L’État et moi

Des Français désabusés
(Photo AFP)

François Hollande s’exprime ce soir à la télévision, conformément à une tradition à laquelle il est obligé de sacrifier : s’il y avait renoncé, ce qui serait bonne logique car il n’y a rien dans les mots qui puisse excuser l’absence de résultats, on y aurait vu un signe supplémentaire de l’affaiblissement de l’État. Pourtant, face à ce cérémonial, n’est-il pas évident que ses compatriotes sont désabusés ?

JE NE SUIS PAS certain, en tout cas, que le pouvoir politique doive, au moment où nous tournons la page de 2014, nous dire ce que nous devons comprendre et nous associer à ses propres tribulations. Moins l’État est performant, plus il s’insère dans notre vie privée, au nom de la communication, qui sert de palliatif à ses errements. Ce que l’on sait du président, c’est qu’il a repris du poil de la bête, qu’il n’entend pas se laisser démoraliser par ses échecs et par le tohu-bohu qui règne dans son parti, qu’il sera candidat en 2017, qu’il est certain d’avoir ses chances. Nous dira-t-il, ce soir encore, que tout va s’arranger au cours de la seconde moitié de son mandat ?

Le véhicule du mensonge.

La communication a sans doute ses avantages, mais elle est surtout le véhicule idéal du mensonge. 2015 sera encore une année très difficile, le taux de chômage et la précarité augmenteront sans doute. À ce jour, la gouvernance hollandaise a produit 600 000 chômeurs de plus. Un exécutif qui présente un tel bilan devrait faire profil bas. Tout cela me fait penser à la fameuse déflation dont on nous annonce les très graves dangers mais qui n’empêche pas les prix (des péages, de la SNCF, de l’énergie) d’augmenter. Nous sommes dans une société bizarre où la baisse des prix ne les empêche pas de monter. Il y a sûrement une explication à cette contradiction, mais n’est-elle pas l’occasion, pour le pouvoir, de se taire et de ne pas intervenir dans la vie privée des gens ?

La question des allocations familiales.

Les Français qui fêteront ce soir le passage à 2015 (autre rituel étrange : nous n’avons aucune raison de penser que l’année qui vient ne nous apportera que joie et bonheur) allumeront leur poste s’ils restent en famille. Ce sera le cas du plus grand nombre. Il n’est pas certain, cependant, que le discours du président leur inspire d’abondants commentaires. On dénonce en permanence l’individualisation de la société, mais la famille résiste encore à tous les dévoiements inspirés par les modes et ne souhaite plus servir de cobaye à l’action gouvernementale. En 2014, un grand débat passionné nous a opposés au sujet des allocations familiales. Ai-je le droit de dire que l’on ne fait pas des enfants pour toucher des allocations et que chacun d’entre nous devrait être totalement insensible à la politique démographique de l’État, que l’on continue à nous présenter comme un modèle, alors que le même État est totalement incapable d’absorber les générations qui se présentent à l’emploi ?

Je vous souhaite une bonne année 2015 et je vous retrouve vendredi.

RICHARD LISCIA

 

 

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