Lepaon résiste

Une crise profonde de la CGT
(Photo AFP)

Le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, a déclaré ce matin qu’il ne démissionnerait pas dans l’immédiat et qu’il attendrait la réunion du conseil confédéral (6 et 7 janvier) de son syndicat pour se prononcer. Il court ainsi un risque relatif car il doit se préparer à un limogeage s’il ne prend pas les devants en démissionnant.

LA CRISE provoquée à la CGT par la révélation en octobre des dépenses consacrées à la réfection de l’appartement de M. Lepaon, puis de son bureau, n’est sûrement pas accidentelle. Il se trouve que Thierry Lepaon a été mal élu quand il a succédé à Bernard Thibault. Une querelle intérieure a opposé alors ceux qui, à la CGT, voulaient faire évoluer le syndicat et l’adapter aux réalités économiques et sociales du moment et ceux qui prônaient le conservatisme absolu et le maintien du lien de la CGT avec le parti communiste français. Finalement, le choix de Thierry Lepaon est apparu comme un compromis, mais manifestement, le nouveau secrétaire général n’a pas fait l’unanimité dans les rangs de la CGT. D’où les fuites au sujet de dépenses considérées comme somptuaires et moins destinées à révéler un scandale qu’à déstabiliser M. Lepaon ; mieux, à l’obliger à partir.

Une amertume compréhensible.

Il s’est expliqué ce matin (« le Parisien » et France Info) sur les 105 000 euros qu’a coûtés la réfection de l’appartement de fonction loué qui lui a été accordé, puisqu’il ne vivait pas auparavant en région parisienne; et les dépenses affectées aux travaux dans son bureau, d’ailleurs indistincts de ceux des réparations de l’ensemble de l’immeuble qui abrite la CGT. Il a surtout exprimé une amertume compréhensible, car il ne fait aucun doute, même si le choix de dépenser autant d’argent pour un appartement loué est contestable, et aussi son désarroi face à ce qui ressemble une cabale qui n’honore pas les camarades syndiqués voués à sa perte. Thierry Lepaon invoque ses principes,  « transparence, honnêteté et loyauté », et quand il affirme qu’il vit modestement, on veut bien le croire.

La CGT survivra-t-elle ?

Il a raison de dire que son départ ne résoudrait pas les problèmes politiques auxquels la CGT est confrontée et qui n’ont pas commencé à trouver un début de solution. Le syndicat est divisé, au point que son éclatement est envisagé par quelques commentateurs. Que, après l’épreuve qu’il vient de subir, M. Lepaon soit en mesure de réaliser le rassemblement qu’il appelle de ses voeux, est une autre affaire. On a le sentiment d’un terrible gâchis favorisé par de vieilles haines contre lesquelles les naïfs auraient cru qu’un syndicat serait immunisé. La vérité est que la CGT, en dépit de la période Thibault, dont le leadership ne fut pas contesté, n’a jamais fait son aggiornamento. Aujourd’hui, il devient indispensable. Mais à peine l’a-t-on dit qu’on voit s’organiser un mouvement réactionnaire chez ceux de la CGT qui semblent encore croire au grand soir et ne désespèrent pas, semble-t-il, de venir à bout de l’économie de marché.

Comme cette perspective s’éloigne chaque jour, l’important, pour les syndicalistes conservateurs, c’est de s’accrocher aux vieilles lunes du combat pour les salaires, des guérillas anti-patronales, et, pourquoi pas ?, de la dictature du prolétariat. Les chômeurs et les pauvres souffrent de la crise, mais ils ne sont guère aidés par ceux qui se contentent de militer pour les salaires et le pouvoir d’achat, mais très peu pour les chômeurs, censés bénéficier d’un filet social pourtant plein de trous. Cette crise longue et dure risque d’emporter, avec tant d’autres choses, la CGT.

RICHARD LISCIA

 

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