Les limites du vallsisme

Des concessions inutiles
(Photo S. Toubon)

Le gouvernement de Manuel Valls est doué de souplesse : face aux grognes sociales, il procède par des atténuations de la réforme. Cela est vrai pour l’écotaxe, supprimée et remplacée par une redevance plus limitée, pour les intermittents du spectacle auxquels on a proposé des aménagements de leur statut, pour l’impôt sur le revenu que les ménages les plus pauvres n’auront pas à payer. Ces concessions n’ont apaisé ni les routiers bretons, ni les intermittents ni les socialistes dits « frondeurs » qui refusent de voter le collectif budgétaire. 

ON ASSISTE à une sorte de ras-le-bol général et suicidaire. Non seulement l’exécutif constate qu’il est cloué au pilori par des syndicats qui ne lui accordent aucune des indulgences dues à la gauche au pouvoir, mais que les « bonnets rouges », les roulants de la SNCF, les intermittents, les aiguilleurs du ciel ne craignent pas les conséquences économiques de leurs actes. Alors que rien, dans la structure du budget, ne permet de trouver avec certitude les économies que le pays est censé faire, que la Cour des comptes multiplie les cris d’alarme, que nos partenaires européens, notamment l’Allemagne, nous rappellent à nos obligations, Valérie Rabault, rapporteure du budget, affirme que les économies de 50 milliards en trois ans prévues par le gouvernement se traduiront par la perte de 250 000 emplois. Certes, le ministre des Finances, Michel Sapin, a rejeté l’étude réalisée par Mme Rabault. Mais leur différend montre que la bataille entre les deux courants qui se heurtent au sein du parti socialiste est dévastateur.

Un gage à l’insurrection.

Mme Rabault est sûrement sincère, sinon disciplinée, mais elle accrédite à elle seule, et de l’intérieur même du parti, des insurrections corporatistes qui vont encore affaiblir notre économie. Elle fait une prédiction qui hâte le résultat qu’elle promet. Elle augmente l’influence de cette quarantaine de députés socialistes capable de porter à la majorité un coup fatal. Pour Manuel Valls, le problème est double : les concessions qu’il est obligé de faire sous la contrainte de son opposition interne augmenteront le déficit budgétaire ; l’idée s’installe dans le pays que, décidément, le président et le Premier ministre ne contrôlent pas la majorité.

La gauche de la gauche refuse de se rendre à l’évidence : la France doit faire des économies et tendre vers l’équilibre budgétaire non pour complaire aux fonctionnaires européens mais parce que c’est pour elle une nécessité vitale. Nous n’avons tenu, à ce jour, aucun de nos engagements précédents en matière budgétaire. S’il est vrai que, aux différents niveaux de réflexion internationale, le dogme de l’austérité a été remplacé depuis un an ou deux par celui d’une politique d’économies plus lente, le cas de la France est particulier. Les efforts qu’elle a fournis jusqu’à présent n’ont aucune commune mesure avec ceux de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de l’Italie, de l’Espagne. L’ancien président du conseil italien, Mario Monti, s’est même plaint d’avoir appliqué, à la demande de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel un plan draconien d’austérité pour son pays, qui l’a rapidement évincé du pouvoir : les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

Les revendications les plus folles.

Pourquoi notre budget doit-il être équilibré ? Parce que le service de la dette nous empêche d’investir dans des projets industriels créateurs d’emplois. Parce que notre endettement va être bientôt plus élevé que notre produit intérieur brut (PIB) annuel. Parce qu’un quart de nos actifs touchent des salaires qui, d’une manière ou d’une autre, sont subventionnés par la collectivité. Parce que le niveau des prélèvements obligatoires en France atteint 56 % du PIB sans que nos dépenses sociales apportent le bonheur à nos concitoyens. M. Hollande a placé à la tête du gouvernement un homme déterminé et courageux qui, à ce jour, n’a pas vraiment donné la mesure de ce qu’il est capable de faire, parce que ses amis socialistes ne pensent qu’à inverser son action, à rejeter les réformes avec un conservatisme proche de l’aversion pure et simple, avec l’idée absurde que les socialistes n’existent que pour satisfaire les revendications sociales les plus folles, retraites à 55 ans, métiers qui ne sont que travestissements du chômage, réductions du temps de travail, ou simples révoltes philosophiques nourries par l’envie de plumer les riches,  de  détruire les banques, et d’humilier ceux qui exercent le pouvoir.

RICHARD LISCIA

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