Famille : la perplexité

Le problème, c’est le divorce
(Photo Phanie)

Une proposition de loi sur la famille présentée par des élus PS et EELV est débattue en ce moment à l’Assemblée nationale. Elle est censée remplacer le projet de loi que le gouvernement a retiré. L’opposition a déposé 700 amendements à un texte qui ne compte qu’une vingtaine d’articles. Si elle est adoptée, la loi pourrait compliquer la vie de famille au lieu de la simplifier.

LE TEXTE s’adresse principalement aux parents séparés ou divorcés et aux familles recomposées. Première mesure : la résidence des enfants est fixée chez les deux parents. Deuxième mesure : tout acte d’autorité parentale requiert l’accord des deux parents. La non-présentation d’enfant est sanctionnée par une indemnité qui peut s’élever au maximum à 10 000 euros et par une amende de 375 euros. Le beau-parent peut bénéficier d’un « mandat d’éducation quotidienne ». Le juge aux affaires familiales peut exiger des parents qu’ils participent à une médiation familiale. Ces dispositions se veulent consensuelles mais elles sont déjà abondamment critiquées, notamment parce que les pères qui, souvent, dénoncent les avantages léonins accordés à la mère en cas de séparation, n’y trouvent pas leur compte.

Penser d’abord à l’enfant.

Certaines associations redoutent en revanche une réduction des droits de la mère, notamment dans le cas de violences conjugales. Mais le point qui soulève le plus grand nombre de critiques, c’est la domiciliation de l’enfant dans les deux résidences des parents séparés, ce qui implique des résidences alternées paritaires, lesquelles n’offriraient pas le meilleur contexte pour l’éducation de l’enfant.

La nécessité de légiférer vient principalement des droits déjà accordés à la mère. C’est chez elle que réside l’enfant dans 71 % des cas, souvent avec l’accord du père. Mais cette situation a conduit des pères à se livrer à des actions spectaculaires, parfois désespérées. Pour telle ou telle raison, ils ne voient plus leurs enfants et s’estiment victimes d’un usage, sinon d’une loi, qui les défavorise cruellement. Le problème (que la proposition de loi ne semble pas capable de résoudre) vient de l’extrême variété des cas humains posés par la séparation ou par le divorce. S’il est traditionnellement admis que la mère offre à l’enfant plus d’amour, de soins et de tendresse, les exceptions à la règle sont nombreuses. Certains pères sont exemplaires, certaines mères indifférentes et même capables d’utiliser leur statut uniquement pour faire souffrir l’homme qu’elles ont quitté.

Tous les cas de figure.

De même, une femme remariée peut avoir un conjoint qui aime ses enfants ou, au contraire, qui estime l’avoir épousée seule, sans sa progéniture. À l’inverse, des beaux-pères peuvent être plus attentionnés pour les enfants de leur femme que les pères biologiques. Tous les cas de figure sont possibles, séparation sereine ou conflictuelle, violences conjugales ou non, manipulation par le père ou par la mère des décisions prises par la justice. Dans ce filet serré de passions humaines qui a déjà produit tant de tragédies, la loi peut-elle être juste pour tout le monde, sans exception ?

Il faut souligner ici que la clé du problème, c’est le divorce ou la séparation et que, dans une société ouverte comme la nôtre, on ne saurait refuser à un homme ou à une femme le droit de reprendre sa liberté ; et que, si les femmes françaises doivent avoir des droits identiques à ceux des hommes, la justice ne peut pas les considérer comme propriétaires uniques de leurs enfants. La famille est le lieu géométrique de l’amour et de la haine, de la tendresse et de la cruauté, de toutes les expressions du caractère humain. Dans ces conditions, la loi peut-elle prévoir de mettre en ordre la nature même de l’homme et de la femme ? C’est bien improbable.

RICHARD LISCIA

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3 réponses à Famille : la perplexité

  1. drpb dit :

    Sept cents amendements émanant essentiellement de la frange radicale « manif fourre tout » de l’assemblée nationale, type Hervé Mariton et consorts, qui veulent encore au nom, du modèle patriarcal et du droit naturel, nous imposer leur obsession de la norme sociale parfaite et nous rejouer l’acharnement législatif d’un deuxième tour. Tout cela serait risible, si les Français n’avaient à subir les contre-coups d’une crise que le néolibéralisme triomphant (en particulier défendu par Hervé Mariton et consorts et leur collègues socialistes) ne parvient pas à contenir. Plus sérieusement est-il urgent de vouloir légiférer sur tout ? Ne peut-on épargner l’espace de nos chambre à coucher ou de nos vies privées ? De toute façon, peu de choses devraient émerger de ces nouveaux textes.

  2. DIETERLEN dit :

    Les enfants risquent de se retrouver avec deux adresses sur leurs cartes d’identité, donc tout le monde saura que leurs parents sont séparés, mais à l’heure de « face de bouc » c’est peanuts.
    Je ne suis pas sûr que l’état-maman doit s’occuper de tout.
    C’est aux parents d’agir en responsables pour réaliser le mieux pour l’intérêt et le respect de l’enfant.
    Ça se perd.
    Il serait plus important de faire en sorte que le divorce ne devienne pas une punition disproportionnée pour tous.
    Et puis il y a déjà les juges, les assistantes sociales, les services « sociaux », les médecins, les notaires. les avocats, etc. pour régler les problèmes
    Seul le développement de la médiation par une tierce personne, librement choisie et patentée, me paraît une bonne chose,
    les cas graves relevant de la justice, de toute façon.

  3. YALTA dit :

    Je trouve cela désolant! Au lieu de dépoussiérer et de réécrire ce vieux code civil napoléonien (anachronique) , on n’a fait que les amplifier avec toute la bêtise humaine! Quand je pense que des juges des affaires familiales appliqueront ces nullités à la lettre, cela amplifiera les conflits au lieu de les apaiser.

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