La corruption se porte bien

Dassault : philanthropie ?
(Photo AFP)

Scandale financier dans le football, où des transferts auraient donné lieu à des rétro-commissions, du nouveau sur un compte  Cahuzac dans l’île de Man, des nouvelles des parlementaires qui n’auraient déclaré qu’une partie de leur patrimoine, des dirigeants de la BNP qui auraient commis un délit d’initié, et, pour couronner le tout, la rocambolesque histoire de Serge Dassault qui, en quinze ans, se serait fait remettre par son comptable suisse quelque 53 millions d’euros en liquide pour acheter des voix dans sa circonscription de Corbeil-Essonnes : la scène nationale déborde de délits financiers cachés, mais de moins en moins secrets.

COMME CHAQUE fois que les statistiques sont accablantes, on se demande ce qui les explique : la science plus performante de ceux qui relèvent les chiffres ou la réalité morbide de la société française. Mais ne tombons pas dans le scepticisme. Il a suffi que soit désignée une Haute Autorité de la transparence de la vie publique pour qu’apparaissent de nouveaux cas de fraude que l’on ignorait. Ce n’est pas la loi qui a changé et créé des délits qui n’existaient pas, ce sont des personnes qui se croyaient protégées par un secret qu’il leur a fallu lever. Faut-il se frapper la poitrine et désespérer de la classe politique ? Faut-il se réfugier dans l’abstentionnisme et abandonner tout civisme électoral ? Faut-il imposer par le vote l’avènement des partis extrémistes ? Rien de tout cela. Laissons la justice faire son oeuvre et, plus que jamais, réaffirmons son indépendance des deux autres pouvoirs.

Les mêmes dans le collimateur.

J’ajoute, pour relativiser les scandales politiques ou autres, que, dans au moins deux cas, c’est la culpabilité des mêmes qui s’aggrave, ce qui signifie que la contamination à un nombre de plus en plus élevé d’élus n’est pas forcément vraie. Serge Dassault était déjà en délicatesse avec la justice parce qu’il a toujours distribué des liasses de billets dans sa circonscription. Ce que nous disent les révélations du « Canard », c’est que l’opération, sur une longue période, lui aurait coûté une somme faramineuse. Il y a une telle faconde dans la truanderie du milliardaire, une telle jovialité outrancière, il dépense son argent avec une telle légèreté qu’on lui pardonnerait presque ses facéties de presque nonagénaire. Il ne lui est pas passé par l’esprit que, au bout du compte, s’il avait 53 millions à perdre, il aurait pu les donner aux nécessiteux.

De la même manière, l’île de Man, c’est seulement Cahuzac-bis. Il n’était pas seulement coupable d’avoir viré à l’étranger quelque 600 000 euros, il avait, avec sa femme, dont il a plus tard divorcé, plus de deux millions d’euros dans ce paradis fiscal. Le plus drôle, c’est que la séparation entre les deux époux s’est mal passée et que, pour récupérer sa part du patrimoine familial, Mme Cahuzac a mis deux détectives sur le coup. J’espère seulement que la honte ainsi faite à son ex ne résulte pas d’une quelconque vengeance qu’elle aurait diaboliquement mise en oeuvre. Moi, je trouve que MM. Dassault et Cahuzac, ainsi que les parlementaires épinglés par la Haute Autorité, sont déjà bien punis. Là encore, laissons la justice suivre son cours.

Haine de l’argent.

Le public enrage, et il a raison. Le peuple français a, pour l’argent, une détestation si intense que lorsque des citoyens s’enrichissent, ils sont perçus comme malhonnêtes. C’est si vrai que le premier réflexe de celui qui accumule de grosses sommes éprouve le besoin de les cacher en Suisse ou ailleurs ; et que la moindre parole favorable au système bancaire ou au monde des affaires est décriée par les 99 % qui vivent chichement de leur salaire. De sorte que le seul argent qui soit sain aux yeux des Français est celui que distribue l’État, sans qu’ils semblent se douter que, pour que l’État ait quelques sous à leur donner, il faut d’abord que les entreprises privées gagnent de l’argent. Le pire, dans tout ça, c’est que les corrompus du foot, de la classe politique, des banques et des affaires font leur maximum pour accroître la suspicion nationale. Et c’est dommage pour l’économie : les Français ne risquent pas de se réconcilier de sitôt avec l’argent.

RICHARD LISCIA

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