Orthographe en péril

Tout se décide à l’école
(Photo AFP)

Je pourrais vous parler de la Grèce, de nouveau dans la tourmente, du chômage, toujours en progression, des ravages de l’hiver, des accidents d’avion ou de ferry. Je préfère vous intéresser à la crise de l’orthographe qui s’étend maintenant aux universités où les étudiants, souvent faibles en français, sont obligés de suivre des cours de rattrapage. Ce n’est pas un problème mineur. Si, parvenu à l’âge adulte, on ne sait pas s’exprimer oralement ou par écrit, on est handicapé, quelle que soit la profession qu’on a choisie.

LES EXPERTS ne savent pas de quand date la détérioration de l’apprentissage du français. L’éducation nationale a subi tant de réformes depuis un demi-siècle que l’on  ne sait pas vraiment quelle idée prodigieuse a entraîné cette sorte de semi-illettrisme qui permet d’arriver jusqu’à l’université sans avoir une maîtrise suffisante du français. Le langage étant le moyen de la communication, on ne peut pas s’exprimer au sujet du métier que l’on exerce si on ne trouve pas les mots pour le faire et si on ne présente pas une copie irréprochable ou tout au moins respectable.

Pas de science sans humanités.

La dégradation de l’orthographe est un des aspects des diverses détériorations qui affectent l’usage du français par un grand nombre de lycéens ou d’étudiants. Elle est accompagnée par une ponctuation complètement chaotique, par un vocabulaire pauvre ou impropre, par une confusion sur le sens des mots, par une syntaxe à faire pleurer. Un exposé livré dans une langue primitive fait douter des capacités techniques de celui qui l’écrit. Il jette une suspicion sur l’ensemble de ses connaissances. Nous ne pouvons accorder par exemple un diplôme de mathématiques ou de chimie à un étudiant qui ne sait pas s’exprimer et n’a avec le français qu’une relation distendue, lointaine, nonchalante.

La discipline grammaticale, lexicale, orthographique est garante de la rigueur de l’exposé.  Il semble bien que l’on a pensé, il y a quelque trente ans, qu’un étudiant doué en sciences n’avait pas besoin d’écrire comme Lamartine. Certes, il n’en a pas besoin, mais il doit écrire aussi bien que sa démonstration est convaincante. L’un ne va pas sans l’autre. Et on commence à réaliser que tous les élèves, dès l’école primaire, doivent acquérir un socle commun qui est la maîtrise du langage et sans lequel leurs performances en sciences risquent à chaque instant d’être remises en question. J’ai constaté un nombre de fois incalculable l’influence négative du mauvais usage de la langue dans la communication : quand je ne comprends pas quelqu’un, c’est souvent qu’il s’exprime mal. La naissance de nouveaux idiomes, comme le verlan, ne contribue sans doute pas aux échanges d’idées. Il existe une langue, le français, qui nous permet de communiquer et cet instrument ne peut fonctionner que si les règles de son usage sont respectées.

La contamination s’étend.

Or c’est l’école qui enseigne les codes, grammaire, vocabulaire, construction des phrases. Si on ne sort pas de l’école en parlant et en écrivant bien, on est affecté d’un handicap. Il ne faut pas s’y tromper : la détérioration du français envahit déjà la presse, de plus en plus mal corrigée, et même certains auteurs de roman. Des gens d’une culture reconnue font des fautes de français ou sont contaminés par le langage ambiant sans même s’en rendre compte. Certaines expressions font florès qui ne devraient pas avoir cours. Certains mots obsolètes acquièrent une nouvelle vie parce que tous ceux qui ont pour métier d’écrire se jettent sur cette redécouverte, souvent par un effet de mimétisme qui se borne à plagier non ce qu’il y a de meilleur mais ce qu’il y a de plus consternant. De nombreux mots d’anglais épicent des textes qui auraient plus de vertu s’ils s’en tenaient aux mots français, capables de dire la même chose en mieux, et sans sacrifier aux modes éphémères.  Il est important que nous nous comprenions les uns les autres. Il est donc important d’adopter, en la matière, le dénominateur commun le plus élevé.

RICHARD LISCIA

 

 

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3 réponses à Orthographe en péril

  1. Levadoux-Béraud dit :

    Merci pour cet article.
    L’inculture arrogante est dénoncée depuis 30 ans.
    Mais qui s’en soucie ?

  2. BRUGUET Constance dit :

    J’éprouve une joie immense à la lecture de cet article ! D’entendre régulièrement dire « un espèce de… », les liaisons très mal à propos, de lire les fautes graves dans les courriers et de s’entendre reprocher que ça n’a pas d’importance, lorsqu’on le souligne, est très difficile. Alors, merci encore pour cet article ! Constance

  3. Robert SAINT-JACQUES dit :

    Parfaite et bien agréable analyse. En vous lisant je me sens moins seul. Il ne s’agit pas de conservatisme, car toute langue vivante évolue c’est habituel, banal, logique et historique.

    Par contre, je regrette et déplore la quasi disparition de l’orthographe, la mise à mal de la grammaire et l’adoption de mots que l’on doit considérer littéralement comme des « faux amis », avec une très forte proportion de néologismes anglo-saxons, liée sans doute à la traduction « en ligne », instantanée et très approximative dont les écrits, publications et presse parlée plus qu’écrite se font l’écho, caisse se résonnance et vecteur très appliqué.

    Combien de fois m’a-t-on dit et/ou souhaité: « une belle année », « une belle journée », « une belle soirée » et une « belle nuit »? Je n’en sait plus rien et j’avoue que je redoute que l’un de ces jours l’on me dise « beau jour ».

    Dois-je dire combien je regrette, également, que l’on « revisite » des œuvres ou des plats au lieu de les adapter. Je suis toujours étonné, en entendant ce verbiage, que l’on oublie ne jamais les avoir visités. A faire une mauvaise traduction de l’anglais, on se méprend sur le sens que les mots ont acquis dans cette belle langue et on confesse que l’on ignore que ces mots sont pour une large part d’origine française et devenus, au sein de la belle langue anglaise, des « faux amis ».

    Je déplore, également, la disparition du passé simple dont la cause essentielle est le « petit oral » que nous impose quotidiennement la presse parlée.

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