Un paysage dévasté

Bayrou ne veut pas s’allier à l’UMP
(Photo AFP)

L’affaire Bygmalion affaiblit singulièrement le camp de la droite en ce qu’elle donne des ailes au Front national, qui volait déjà haut. Elle obère, au moins pour le moment, l’espoir de l’alternance en 2017. Elle n’est compensée ni par un redressement prévisible de l’économie du pays, ni par une hausse de la crédibilité du pouvoir en général et du président de la République en particulier. Elle conduit enfin l’opinion à envisager des solutions extrêmes, comme le passage à la VIe République, qui implique une reddition de M. Hollande en rase campagne.

LA CHUTE  de Jean-François Copé risque d’entraîner celle de Nicolas Sarkozy. Le nombre des militants UMP va forcément diminuer et ceux qui restent nourriront une aversion pour tout leader qui n’appuierait pas son action sur une absolue transparence. M. Sarkozy croyait qu’il se dispenserait des primaires, il devra tenir compte de la troïka mise en place qui, elle, n’acceptera pas dans deux ans qu’il s’empare d’un parti qu’elle aura péniblement remis sur pied, si elle y parvient. L’affaiblissement de M. Sarkozy est donc la première conséquence de la démission de M. Copé. Il va s’aggraver pendant le débat entre les courants du mouvement. Soutenu par divers ténors du parti, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé se prononce sans réserves pour une alliance avec le centre. Créée en 2002, l’UMP n’avait pas d’autre but que de représenter la droite la plus large, celle qui associait les gaullistes, toutes tendances confondues, aux centristes de tout poil.

Le jeu de Bayrou.

M. Juppé se réfère au score des européennes en tentant de démontrer que, si l’on additionne l’UMP et les centristes, on constate qu’ils ont réuni 30 pour cent des suffrages, soit, au total, six points de plus que le Front national. Mais François Bayrou ne renonce pas à son projet personnel. Il veut bien allier le MoDem à l’UDI,  il n’ira pas au-delà. Il a déjà oublié qu’il doit son élection à la mairie de Pau au retrait du candidat UMP et au soutien éclatant que M. Juppé lui a apporté. Une fois encore, et malgré quelques lourds revers, il voit Pau comme le tremplin qui le fera un jour bondir vers la présidence. Il estime que les 10 % de l’UDI-MoDem aux européennes sont un bon score ; il spécule sur un délitement de l’UMP dans les deux années qui viennent ; il tire peut-être un plan sur la comète mais, en tout cas, il ne fait pas le jeu de ceux de l’UMP qui, avec le temps, vont se dresser contre Nicolas Sarkozy et, surtout, se battre contre l’idée que, pour vaincre le FN, il faut l’imiter.

Valls bridé par Hollande.

L’autre aspect de la conjoncture politique est infiniment plus grave. Si l’opinion publique place quelques espoirs dans la nomination de Manuel Valls à Matignon, elle risque d’être déçue. On devine en effet qu’il n’a pas les coudées franches, qu’il passe le plus clair de son temps à tenter de convaincre l’aile gauche du PS dont les voix lui ont fait défaut et lui feront encore défaut lors du vote du collectif budgétaire au mois de juillet. Il doit en outre tenir compte des prescriptions d’un président impopulaire, menacé, plongé dans une contradiction existentielle entre les impératifs économiques et financiers et l’appel de la gauche et de l’extrême gauche à un programme diamétralement opposé. Le plus curieux, peut-être, c’est que, quand l’extrême droite triomphe aux européennes, la gauche exige une politique plus à gauche, celle-là même que les Français, nous semble-t-il, ont rejetée.

Ce terrain tourmenté  n’est guère favorable au redressement, à la lutte contre le chômage ou contre les inégalités. Après la victoire du Front, le sursaut républicain est inexistant, comme si, paralysées par l’imminence du danger, les forces démocratiques ne trouvaient pas les voies et moyens d’une alliance. La droite devait nécessairement rassembler ses troupes, au moins pour se tenir prête. Le coup de poing des européennes l’a sonnée, celui de Bygmalion l’a mise KO.

RICHARD LISCIA

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2 réponses à Un paysage dévasté

  1. A3ro dit :

    Il n’est pas si curieux que le PS réclame des solutions de gauche au vu des scores du FN ; sur le plan économique, le FN n’est pas du tout à droite.
    Je ne suis pas d’accord pour les chances de la droite en 2017. L’UMP d’avant Bygmalion ne proposait rien, essayait de contrer le FN en proposant des mesures édulcorées, se contentait d’une opposition stérile, et a laissé filé l’UDI vers le MoDem. Maintenant, Fillon et Juppé étant au commandes (avec Raffarin), on va, j’espère, revenir vers une droite raisonnable et constructive, qui peut proposer un vrai programme réaliste. Dans l’immédiat, les dégâts sont lourds, mais la guerre Fillon-Copé n’a pas empêché l’UMP de gagner les municipales. Trois ans pour repartir sur de bonnes bases, ça me parait suffisant.

  2. Ojj dit :

    Le commentaire de A3ro paraît effectivement plus proche de la réalité concernant la droite ; scénario qui est plus susceptible de faire revenir les électeurs à supposer qu’ils partent, étant donné la pauvreté actuelle du paysage politique. Concernant la gauche, Valls communique à tout va. Son intervention programme du soir des élections en est l’illustration. Il cherche probablement à jouer le terrain, lui qui est plus réactif que notre président. Ce dernier englué effectivement dans ses contradictions semble passer son temps à élaborer des stratégies politiciennes dont tout le monde est lassé et auxquelles plus personne ne croit. On sent une inquiétude fébrile chez le premier qui doit se demander comment il va pouvoir se positionner pour les présidentielles de 2017. Mais Hollande n’a pas intérêt à trop l’attaquer sinon à risquer qu’il parte en claquant la porte au moment opportun. Ce dernier aura néanmoins besoin d’un parti qui le suive.

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