ressemble à la Pologne, à l’Allemagne, à la France.

Au bout de l’histoire.

Ils se dressent contre des dirigeants qui n’ont que mépris pour un système républicain perçu comme une recette de la fragilité, de l’affaiblissement, du déclin et donc de l’échec. Pour les champions du totalitarisme, les peuples n’ont aucune compétence pour définir le régime sous lequel ils veulent vivre. Il faut le leur imposer. En Syrie, Bachar Al-Assad refuse de céder le pouvoir, quitte à exterminer ses concitoyens. Une dissidence folle, dépourvue de moyens, suicidaire, se bat contre lui. Des djihadistes sunnites ou chiites, arrivent en grand nombre pour accroître la confusion et tirer les marrons du feu. Seuls ceux qui se battent pour une Syrie libre offrent à ce pays une chance sur le long terme. D’une défaite à l’autre, au bout de l’histoire, c’est toujours la liberté qui triomphe, comme elle a triomphé, au moins momentanément, en Russie, en Tunisie, ou dans les pays arrachés au joug soviétique.

Au Vénézuéla, les successeurs de Hugo Chavez veulent maintenir le pays dans ses contradictions, dans la démagogie, dans la pénurie. Les plus pauvres bénéficient de la redistribution sans se douter qu’elle finira par disparaître, faute de production. Les moins pauvres réclament une démocratie. La bataille sera longue, peut-être aussi longue qu’à Cuba, où elle est loin d’être terminée, mais le résultat historique ne fait aucun doute. Un jour de ce siècle, le communisme disparaîtra. Le crétin qui dirige la Corée du Nord le sait. Il est condamné à terme. Le vieillard borné qui décide de tout en Iran finira par mourir. Toute leur stratégie consiste à gagner du temps. La Chine se fâche tout rouge parce que Barack Obama reçoit le dalaï lama. Les autorités chinoises n’ont pas de mots assez méprisants pour décrire cet homme encensé dans le reste du monde : jusqu’à quand croient-ils que leur thèse résistera aux faits ?

Le souvenir de 1995. 

Une chose est sûre : vous ne pouvez obliger personne à penser comme vous. Mais rien ne vous contraint à adopter les idées de l’adversaire. M. Poutine se moque des États-Unis et de l’Europe, contrées où la moindre démarche politique est bloquée par des oppositions forcenées et par des populations irréductibles. Mais lui, pour avoir le dernier mot, est toujours prêt à faire tirer sur des manifestants (par fantoche interposé). Cela me rappelle 1995 en France. Le Premier ministre de l’époque, Alain Juppé, avait fort bien compris la dérive des dépenses publiques et voulait y mettre un terme par des mesures draconiennes d’austérité. L’Assemblée avait applaudi debout son programme. Les syndicats, par des grèves massives et paralysantes, mirent le gouvernement à genoux. M. Juppé retira ses mesures. La France a perdu alors une chance de procéder à son redressement économique.  Mais, aujourd’hui, elle ne serait pas exemplaire si M. Juppé avait choisi la manière forte.  Si elle l’est, c’est parce que, justement, chez nous, on ne tire pas sur les manifestants.

RICHARD LISCIA

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