UMP : vote à haut risque

L’enjeu, c’est 2017
(Photo AFP)

Les militants de l’UMP votent aujourd’hui et demain pour choisir leur président. En lice, Nicolas Sarkozy, assuré de sa victoire, Bruno Le Maire et Hervé Mariton. Le scrutin n’en est pas moins pourvu de suspense. Trois inconnues : le score que fera M. Sarkozy, faible majorité ou plébiscite, la régularité du processus, cette fois électronique, mais on craint des querelles comme en décembre 2012, lorsque le scrutin a été contesté, et les divisions ultérieures toujours possibles.

NICOLAS SARKOZY ne veut pas la présidence de l’UMP pour diriger l’UMP, mais pour se présenter à l’élection présidentielle de 2017. Il est convaincu que, pour l’emporter, un candidat doit avoir le soutien sans failles de son parti. MM. Fillon et Juppé, candidats à la primaire, ne sont pas de cet avis, qui ont préféré éviter la mêlée militante d’aujourd’hui. De l’avis de tous, Bruno Le Maire et Hervé Mariton ont fait de bonnes campagnes et l’ancien ministre s’est affirmé. Lui et M. Mariton ont apporté à la campagne la dose de sagesse et de modération dont l’UMP a tant besoin, alors que M. Sarkozy, conforme à lui-même, a exacerbé le débat et clairement montré qu’il souhaite principalement écarter Alain Juppé et François Fillon de la course à la présidence.

L’enthousiasme des militants.

Un homme était président de l’UMP. C’était Jean-François Copé. Il a démissionné de son poste dans la foulée du scandale Bygmalion. Ce scandale porte sur le financement stratosphérique de la campagne de M. Sarkozy en 2012. L’ancien président affirme qu’il n’était au courant d’aucune malversation (des frais de campagne ont été attribués à d’autres postes de dépenses). Mais il risque d’être rattrapé par cette affaire qui, à mon sens, est plus grave que les multiples dossiers auxquels son nom est associé et qui expliquent le harcèlement judiciaire dont il fait l’objet. L’enthousiasme des militants UMP, y compris ceux du mouvement « Sens commun », organisme hostile au mariage homosexuel, dont les membres ont hué M. Juppé, pourrait permettre à M. Sarkozy de franchir tous les obstacles qui le séparent du moment où la droite le désignera comme son candidat à la présidence de la République.

Mais cela ne signifie pas que l’UMP aura fait le meilleur choix. Pour deux grandes raisons: la première est que M. Sarkozy continuera d’avoir maille à partir avec la justice pendant qu’il tentera de convaincre les Français qu’il est l’homme qu’il leur faut. La seconde est que sa stratégie est exactement celle qui l’a conduit à la défaite en 2012, à savoir qu’il tente de ramener vers lui les électeurs qui votent Marine Le Pen et qu’il met des conditions à un rassemblement de la droite et du centre. M. Sarkozy ne pardonne pas à François Bayrou de s’être prononcé en faveur de M. Hollande au second tour en 2012 et il effraie les militants du MoDem et de l’UDI par ses positions de plus en plus droitières. J’ajoute qu’il a commis quelques erreurs depuis qu’il est en campagne, par exemple quand il a cédé à ses auditeurs qui exigeaient qu’il prononçât le mot « abrogation » (de la loi sur le mariage pour tous) et qu’il l’a fait bien volontiers, en ajoutant : « Cela ne coûte pas cher ». Expression  qui a trahi son clientélisme, et une soudaine absence de leadership. D’autant que, en réalité, M. Sarkozy ne veut pas abroger cette loi.

Méchancetés entre amis.

