Ukraine : le crime de trop

Policiers au milieu des décombres
(Photo AFP)

L’explosion en vol d’un appareil de la Malaysia Airlines au-dessus de l’est de l’Ukraine n’est pas seulement un faits-divers tragique, c’est un tournant dans la crise ukrainienne qui, quelles que soient les responsabilités des uns et des autres, va beaucoup affaiblir les positions de Vladimir Poutine, malgré la vaste campagne de désinformation que le Kremlin a déjà mise en oeuvre.

POUR LA Malaysia Airlines, c’est un nouveau coup du destin. Elle avait déjà perdu corps et biens un avion identique avec tous ses passagers au mois de mars dernier. L’appareil n’a jamais été retrouvé et une énigme pèse sur cette affaire qui n’a jamais été élucidée et risque de ne l’être jamais. On dissertera ad vitam aeternam sur le survol d’un territoire en guerre au-dessus duquel des avions militaires ukrainiens avaient déjà été abattus par des missiles tirés par les dissidents pro-russes. En attendant une enquête approfondie, on a tout lieu de croire qu’ils sont responsables du carnage (298 morts), la Russie ayant pris le parti de laisser des imbéciles s’armer de missiles ultra-sophistiqués qui ne peuvent être confiés qu’à des militaires spécialement formés pour leur usage.

Une vérité difficile à établir.

M. Poutine, qui s’est emparé de la Crimée en un tournemain, ne souhaite pas envahir l’Ukraine. Il veut seulement y entretenir le chaos pour qu’elle tombe comme un fruit mûr dans son escarcelle. Le gouvernement de Kiev, au prix de lourdes pertes, commençait à obtenir des résultats sur le terrain, à expulser les pro-russes des villes qu’ils tenaient, et à les repousser vers la frontière avec la Russie. Un succès militaire aurait entraîné la solution politique souhaitée par les Européens, c’est-à-dire une Ukraine indépendante libre de choisir une association avec l’Union européenne plutôt que la domination russe. La communauté internationale doit apporter les preuves de la culpabilité de ceux qui ont abattu l’avion de ligne. Elle risque de ne pas pouvoir les réunir dans la mesure où le site du crash, qui est très vaste, a été parcouru par des centaines de personnes, pro-russes ou journalistes, sans qu’un périmètre de sécurité ait été installé. Le doute ne profitera guère à M. Poutine qui ne peut en aucun cas nous expliquer pourquoi le gouvernement ukrainien aurait éprouvé le besoin de tirer sur un avion volant à 10 kilomètres d’altitude et qui ne menaçait pas son armée, même s’il l’avait pris pour un appareil militaire. En revanche, la thèse d’une erreur extrêmement grave des pro-russes restera la plus plausible.

Deux précédents.

Il est vrai que les militaires les plus calmes et les mieux formés peuvent commettre de monstrueuses erreurs. Le 13 juillet 1988, la marine américaine a abattu un avion d’Iran Airlines qu’elle avait confondu avec un avion militaire. L’autre précédent est la destruction d’un avion de ligne de la Korean Air par un avion soviétique le 1er septembre 1983.  Ce genre de comparaison ne suffira pas à exonérer Poutine. Car il a délibérément créé en Ukraine un climat d’une telle violence que n’importe quelle tragédie pouvait s’y produire. La dissidence pro-russe est artificielle et le recours aux moyens les plus grossiers de la propagande ne peut lui servir qu’à convaincre son opinion, qui lui est acquise. EIle n’aura aucune influence sur le jugement des instances internationales. Le problème de l’Ukraine est donc posé depuis hier d’une manière plus aiguë et plus urgente qu’auparavant. Il n’est pas difficile de démontrer que la politique russe dans la région ouvre la porte à tous les débordements, avec des conséquences incalculables.

RICHARD LISCIA

 

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3 réponses à Ukraine : le crime de trop

