BNP-Paribas : un désastre

Une amende de 9 milliards de dollars
(Photo AFP)

On peut toujours dire que BNP-Paribas a été victime de lois américaines inapplicables en France, que l’hégémonie des États-Unis s’est exercée contre la banque française avec des arrière-pensées liées à la concurrence, que les procureurs de l’État de New York ont des ambitions politiques et voulaient pêcher un gros poisson : il n’empêche que, si la BNP a accepté de payer une amende faramineuse de 9 milliards de dollars (un peu plus de 6 milliards d’euros), c’est qu’elle était coupable et n’avait pas le choix.

EN EFFET, l’affaire ne date pas d’aujourd’hui. Il y a déjà sept ans, les régulateurs bancaires de New York ont attiré l’attention des dirigeants de la banque française sur les malversations qu’elle commettait. En se livrant à des transactions en dollars avec Cuba, l’Iran et le Soudan, elles violaient l’embargo des États-Unis sur ces trois pays. Il aurait suffi à la BNP de cesser de telles opérations ou, tout simplement, de ne les accepter que si elles étaient libellées en euros. De toute évidence, la banque s’est crue plus maligne que les organismes de contrôle américains. Elle a poursuivi ses affaires avec les trois pays sous embargo, pour un montant total de 30 milliards de dollars.

Une culpabilité certaine.

Si BNP-Paribas a consenti à payer l’amende, si elle a accepté de licencier une trentaine de collaborateurs importants, c’est d’abord parce qu’elle a voulu éviter le procès qui risquait d’aboutir à une condamnation infiniment plus sévère ; c’est aussi parce qu’elle veut continuer à travailler aux États-Unis, sans lesquels elle perdrait son statut de grande banque internationale ; c’est parce que ses avocats ont dû lui faire savoir qu’elle n’avait aucune chance de s’en tirer sans dommages exorbitants ; c’est enfin parce que des banques américaines, elles aussi poursuivies pour diverses entorses à la légalité, ont été condamnées à des amendes supérieures. Ces risques auraient dû être évalués en 2007 et les années suivantes ; ils auraient dû suffire à faire comprendre aux dirigeants de la banque que le jeu n’en valait pas la chandelle. Aujourd’hui, elle tente de minimiser l’impact de l’amende. Elle jure que ses clients ne sont pas concernés par sa déconfiture. Il nous semble pourtant qu’elle ne trouvera les neuf milliards de dollars que dans les dépôts des épargnants et détenteurs de comptes-courants, dont le montant serait dix fois supérieur à l’amende.

Tout dépend de la clientèle.

En d’autres termes, si un mouvement de panique se forme au sein de sa clientèle, qui commencerait à retirer ses avoirs, BNP-Paribas se retrouvera dans une situation critique. Et si elle résiste au choc, ses actionnaires savent déjà qu’ils ne toucheront pas de dividendes pendants trois ans. Les neuf milliards de dollars correspondent en effet à 18 mois de profits pour la banque, première banque privée française, dont la dimension est à l’échelle européenne. Franchement, cette affaire est consternante. Elle montre que, malgré l’expérience d’une crise planétaire qui a failli ruiner le monde occidental, BNP-Paribas a continué à caracoler sur la crête des spéculations dangereuses avec un mépris complet de ses clients, qui lui demandent moins de s’enrichir que de protéger leurs dépôts,  et une témérité criminelle. Quant au surcroît d’anti-américanisme que l’affaire déclenche en France, il ne pansera pas la plaie béante dont souffre la banque. Henri Guaino, député UMP, a cru bon de dire ce matin que les lois américaines ne s’appliquent pas à tous les pays. Beau sursaut nationaliste. Sauf que l’on défend mieux les intérêts de la France si l’on reste dans le champ strict de l’honnêteté. Des banques jouent avec le feu qui, pour le moindre découvert, vous font payer des agios excessifs. Il faudrait que la loi, française ou américaine, s’applique de la même façon pour tout le monde.

RICHARD LISCIA

 

 

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Une réponse à BNP-Paribas : un désastre

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Eh oui, de gros voyous, en somme, et qui jouent avec la crédulité et l’argent de leurs clients….Fuyez-les!

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