Simone Veil, l’icône

La classe en politique
(Photo S. Toubon)

En dépit d’une actualité chargée, j’ai décidé de consacrer mon blog d’aujourd’hui à Simone Veil. Ce soir, en effet, France 2 diffuse un film sur l’un des épisodes marquants de sa vie, ce moment de 1974 (il y a quarante ans jour pour jour) où elle a réussi à faire voter la loi sur l’IVG (interruption volontaire de grossesse) par une Assemblée nationale conservatrice, machiste et où les hommes formaient une majorité écrasante. Valéry Giscard d’Estaing, en lui confiant cette responsabilité, se doutait qu’il l’envoyait dans la fosse aux lions. Qu’elle en soit sortie victorieuse en a bouché un coin à ses détracteurs de l’époque.

DEPUIS, le temps a passé, et la jeune ministre en proie aux doutes, combattue avec une férocité inouïe (je me permets de rappeler qu’on a qualifié de « nazi »  le projet de  cette rescapée d’Auschwitz) est devenue présidente de l’Assemblée européenne. Je sais que tout ce que l’on peut dire aujourd’hui de Simone Veil est très banal, mais sa ligne de vie qui va de la simple résistance physique et morale au calvaire que les nazis ont infligé à elle et à sa famille et qui, quelques décennies plus tard, aboutit à son militantisme européen, assorti d’un vif encouragement à une union entre la France et l’Allemagne pour que jamais plus nos deux pays entrent en guerre, correspond à un humanisme intégral.

L’humanisme en tant que politique, l’humanisme en tant que surpassement de l’humanité, l’humanisme parce que la vérité dont nous avons tant de mal à nous accommoder, c’est que, partout où se portent nos regards, partout où se produisent des guerres atroces, nous savons tous, au fond de nous-mêmes, que, même si parfois il faut prendre les armes pour combattre l’injustice et l’outrage, tout, tôt ou tard, doit finir par un accord de paix.

Intégrité.

Je crois sincèrement que Simone Veil a apporté et apporte encore à la politique cette grâce insaisissable qui lui manque et qui fait que, dans le même pays, les partis s’écharpent et se divisent en tendances belliqueuses, violentes, irrédentistes. Si elle s’est retirée sur son Aventin, surtout depuis que son mari est décédé, c’est certes à cause de son âge, mais aussi parce que, avec une admirable abnégation, elle n’a pas voulu tirer le moindre profit personnel de son immense notoriété. On peut d’ailleurs le regretter: son féminisme, son intégrité, sa vision auraient eu le meilleur effet sur les moeurs politiques françaises. Elle a compris sans doute que, si elle se frottait à ses pairs, elle serait à son tour contaminée. Elle n’a pas voulu devenir Premier ministre, ou peut-être même présidente dès lors que le combat politique lui ôterait ne fût-ce qu’une once de son incroyable honnêteté. Et il n’est pas dit qu’elle a été satisfaite de son triomphe à propos de l’IVG. Comme tous les hommes et les femmes de bonne volonté, elle doute probablement de ses propres convictions, de ses propres actes, elle pèse toujours le pour et le contre.

Leçon.

Quelle leçon pour ceux qui, du haut de leur tribune, multiplient les éclats, nous adressent tous les jours leur part de vérité comme si elle était forcément indéniable,  et nous enjoignent, parfois avec brutalité, de rejoindre leur point de vue ! Ceux qui, si nous osons discuter leurs idées, nous considèrent aussitôt comme des gens à abattre. J’ai beau me féliciter de vivre dans une démocratie florissante, il y a quand même des jours où la violence de la critique, la stridence des débats, la façon systématique de diaboliser celui que l’on perçoit comme un adversaire me font souhaiter une société plus apaisée. Une société calme qui évite d’élever la voix, une société où l’on cultive le respect parce que le respect, c’est le début de l’humanisme, une société capable de mettre un terme à ces flots de haine boueuse, sale, malodorante, déversés chaque jour par Internet. Une société, mais c’est un rêve, qui aurait la classe de Simone Veil.

RICHARD LISCIA

 

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Une réponse à Simone Veil, l’icône

  1. Quelle fabuleuse vie ! Agnès G.

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