M. Juppé, de son côté, cultive ses relations avec le centre et plus particulièrement avec M. Bayrou, qu’il a soutenu aux municipales dans sa conquête de la mairie de Pau. On peut critiquer cette mansuétude à l’égard d’un homme dont les convictions vacillent au gré des événements, mais on doit soutenir une stratégie fondée sur l’élargissement de l’UMP au centre, avec des primaires « ouvertes » à tous, et capable d’isoler le Front national, car il n’est pas exclu que Marine Le Pen devance le candidat de la gauche au premier tour de la présidentielle de 2017. M. Sarkozy, fidèle à lui-même, a eu le front de rappeler les démêlés de M. Juppé avec la justice quand il fut condamné pour les emplois fictifs de la mairie de Paris il y a dix ans, alors qu’une douzaine de dossiers visent personnellement l’ancien président. Ces méchancetés entre amis, auxquelles M. Sarkozy apporte son concours avec un certain cynisme, ajoutent à l’incertitude sur l’avenir immédiat de l’UMP, qui, si elle sort de ce scrutin sans dommages, restera quand même le théâtre d’une guerre des chefs.

RICHARD LISCIA

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4 réponses à UMP : vote à haut risque

  1. Bonjour. Où est « la classe » de Simone Veil ? Accablant d’hypertrophie de l’ego. Il me semble qu’actuellement, sur le plan international, MM. Fabius, Juppé et Védrine ne se débrouillent pas trop mal. L’union humaniste fait donc la force. On imagine mal un dictateur sanguinaire (mais riche comme Crésus) mettre sa tente dans les jardins de l’Elysée, en remerciement de « loyaux » services. Ouf pour la France, même si la construction et la vente d’armes lui rapportent gros (il faut bien financer le beau choix social de notre pays).

  2. Oj dit :

    On ne peut qu’être d’accord sur cette analyse. Reste à savoir si ce raisonnement mobilisera les sympathisants en nombre suffisant. Car les vieux réflexes d’alignement sur le candidat qui paraît le mieux placé en raison de son attitude conquérante et agressive risquent de prendre le dessus, même si c’est d’une courte tête. On aura alors l’impression d’être passé à côté de quelque chose.
    A moins que le candidat Sarkozy ne change d’attitude, faisant siennes les propositions assez proches d’ailleurs l’une de l’autre, de MM. Juppé et Fillon. Toutefois, son entrée en campagne pour la présidence de l’UMP tend à démontrer le contraire, tant il cherche à se démarquer par esprit de contradiction. C’est comme cela qu’il va chercher des propositions iconoclastes comme celle qui consiste à renouveler l’administration lors des changements de majorité. On se souvient des propositions de son quinquennat telles que l’incitation à l’endettement au long cours les jeunes dans l’achat de biens immobilier qui aurait un effet catastrophique en situation de crise, de la suppression pure et simple du juge d’instruction sans réforme du parquet. Attitude, qui peut nous mener assurément dans le mur.

  3. lionel dit :

    Je partage entièrement votre analyse, malheureusement le rouleau compresseur qu’est Nicolas Sarkozy ne s’arrêtera pas à la présidence de l’UMP mais à sa destruction pour éviter les primaires. Le risque alors est de se retrouver en 2017 avec deux candidats de droite face à Marine Le Pen, si la gauche n’a qu’un seul candidat (pour conserver le pouvoir ils seront capables de s’entendre) : je ne vous fait pas de dessin. Je me répète une fois de plus : la droite mérite mieux que Nicolas Sarkozy.

  4. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Comme d’habitude, je trouve vos commentaires très pertinents.
    Un seul point de désaccord : concernant François Bayrou ; je ne crois pas que ce sont ses convictions qui vacillent, mais plutôt ses comportements, effectivement changeants (soutien à François Hollande de façon momentanée).
    Et je crois que justement, M.Bayrou est une des très rares personnalités politiques françaises dont les convictions ne vacillent pas, et qui l’a payé très cher, électoralement parlant.
    Par fidélité à ses convictions, à la vérité, et au mépris de ses intérêts personnels, il a pu adapter ses comportements et ses choix, parfois de façon jugée (a posteriori) discutable.
    Quant à M. Sarkozy, effectivement, son arrivisme forcené et son égocentrisme le rendent de plus en plus incohérent, non crédible. Il en arrive à dépasser Jean-François Copé en « homme aux dents si longues qu’elles rayent le parquet », ce qui n’est pas peu dire.
    Le score élevé de Bruno Le Maire est rassurant (pour l’avenir du pays).
    Bien cordialement.

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