  1. Rouhani dit :

    La Russie de Poutine est plus forte que jamais, et toutes les tentatives criminelles pour tenter de le contrer sont vouées à l’échec, comme le montre l’entrée sur la scène internationale du groupe du « BRICS élargi », véritable édifice puissant et efficace pour contrer à court terme la domination américano-sioniste.
    En ce qui concerne le vol MH17 Malaysia Airlines, Kiev, et son gouvernement illégitime, est totalement piégé; en effet, Moscou pose 10 questions à Kiev : le vice-ministre russe de la Défense Anatoli Antonov a proposé officiellement à Kiev et à la communauté internationale, aujourd’hui, de fournir des données officielles sur l’armement ukrainien, notamment, ses missiles antiaériens et ses systèmes de défense aérienne. Ceci, afin que des experts soient en mesure de déterminer ce qui a causé le crash du Boeing-777 de la compagnie Malaysia Airlines. Evidemment, l’Ukraine, piégée, refuse de donner suite aux questions posées par Moscou…
    « Nous voudrions poser 10 questions aujourd’hui aux forces armées ukrainienne et aimerions avoir des réponses à ces questions. Elles permettront à nous tous, pas seulement la Russie mais aussi tous les pays occidentaux, de l’Est ou de l’Asie, d’essayer de trouver une réponse à la question principale, pour savoir ce qui s’est réellement passé dans le ciel de l’Ukraine et ce que nous devons faire pour le rendre plus crédible « , a déclaré Antonov sur la chaîne de télévision » Russie-24 « .
    Le vice-ministre a alors énoncé ce qu’il considère comme des questions «simples»:
    1. Les autorités ukrainiennes disent avoir identifié les auteurs de la tragédie instantanément, bien sûr, selon eux, la milice du Donbass. Où se trouve la base de données de ces résultats ?
    2. Kiev pourrait-il officiellement signaler tous les détails de l’utilisation du système « Buk » dans une zone de guerre, et surtout pourquoi ces systèmes sont déployés, s’il n’y a pas des avions du côté de la milice ?
    3. Quelles sont les causes de l’inactivité des autorités ukrainiennes sur la formation d’une commission internationale ? Peut-on espérer qu’elle prendra effet ? Attend-elle la communauté internationale ?
    4. Les forces armées de l’Ukraine peuvent-elles produire des articles/documents fait par des experts internationaux relatifs à la comptabilité de leurs missiles « air-air » et « sol-air » et en ce qui concerne leurs munitions en missiles anti-aériens ? Il s’agit d’une question très importante qui nous aidera à déterminer quels systèmes ont été utilisés contre le Boeing malaysien ».
    5. Est-ce que Kiev peut fournir à une commission internationale les données réelles d’un contrôle objectif sur les mouvements des avions de son armée de l’air le jour de la tragédie ?
    6. Pourquoi les aiguilleurs du ciel ukrainien ont-ils autorisés à des avions de faire une déviation vers le nord, dans la direction de la soi-disant opération anti-terroriste menée officiellement par Kiev contre les gens du sud-est du pays ?
    7. Pourquoi cet espace aérien, qui est de leur responsabilité, n’a pas été complètement fermé aux aéronefs civils surtout qu’il s’agit d’une zone de combat contrôlée par des radars ?
    8. Est-ce vrai, comme l’affirme un contrôleur aérien d’origine espagnole en service à Kiev (menacé désormais de mort par les EuroMaidan, ndrl) que cet avion a été accompagnée par deux avions militaires ukrainiens ?
    9. Pourquoi la SBU a réalisé des enregistrements d’entretiens entre l’équipage du Boeing et la tour de contrôle ukrainienne avec des données radar sans en référer à des représentants internationaux ?
    10. Quelles ont été les leçons des catastrophes antérieures similaires de l’avion russe Tu -154 sur la mer Noire ? Les dirigeants de l’Ukraine jusqu’à la dernière minute avaient nié toute implication à cette tragédie, et, c’est seulement lorsque nous avons présenté des faits irréfutables que personne n’ignore le vrai coupable de cette tragédie.
    Antonov a également noté qu’un certain nombre de déclarations d’hommes politiques de l’Ouest sur la catastrophe de la Malaysia Airlines procèdent à la guerre de l’information contre la Russie.
    Selon lui, «il est surprenant et même choquant de voir que certaines personnes à l’étranger essaient de jouer avec cette situation. » « Ils essaient aujourd’hui de déterminer qui est à blâmer et nous entendons dire que c’est la Fédération de Russie, ses forces armées ou les milices dans le sud-est de l’Ukraine », a poursuivi le vice-ministre. En concluant son propos, Antonov a déclaré: « Ceci ressemble à une poursuite de la guerre de l’information, qui, depuis de nombreux mois, est déployée contre la Russie, mais nous, nous sentons les conséquences de cette guerre ».

    Réponse : splendide éloge de la barbarie.

  2. Je suis ravie que vous ayez publié la réponse de Rouhani à la lettre de M. Liscia, qui tenait pour une évidence la responsabilité des Russes et de M. Poutine dans ce crash aérien. Le vrai coupable est le nouveau gouvernement ukrainien, et les Américains le savent bien qui ont manipulé l’information comme ils savent si bien le faire. Je suis d’origine ukrainienne et suis toujours en rapport avec des amis sur place. Leur avis est loin d’être celui de M. Liscia sur ce sujet. En l’occurrence, pour cet avion de la Malaysian, il s’agirait plutôt d’une énorme boulette des aiguilleurs du ciel ukrainiens.

    Réponse
    Et, bien entendu, ce sont les Américains qui ont organisé les attentats du 11 septembre. Révisionnisme, quand tu nous tiens.

    • J’apprécie votre sens de l’humour (noir!) qui permet la pirouette. Je m’inquiète seulement de n’entendre toujours qu’un seul son de cloche de la part des médias. Je ne suis pas « poutinophile », ni adepte des anciens du KGB, peut -être suis-je révisionniste quand les jugements me semblent à l’emporte- pièce (Zola avait raison de l’être pour Alfred Dreyfus), mais pas naïve au point d’ignorer que la désinformation est malheureusement l’arme des deux camps, de penser que d’un côté il y aurait le bien et de l’autre le mal.

      Réponse
      Voici ma deuxième pirouette : Poutine, c’est le bien et Zola aurait pris sa défense.

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