Ukraine : l’empire contre-attaque

Soldats « sans nationalité » à Simféropol
(Photo AFP)

Il n’était pas difficile d’imaginer que Vladimir Poutine ne laisserait pas les Ukrainiens décider librement de leur destin et qu’il n’abandonnerait pas l’Ukraine. En l’occurrence, le pire est sûr. En prenant le contrôle militaire de la Crimée, en regonflant la baudruche Yanoukovitch, en s’appuyant sur les russophones, il entend bel et bien chasser ceux qui ont pris le pouvoir à Kiev.

L’EMPIRE russe et le tzar fonctionnent à merveille : quoi ? Des « fascistes » s’emparent du pouvoir en Ukraine avec la complicité de l’Europe et des États-Unis (pourtant absents) ? La première réaction de Poutine et de ses associés a consisté à diffamer le mouvement de libération du Maïdan ; la deuxième a été de retrouver Viktor Yanoukovitch, ex-président fantoche, dans lequel il voit le seul leader légitime de l’Ukraine ; la troisième fut de prendre le contrôle de la Crimée, où la marine russe a un accès vers les mers chaudes, et d’envisager les moyens politiques ou militaires pour reconquérir l’Ukraine.

Le choix de la force.

La réaction, toute en force, du tzar, va placer l’Europe et les États-Unis devant des choix particulièrement difficiles. Un consensus euro-russe apparent ayant été trouvé sur la nécessité de ne pas couper l’Ukraine en deux, M. Poutine, s’il s’y conformait, n’aurait d’autre choix que d’envoyer les chars russes à Kiev pour en chasser ceux qui ont si impudemment pris le pouvoir. Compte tenu de la détermination de la population de l’ouest du pays, le risque de guerre civile ne peut pas être écarté. Il y aurait fatalement énormément de violences, de destruction et de morts. Si Yanoukovitch était resté à Kiev, on pourrait encore chercher un compromis, celui qui prévoirait de nouvelles élections générales, tout en laissant un sursis au président ukrainien et à Moscou. Désormais, il ne peut revenir que dans les fourgons russes.

Le pantin de Poutine n’est pas le seul responsable de l’aggravation de la crise. Les émeutiers et les dirigeants de l’opposition ont accéléré le mouvement à la fin de la semaine dernière, et ne se sont pas contentés de l’accord conclu avec Yanoukovitch, qui, justement, prévoyait un rendez-vous électoral et la libération de Iulia Timochenko. Mais le président devait rester en place pendant quelques mois au moins. C’est en fuyant dans la panique qu’il a incité les députés à nommer un président par intérim. Du coup, la révolution du Maïdan a produit un résultat beaucoup plus décisif que celui que l’on en attendait. Les Occidentaux ne peuvent pas désavouer la configuration politique issue d’une révolution pacifique et cruellement réprimée. Poutine n’a plus que le choix de la force.

L’atout militaire.

Le seul espoir réside dans la contradiction, pour Poutine, entre l’apologie du système qu’il a mis en place en Russie et un bain de sang simultané. Il ne négociera qu’en s’appuyant sur son armée. Il a donc pris des dispositions qui ouvrent la voie à deux hypothèses : soit le retour au statu quo ante, soit la partition de l’Ukraine, même s’il s’y dit hostile. La deuxième hypothèse est celle qui protègerait la réputation du régime russe. La population orientale de l’Ukraine a désapprouvé le soulèvement du Maïdan et, comme elle n’est informée que par les bobards de la propagande de Moscou, elle ne risque pas de changer d’avis. Poutine pourra donc dire qu’il s’appuie sur une bonne partie, la moitié ou plus, de la population ukrainienne.

La région semble vouée au sort de la Yougoslavie, qui n’a survécu à la chute du communisme qu’en se fragmentant entre nationalités historiques. Que vaudrait une Ukraine privée de la Crimée et de sa partie industrielle, et de surcroît combattue ou boycottée par Moscou ? La révolution de Kiev a peut-être été trop rapide pour être durable.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une réponse à Ukraine : l’empire contre-attaque

  1. edrei yves dit :

    Une fois de plus vous avez vu juste ! De plus, c’est très clair et bien dit !
    Il va de soi que le président Poutine est d’une intelligence remarquable.
    Sa stratégie qui repose sur la force est diabolique et repose sur le fait qu’il sait que l’Occident
    n’est pas prêt à recourir à la force armée.

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