Arrêtez le massacre !

Engins blindés à Gaza
(Photo AFP)

Comme une digue de sable face à l’océan, le gouvernement a fini par céder aux multiples et incessantes demandes de manifestations partout en France. Le PS a eu tôt fait de démontrer au pouvoir que, d’un strict point de vue électoral, la colère de 10% de Français musulmans doit être davantage prise en compte que les craintes de la communauté juive, moins de 1% de la population.

DEPUIS quinze jours, on aura tout vu. Des mouvements de gauche ou d’extrême gauche qui prennent fait et cause non pas pour le peuple palestinien, mais pour le plus irréductible de ses représentants, le Hamas, lequel a déclenché le conflit, a rejeté le cessez-le-feu et transformé de Gaza en base militaire. En France, on aura vu de purs voyous ou casseurs pour qui la « cause » n’est que le prétexte à des violences et des destructions. Une logorrhée antisémite sur Internet qui fait de notre pays l’un des plus plus hostiles aux juifs en Occident. Des intellectuels qui ne sont même plus capables de dénoncer les slogans comme « mort aux juifs! ».  Des tentatives admirables, mais plutôt vaines, des chefs religieux pour préconiser la tolérance en cette sombre période, sans que la foule des émeutiers en soit le moins du monde impressionnée. Une fermeté rare du gouvernement, Hollande, Valls, Cazeneuve soudés comme jamais,  jusqu’à ce que la hargne d’une extrême gauche qui, décidément, est aussi, à côté de ses autres travers, et sous prétexte d’anti-sionisme, la plus antisémite du monde, parvienne, avec la complicité de ses alliés de circonstance, à emporter, dans son acharnement, la détermination de nos dirigeants. À quoi les prochaines manifestations vont-elles servir sinon à déclencher des émeutes et à faire des Français juifs, comme toujours, les  boucs émissaires des convulsions du Proche-Orient ?

Crise humanitaire.

Il n’est pas question ici de nier le terrible problème humanitaire posé par la crise chronique de Gaza. Le gouvernement israélien devrait enfin se demander pourquoi il doit livrer bataille tous les deux ans pour assurer la sécurité de son territoire. Pourquoi sa politique palestinienne, ou plutôt l’absence de cette politique, entraîne des conséquences aussi dramatiques pour les Palestiniens mais aussi pour les Israéliens dont l’armée n’a pas réussi, après de nombreux bombardements et des incursions qui lui font subir de lourdes pertes, à détruire les tunnels et les rampes de lancement de roquettes. Il n’y a pas de solution militaire, rien ne saurait être plus clair que ce postulat. Mais il n’y a pas non plus de solution politique avec le Hamas dont l’objectif est la destruction de l’État hébreu. C’est pourquoi Israël aurait dû faire de Mahmoud Abbas son interlocuteur privilégié et de la rive occidentale du Jourdain le socle de l’État palestinien. Cette chance historique manquée, c’est le moteur de la tragédie.

Guerre asymétrique.

Le mythe d’un Israël surpuissant face à une faible Palestine a été largement effacé par les revers israéliens au nord d’Israël face au Hezbollah, au sud face au Hamas. La guerre asymétrique a eu raison des armées américaines, elle a donc logiquement posé à Israël des problèmes qu’il n’avait pas connus auparavant. L’état de guerre permanent a fini par miner la société israélienne où apparaissent des mouvements extrémistes dont l’électorat n’est pas négligeable, ce qui contraint Benjamin Netanyahu à former des gouvernements de coalition peu enclins à conduire des négociations de paix.

Les émeutiers français ne comprennent rien à la complexité de cet enchevêtrement géopolitique. On dit couramment que tout le monde a le droit de manifester, ou de défendre une cause, ou d’exercer, quoi qu’il en soit, la liberté de crier une opinion. Il faut s’assurer cependant que, derrière ce beau sursaut romantique, n’existent pas des réseaux pervers qui voudraient transformer tous les Français musulmans en djihadistes.

RICHARD LISCIA

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6 réponses à Arrêtez le massacre !

  1. Alan dit :

    Merci beaucoup pour vos analyses toujours si pertinentes. J’espère que nous sommes nombreux à les lire et les entendre.

