Les patrons se rebiffent

Gattaz joue au syndicaliste
(photo AFP)

En manifestant comme des travailleurs exploités, les patrons se conduisent d’une manière à la fois puérile et drôle : il est bien peu probable, en effet, que le reste du pays s’apitoie sur leur sort. Ils veulent adopter les méthodes qui ont cours dans notre beau pays et qui consistent, en toute circonstance, à se plaindre de son sort et à réclamer justice. Bref, à les entendre, que l’on soit riche ou pauvre, on serait toujours la victime de quelqu’un.

CE N’EST PAS que, dans le maelström qu’est cette crise interminable, les entreprises, surtout les petites et les moyennes, ne rencontrent pas souvent de terribles difficultés. Leurs salariés craignent pour leur emploi et, d’une certaine façon, leurs employeurs aussi qui, en outre, ne sont pas nécessairement dépourvus d’empathie pour ceux dont ils assurent la survie, et sont terrifiés par la perspective d’une faillite toujours possible. En d’autres termes, il faut comprendre les patrons, surtout les plus vulnérables, qui ont souvent des responsabilités plus contraignantes que leurs salariés.

Un peu d’indulgence.

Et, en somme, les manifestations sont tellement fréquentes en France, on y a vu de si nombreuses professions, elles ont donné lieu à tant de fêtes et tant de casses qu’on peut avoir de l’indulgence pour une manif’ de patrons qui, au moins, ne finit pas dans une action de destruction massive. On ne poussera pas l’indulgence, toutefois, jusqu’à ne pas voir que cette manifestation fait partie d’une stratégie plus générale dans laquelle s’est lancé le chef du Medef, Pierre Gattaz depuis plusieurs semaines. Il ne semble pas lui avoir suffi que le Premier ministre ait déclaré  sa flamme aux entreprises. Plutôt que d’y avoir vu un climat nouveau pour les affaires, ce qui, il est vrai, n’est pas un avantage concret, il a pris cette déclaration d’amour comme un feu vert pour de multiples revendications patronales. Et d’exiger la suppression du compte pénibilité (une casse-tête bureaucratique qui mérite d’être reporté à une période plus faste) ou encore l’abolition de l’impôt de solidarité sur la fortune. M. Gattaz, en vérité, nous sort une revendication par jour, ou presque. Manuel Valls doit regretter les mots d’amour qu’il a lancés au patronat. Celui-ci les a pris à la lettre ou bien feint d’y voir la porte ouverte  à toutes les largesses possibles.

Le risque d’un  renforcement des extrêmes.

C’est une tactique dangereuse que le patronat met ainsi en oeuvre, car elle renforce l’intolérance de la gauche du parti socialiste et elle la conforte dans l’idée qu’il y aurait entre M. Gattaz et le Premier ministre une complicité qui justifierait à elle seule que François Hollande en finisse avec le « vallsisme ». Pour des raisons qui lui appartiennent, le patron des patrons a décidé d’en finir avec la discrétion qui a le plus souvent caractérisé son syndicat. Tout cela risque de renforcer l’opinion dans l’idée que le gouvernement fait des cadeaux aux entreprises ou ne donne qu’aux riches. Bref, M. Gattaz, lancé dans son offensive, ne semble pas bien mesurer les conséquences politiques possibles de son comportement. Il n’est pas certain, d’ailleurs,  qu’il soit approuvé par tous ses collègues. En tout cas, il y a eu des patrons pour participer à cette manifestation sans précédent. Il vaudrait mieux, toutefois, que le gouvernement et le patronat de mettent d’accord sur quelques principes qui doivent guider leur coopération et que ne s’ouvre pas, une fois de plus, un nouveau front « syndical ».

RICHARD LISCIA

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