  2. Engel dit :

    Bien d’accord avec votre approche qui n’hésite pas à faire pencher la responsabilité du côté palestinien : les accords de paix se sont grippés après Oslo sur le fait qu’Arafat, au dernier moment, a exigé le « retour au pays » d’un petit million de réfugiés sur le dos des Israéliens qui ont refusé de se laisser enfermer dans ce piège. Le dynamisme démographique arabe risquait d’engloutir le rêve sioniste. Les Israéliens ont développé la dite colonisation pour faire comprendre à l’Autorité palestinienne qu’un autre compte à rebours pouvait être mis en marche. Puis, l’islam radical de type Frères musulmans et Al Qaida sont venus corser le problème. Ces gens ne font pas la subtile différence entre juif et israélien et n’ont aucune idée de la définition de la laïcité. Il faudrait en rappeler les fondamentaux dans notre pré-carré. Je me régale de vous lire depuis de longue années.

  3. Vigdor dit :

    Également merci pour le plaisir que nous avons à vous lire.
    Cependant, ici votre deuxième partie (crise humanitaire) semble assez biaisée.
    Non pas la question du problème humanitaire à Gaza, bien réel mais causé directement par ses dirigeants, lesquels se servent de la population à titre de bouclier; la maintient dans la misère alors qu’ils reçoivent des aides considérables qu’ils gaspillent en armement offensif, en bétonnage de tunnels stratégiques à visée terroriste. Gaza, ses souks bondés, ses centres commerciaux rutilants et ses hôtels 4 étoiles, continue à recevoir malgré l’état de guerre toute sa subsistance en provenance d’Israël, électricité,essence et poches de sang comprises; allez comprendre. Si l’armée a échoué jusque là et doit jouer à Sisyphe, c’est que, dès que le Hamas est sur le point de perdre, ses amis du « Machin » sifflent la fin de la partie afin de lui conserver son joujou, y compris M. Fabius hier, venu avec un regard en coin sur ses banlieues et qui a fait chou blanc. La solution militaire existe et consisterait à terminer le travail, puis remettre les clefs au sieur Abbas, qui n’aurait jamais du les lâcher de la manière que l’on sait. On attend toujours les manifestations pour la Syrie.

  4. A3ro dit :

    Analyse intéressante, mais même ceux qui n’y connaissent rien ont le droit de s’exprimer et de manifester, dès lors qu’il n’y a pas de trouble à l’ordre public. En l’occurrence, ce n’est certes pas gagné, mais bon, voyons si les organisateurs ont tirés le leçons des troubles de ce week-end.
    Ce qui est sûr, c’est qu’à l’étranger, la France aurait été clairement vu comme pro-israélienne si ces manifestations étaient toujours interdites, peu importe les considérations d’ordre public. A vrai dire, cela aurait pu poser un problème à plus long terme sur le plan de la sécurité, en provoquant des djihadistes ou les opinions publiques arabes pas futées à taper sur un supposé allié d’Israël.
    Les Palestiniens et les Israéliens ont à la fois des positions compréhensibles de leur propre point de vue et inacceptables du point de vue opposé. Le Hamas part dans une guerre aveugle qui provoque Israël, qui réagit avec des dégâts collatéraux qui confortent le Hamas/les extrémistes. Il faudrait prendre les responsables des deux camps, les mettre dans la même pièce, et leur dire :
    « C’est pas un peu fini vos conneries, si vous continuez on en a encore pour 50 ans de ce merdier alors prenez vos responsabilités et commencez à bosser ensemble, bande de cons ».
    Complètement délirant,mais ça aurait de la gueule !

    • ENGEL dit :

      Il se trouve qu’il existe des association israéliennes qui proposent une paix  » directe » de peuple à peuple en passant outre les interdictions les préjugés, et des associations de victimess de guerre israélo-palestiniennes qui pleurent ensemble leurs enfants perdus. Le meilleurs comme le pire est à venir dans ce coin du monde où un messianisme pacifiste verra le jour?

  5. Chambouleyron dit :

    L’Etat d’Israël est un état démocratique . Il s’est laissé piéger dans cette guerre. Le Hamas est dans la bande de Gaza une faction autocratique qui se cache avec cynisme derrière la population civile et ne jure que par la disparition d’ Israël . Un maçon n’a pas de ciment à Gaza mais il y a du béton pour les tunnels et les rampes de lancement d’engins iraniens . Vous voyez une différence avec la Syrie , le Pakistan … La communauté internationale s’humilie à courir l’humanitaire et, honte à nous, est incapable de faire régner la pax romana . L’angélisme démocratique en Occident nous évitera-t-il la guerre comme Munich nous a évité 45 ? Dans notre douce France le « pouvoir » n’en peut mais et ménage et la chèvre et le chou…et il fait preuve de compassion c’est tout ce qui lui reste le pauvre. La liberté de faire n’importe quoi c’est la démocratie pour les imbéciles. La foule ce n’est pas le peuple écrit Victor Hugo.

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